C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

Enzo

10 ans
Homme
Ecolier
Vit à Quimper
Devise : J’vais me balader.
Bio :

Enzo bouillonne. Foot entre les voitures, combine entre potes, petits textes griffonnés sur des bouts de papier, il n'arrête jamais, et son imagination déborde. Dans sa tête, il refait le monde, celui qui peut-être un jour lui appartiendra. En attendant, il traine ses rêves dans son quartier, le Kermoysan. Futé et sensible mais turbulent et hyperactif, son manque de concentration à l'école lui vaut la détestation de son institutrice. Un traumatisme enfoui ? Une chose est sûre, il déborde de colère. Et d'amour. Avec sa mère il entretient une relation fusionnelle. Il est son protecteur, son porteur de courses quand l'ascenseur est en panne. Il est même parfois son soutien financier, car les jours ne sont pas tous faciles quand on n'a pas de carte bancaire.

07 Nov - La rencontre
Publié le 07 Nov 2014 à 20:45 - Mis à jour à 20:45
 3Oliver_Castle
9501 points

Quand je suis descendu de la dune avec Georgette et Marilou, j'avais trop envie de dégobiller. Rencontrer mon papa, j'attendais ça depuis des jours, mais c'est une fois au pied du mur qu'on se rend vraiment compte de la chose. Comme quand la maîtresse demande d'aller réciter une poésie au tableau, qu'elle regarde la liste de noms et qu'on sait pas sur qui ça va tomber. Ca tombe souvent sur moi, surtout quand j'ai pas appris la poésie. Alors je me fais gronder.

J'avais un peu peur de me faire gronder par mon papa Hervé, parce que j'avais laissé ma maman toute seule. Heureusement que j'avais Georgette avec moi. Mais elle a dit que ce serait mieux que je le vois tout seul d'abord, qu'elle et Marilou allaient rester en retrait. Pour qu'on discute un peu tous les deux. Il m'a regardé venir et plus j'approchais, moins il me paraissait grand alors j'avais moins peur. Il avait l'air plus vieux que sur la photo, le visage brûlé et tout ridé. Comme une vieille pomme. Même c'est peut-être parce qu'il commençait à faire nuit et que je voyais mal. Une fois devant lui, j'ai pas su trop quoi dire, alors j'ai tendu la photo.

Il l'a prise et l'a longuement regardée. Et puis, il est allé éteindre une petite télé en noir et blanc qui pendait accrochée par une corde à son bateau. Il y avait un monsieur qui parlait de la Hollande je crois, c'est ce qu'il y avait marqué à la télé en tout cas. Moi, je m'inquiétais plutôt que mon papa me parle pas. Et puis, il s'est assis sur le sable, comme s'il était fatigué.

- Et bien... Si on m'avait dit !

- Tu t'appelles Hervé ? C'est toi sur la photo ? J'ai préféré demander, car il ressemblait pas trop à cause des rides.

- Oui, c'est bien moi. Et là, c'est Maria. Et je suppose que le petit dans ses bras, c'est toi ? Enzo, c'est bien ça ? J'ai hoché la tête.

- Comment va ta maman ? Ca fait bien longtemps...

- Elle dort. J'ai besoin de toi pour la réveiller ! Il rigola. J'ai bien vu qu'il ne comprenait pas. Alors j'ai dû lui expliquer. - Ma maman, elle est à l'hôpital, elle fait dodo parce qu'elle a cassé son anévrisme qu'il a dit le docteur. Alors comme t'es mon papa, t'es le seul maintenant qu'il peut l'aider à réparer son anévrisme et la réveiller. Parce qu'on est une famille, et que c'est important la famille. Il me regarda avec des gros yeux, prêt à sortir du visage et à tomber par terre comme dans les dessins animés.

- Mais... Je... Je ne suis pas ton papa... Je suis... Enfin, je suis juste le frère de Yannick. Ton tonton, si tu préfères...

