C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

Enzo

10 ans
Homme
Ecolier
Vit à Quimper
Devise : J’vais me balader.
Bio :

Enzo bouillonne. Foot entre les voitures, combine entre potes, petits textes griffonnés sur des bouts de papier, il n'arrête jamais, et son imagination déborde. Dans sa tête, il refait le monde, celui qui peut-être un jour lui appartiendra. En attendant, il traine ses rêves dans son quartier, le Kermoysan. Futé et sensible mais turbulent et hyperactif, son manque de concentration à l'école lui vaut la détestation de son institutrice. Un traumatisme enfoui ? Une chose est sûre, il déborde de colère. Et d'amour. Avec sa mère il entretient une relation fusionnelle. Il est son protecteur, son porteur de courses quand l'ascenseur est en panne. Il est même parfois son soutien financier, car les jours ne sont pas tous faciles quand on n'a pas de carte bancaire.

13 Nov - Les retrouvailles en temps de crise, c'est compliqué
Publié le 13 Nov 2014 à 20:50 - Mis à jour à 20:50
 3Nousava
30062 points

Je voyais le truc venir qu'elle allait peser le pour et le contre pendant des heures, si bien que j'ai pris les devants et que je suis allé trouver Marilou.

" Marilou, que je lui ai dit comme ça, si on part pas tout de suite, moi je me suicide !" C'était fort de café, mais cette fille a l'âme sensible, mine de rien. Elle s'est précipitée vers Georgette qu'avait toujours pas bougé de la table où elle finissait mon chocolat