Enzo et le Président
Publié le 06 Nov 2014 à 21:35 - Mis à jour à 21:35

Continuez à écrire l'histoire de Enzo à partir de l'histoire imaginée par le gagnant de la veille.

Pour avoir une chance de voir votre texte primé, aujourd'hui une contrainte présidentielle : votre personnage doit avoir été confronté, d'une manière ou d'une autre, à l'intervention télévisée de François Hollande hier soir.

7 contributions
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En compétition pour la suite (7)

Un nouveau départ
0 votes - 07 November 2014 - 19h54
2 1863 points
On était seul sur la dune, et il nous avait vus de loin. J’avais peur qu’il s’enfuit en courant ! C’est pas Georgette qu’allait le suivre … Et moi j’aurais laissé tomber de toute façon. J’aurais sûrement pleuré
On s’approchait et ça ne semblait pas lui faire peur. On était plus très loin, il pouvait voir nos visages mais nous regardait plus, comme s’il voulait éviter d’être emmerdé par des touristes. Il peignait et il avait une capuche, on était plus qu’à quelque pas, je me suis dit que je ne connaissais pas cette personne.

Pas besoin de sortir sa photo de ma poche de jeans, j’avais gardé son visage en tête. J’étais à côté et je l’ai vu tourner la tête :
- Je suis pas sûr que ça soit une bonne idée. Adresse sèchement mon père à Georgette.
- J’ai besoin de toi papa ! Maman dort, faut la réveiller ! Tu peux nous aider ?
Mon père voulait me parler seul. Georgette et Marilou sont retournés au café de la vieille dame à Goulven, on allait les rejoindre après.
- Ecoute Enzo, j’ai pas le temps de tout t’expliquer mais je sais ce qu’il est arrivé à maman, c’est le père de Tom qui me l’a dit.
- Comment tu le co…
- Laisse-moi parler ! Je m’étais mis d’accord avec ta mère avant son accident pour qu’on parte ensemble en Belgique car en France on ne sera plus en sécurité. Il faudra que tu retournes à la maison avec les deux personnes qui t’ont suivis jusqu’ici et que tu prépares tes affaires et celles de maman, je vais venir te chercher demain en début d’après-midi. Pour l’instant je vais te raccompagner jusqu’à Goulven, mais surtout ne dis rien à personne d’accord ?!
- Mais papa, hier le président il a dit qu’il avait fait plein de trucs pour le pays et qu’il veut même qu’on fasse les JO 2024 en France ! Et j’ai un copain @Ahmed Dramé qui fait de l’athlétisme et qui rêve de faire la finale du 100m en France devant ses parents ! Je veux le voir aussi !
Il m’a dit de ne pas croire à ce que disait notre président et j’ai dit d’accord. J’étais content d’avoir retrouvé mon père alors je voulais le suivre. Et il a dit qu’il allait aider maman à s’en sortir !
- Par contre papa, on est allé voir ta copine et elle était pas contente car tu lui as jamais dit que j'existais. Elle a dit qu'elle en avait marre que tu lui mentes.
Il a pris sa tête entre les mains, comme si on avait fait capoté son plan mais il ne voulait pas me dire pourquoi …
Not son of mine
4 votes - 07 November 2014 - 19h02
 3 2773 points
« Moi, ton père ? La bonne blague. Non mais tu t’es regardé, t’as pas une tête de Breton. » Enzo espérait tant de cette rencontre et l’homme qu’il avait en face de lui le méprisait.
Georgette était en colère. « Monsieur, cet enfant a fait tout ce qu’il pouvait pour vous retrouver et vous, vous ! » Sa voix s’étranglait devant tant de méchanceté.
« Il n’a pas une tête de Breton, il n’a pas une tête de Breton, voilà tout. Qu’est-ce que j’y peux. Je ne vous connais pas, vous débarquez ici et me collez ce mioche dans les bras. Mais je ne le connais pas, je n’en veux pas.
- Vous pourriez le dire avec moins de brutalité. Allez viens Enzo, ton papa est surpris, c’est pour ça. Il va se calmer et tout ira bien.
- Attendez vous avez dit quoi comme prénom, déjà ?
- Enzo.
- C’est aussi breton que sa tête. » Et il se mit à rire d’un rire mauvais.
Enzo encaissait mal le choc. Son histoire personnelle avait déjà fait de lui un homme sur bien des points, mais là il avait seulement ses 10 ans et un immense désespoir. Il était rejeté. L’homme sur lequel il comptait tant pour réveiller sa maman se moquait de lui. Il rejoint la voiture en courant, bousculant au passage Marilou qui arrivait, s’assit sur la banquette arrière et se mit à pleurer.
Marilou voulut le consoler, mais Enzo la repoussa avec violence. Elle décida de le laisser seul et d’en savoir plus auprès de Georgette.
« Cet homme est un monstre, Marilou.
- Personne n’est un monstre. Il faut le comprendre.
- Moi j’y renonce ! »
La jeune femme ramassa la photo d’Enzo bébé et de ses parents, qui était tombée sur le sol. Elle s’approcha d’Hervé.
« Vous êtes bouleversé, je vous comprends.
- Vous ne comprenez rien du tout, vous êtes qui d’abord ?
- Une amie de votre fils.
- Ah parce que j’ai un fils maintenant ! Non mais vous et la vieille, vous êtes complètement folles. Je n’ai pas d’enfant. Il faut vous le dire comment ?
- Et sur cette photo, ce n’est pas vous, peut-être ?
- Si on dirait que c’est moi. On devait être au bistrot, regardez derrière, on voit le comptoir. Quand je suis beurré, je fais n’importe quoi. Même poser à côté de gens comme ça ! Pourtant je ne les aime pas ces gens là. Ils n’ont rien à foutre en Bretagne ! »
Marilou était écœurée. Ce type était complètement raciste. D’une certaine façon, cela lui aurait fait plaisir que cet homme ne soit pas le père d’Enzo, mais elle savait qu’il mentait. La photo, le fait que la mère d’Enzo l’ait conservée, tout prouvait qu’Hervé était bien le père du gamin.
Revenus chez Marilou, personne dans le trio n’osa évoquer les pénibles retrouvailles. Le dîner du soir se déroula dans un grand silence, que seul troublait l’intervention radiophonique de François Hollande.
Frères de galère !
0 votes - 07 November 2014 - 18h35
 2 829 points
Là, j’avoue j’ai eu les foies, les miquettes que ça ne se passe pas très bien. Au lieu d’accélérer, j’ai grave ralenti. Georgette, elle a bien senti que j’étais pas dans mon assiette, que rencontrer Dark Vador ça me collait les boules, des fois que ça ne se passerait pas comme dans les films ! Alors elle m’a dit :
- Tu sais, je crois que ça serait mieux de nous laisser Marilou et moi partir en éclaireur. On serait comme qui dirait tes ambassadeurs. Pendant qu’on expliquera la situation à ton père, toi tu pourrais nous attendre sagement au chaud au café…
- Super ! Je lui ai répondu. Et je les ai laissées dans les dunes. La nuit tombait. A l’ostaleri (ouais j’aime bien ce mot !) j’ai fait comme Marilou m’a dit. J’ai prévenu le patron que j’étais son copain et qu’elle viendrait plus tard me chercher. Comme il nous avait vu ensemble, y’a pas eu de lézard. Il m’a installé sur une petit table dans un coin avec des feutres et du papier parce que le Président était en train de causer au poste en direct et qu’il voulait pas manquer ça. Il était pas le seul : le café était plein, tout le village s’était rassemblé pour écouter.
Ils s’énervaient après le Président :
- Ouais c’est ça, on va te croire !
- Hou ! Hou ! Flamby, casse-toi !
- Nous raconte pas ta vie, on s’en fout. Nous ce qu’on veut c’est du boulot et de l’oseille !
- Mais je rêve : Hollande fait le conseiller Pole Emploi !
Moi je comprenais pas tout mais je voyais bien que le Président il était vener et qu’y chtarbait rien à ce qu’on lui reprochait. Le pôvre, je sais qu’on se sent vraiment comme une merde quand on arrive pas à donner les bonnes réponses. Le débat se terminait lorsque Marilou et Georgette sont arrivées, seules. J’ai comme l’impression que la rencontre au sommet a fait flop ! Le Président et moi on est dans la même galère, personne ne nous aime !
Papa
0 votes - 07 November 2014 - 18h19
2 2422 points
C'était vraiment un beau bateau, aussi beau que dans les films. Le monsieur s'est approché de moi. J'ai senti tout de suite qu'il y avait quelque chose de spécial et je crois que lui aussi.
"Alors c'est lui, mon papa ?" ai-je dit à Georgette. J'étais drôlement impressionné mais en même temps un peu en colère en le voyant. Pourquoi avait-il abandonné Maman ? J'avais tellement de questions que ça faisait comme du feu dans mon ventre.
"Je suis votre... ton fils" ai-je bredouillé. C'était difficile de lui dire "tu" parce qu'en même temps c'est mon papa mais maman m'a toujours dit de dire vous à un adulte que je ne connais pas. Il m'a souri. J'avais un peu peur mais je ne sais pas trop de quoi. Quand il a parlé c'était bizarre, il a surtout regardé Georgette et dit "Alors c'est mon fils ?". Elle a hoché la tête et il m'a regardé encore. "Où est ta maman ?" a-t-il demandé. J'ai répondu très vite, comme d'habitude, qu'elle dormait et qu'elle était à l'hôpital et qu'il ne fallait pas la réveiller. Il avait l'expression d'avoir fait une grosse bêtise mais il a vite repris son sourire. "Vous voulez monter dans mon bateau ?" J'avais trop envie de monter dans un bateau j'étais jamais allé dedans avant surtout un aussi beau bateau avec une voile tellement immense qu'on aurait dit une maison. Dedans ça faisait presque comme une maison, il y avait une table, un canapé et un frigo. On s'est assis et on a commencé à discuter. Il m'a posé beaucoup de questions et moi aussi, il voulais savoir ce que faisait ma maman, en quelle classe j'étais, les noms de mes amis, ce que j'aimais bien faire dans la vie. Il était très gentil, il m'a raconté plein de blagues que je ne connaissais pas, raconté des aventures qu'il avait eu dans des tas de pays et montré comment marchait son bateau. C'était très intéressant surtout qu'il y avait plein de choses dedans, un vrai vaisseau spatial le truc ! La nuit a commencé à tomber et il a voulu allumer la petite télé - il avait même une petite télé dans son voilier - pour regarder le discours de François Hollande. Je n'y ai pas tout compris alors je n'ai pas beaucoup écouté j'ai surtout pensé à Maman. Je me demandais si elle allait se réveiller. Après on a parlé encore un peu, à la fin je l'ai appelé "Papa". C'est venu tout seul, et il m'a souri. Il m'a promis de se revoir mais il fallait qu'on rentre, il commençait à faire vraiment noir, j'avais faim et il fallait rentrer la nuit était dangereuse comme disait Georgette. On s'est promis de se revoir. Quand on est sortis du bateau le téléphone de Georgette a sonné. C'était le médecin de maman. Georgette a dit "Merde !" au téléphone, et Papa a froncé les sourcils très fort. Puis elle a racroché, m'a regardé très sérieusement, comme lorsque les adultes vont dire la vérité alors qu'ils vont vous mentir. "Enzo... a-t-elle commencé. Ta maman a un petit problème."
"Elle a fait un cauchemar ?"
"Non Enzo. Ce que je veux dire c'est qu'elle s'est endormie encore plus. Et qu'il faut aller la voir". Je ne comprenais pas trop ce qu'elle voulait dire mais vu sa figure c'était grave pour maman. Alors j'ai demandé "Papa vient avec nous ?" et j'ai attendu sa réponse.
Monsieur le président...
0 votes - 07 November 2014 - 13h52
 3 14780 points
Mon papa il est marin et il a un beau bateau en bois pour transporter des marchandises, « à l’ancienne » comme il dit. J’en ai déjà vu des comme ça à Bénodet, une fois où j’étais parti en vacances avec maman. Il a eu l’air drôlement surpris quand je lui ai dit que j’étais son fils. Il a regardé Georgette comme si elle tombait de la lune, je crois même qu’il l’a prise pour une folle. Marilou est arrivée après, un peu en colère parce qu’on ne l’avait pas attendue. C’est de sa faute, dès qu’elle voit quelqu’un il faut qu’elle s’arrête pour discuter. Elle connaît tout le monde Marilou par là-bas, peut-être parce que c’est là qu’elle est née. Sur la photo, c’est bien lui, en plus jeune. Il n’a pas dit le contraire, en fait il n’a rien dit. Il s’est assis sur un tas de vieux cordages, il a allumé une cigarette et il m’a regardé longuement. J’avais envie qu’il me parle alors je lui ai demandé si on pouvait faire un tour sur la gabare (c’est Marilou qui m’a appris le mot !). Là il a eu l’air content et il m’a tout expliqué. Sa gabare, elle s’appelle la Marie Rudoloc. J’ai du répéter au moins dix fois le nom pour bien m’en souvenir. Et puis il m’a dit que bientôt elle naviguerait, et que si je voulais je pourrais venir. Il est trop cool mon papa ! Après il était tard et Marilou nous a proposé de dormir chez des cousins à elle dans une ferme à Kerlouan. Georgette a dit oui, pourvu qu’elle puisse voir le président à la télé. Moi je m’en fichais du Président ! Mais Georgette a dit que c’était important, qu’elle n’avait jamais raté une apparition présidentielle à la télévision de toute sa vie. Je n’ai pas trop compris ce qu’il disait ce monsieur Hollande, sauf qu’on allait avoir les jeux olympiques… en 2024, j’ai compté que j’aurai 24 ans ! Il portait les mêmes lunettes que mon instituteurs de CM1, j’ai trouvé ça rigolo, mais lui il était très sérieux. J’aurais quand même bien aimé lui poser des questions moi aussi, surtout quand il a parlé du chômage parce que ma maman aussi est chômeuse. Alors j’aurais bien aimé lui demander s’il pourrait lui donner du travail quand elle sera réveillée. Est-ce qu’il peut quelque chose pour ma maman le Président ? Est-ce qu’il peut plus de chose que mon papa ? Est-ce que je pourrais aller lui parler pour lui expliquer tout ça ? Et là j’ai décidé que oui, que en attendant que Papa finisse de réparer la Marie Rudoloc, j’irai voir le Président pour qu’il donne un travail à ma maman.
Monsieur le Président...
1 votes - 07 November 2014 - 13h18
 3 14780 points
Mon papa il est marin et il a un beau bateau en bois pour transporter des marchandises, « à l’ancienne » comme il dit. J’en ai déjà vu des comme ça à Bénodet, une fois où j’étais parti en vacances avec maman.
Il a eu l’air drôlement surpris quand je lui ai dit que j’étais son fils. Il a regardé Georgette comme si elle tombait de la lune, je crois même qu’il l’a prise pour une folle. Marilou est arrivée après, un peu en colère parce qu’on ne l’avait pas attendue. C’est de sa faute, dès qu’elle voit quelqu’un il faut qu’elle s’arrête pour discuter. Elle connaît tout le monde Marilou par là-bas, peut-être parce que c’est là qu’elle est née.
Sur la photo, c’est bien lui, en plus jeune. Il n’a pas dit le contraire, en fait il n’a rien dit. Il s’est assis sur un tas de vieux cordages, il a allumé une cigarette et il m’a regardé longuement. J’avais envie qu’il me parle alors je lui ai demandé si on pouvait faire un tour sur la gabare (c’est Marilou qui m’a appris le mot !).
Là il a eu l’air content et il m’a tout expliqué. Sa gabare, elle s’appelle la Marie Rudoloc. J’ai du répéter au moins dix fois le nom pour bien m’en souvenir. Et puis il m’a dit que bientôt elle naviguerait, et que si je voulais je pourrais venir. Il est trop cool mon papa !
Après il était tard et Marilou nous a proposé de dormir chez des cousins à elle dans une ferme à Kerlouan. Georgette a dit oui, pourvu qu’elle puisse voir le président à la télé. Moi je m’en fichais du Président ! Mais Georgette a dit que c’était important, qu’elle n’avait jamais raté une apparition présidentielle à la télévision de toute sa vie.
Je n’ai pas trop compris ce qu’il disait ce monsieur Hollande, sauf qu’on allait avoir les jeux olympiques… en 2024, j’ai compté que j’aurai 24 ans ! Il portait les mêmes lunettes que mon instituteurs de CM1, j’ai trouvé ça rigolo, mais lui il était très sérieux. J’aurais quand même bien aimé lui poser des questions moi aussi, surtout quand il a parlé du chômage parce que ma maman aussi est chômeuse. Alors j’aurais bien aimé lui demander s’il pourrait lui donner du travail quand elle sera réveillée.
Est-ce qu’il peut quelque chose pour ma maman le Président ?
Est-ce qu’il peut plus de chose que mon papa ?
Est-ce que je pourrais aller lui parler pour lui expliquer tout ça ?
Et là j’ai décidé que oui, que en attendant que Papa finisse de réparer la Marie Rudoloc, j’irai voir le Président pour qu’il donne un travail à ma maman.
Hervé le solitaire
0 votes - 07 November 2014 - 12h22
 3 2580 points
Je savais bien qu’il n’y avait que deux solutions : soit Hervé il voulait être mon Papa, soit il voulait pas. C’est pas comme dans les jeux vidéo, après game over, on peut pas recommencer à la dernière sauvegarde. Et Hervé, il préférait rester avec son vieux bateau. Il se rappelait même plus de ma Maman, il a dit. Mais je crois qu’il ment, y’avait plein de photos où on les voit tous les deux. J’étais triste et énervé, j’avais laissé Maman et Tom tout seuls. J’ai jeté la photo par terre et j'ai couru dans les dunes. Georgette, elle arrivait pas à me suivre. J'ai pleuré dans les dunes. Georgette est arrivée tout essoufflée. Elle m’a pris dans ses bras et elle m’a expliqué que les grands ils font parfois des trucs bizarres. « Les solitaires ont besoin de s’entourer de regrets pour supporter leur isolement. » et elle a ajouté : « Et puis, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. »
Il faisait froid alors avec Georgette, on est retournés au café. Y’avait une petite télé dans un coin que tout le monde regardait, parce que le président de la République il parlait à la France. Pendant que je trempais mes tartines beurrées dans mon chocolat chaud, j’ai dit à Georgette :
« Je suis comme le président, j’ai pas tenu mes engagements. »
On a ri tous les deux. Marilou est arrivée et a ajouté :
« Hervé me demande de ramener son canot à misaine à Douarnenez, maintenant que la gabare est presque prête. Si on retournait voir ta Maman par la mer ? »
Encore de l’aventure ! Et comme ça, je reverrai mon Papa demain avant de partir. Peut-être que Georgette a raison.
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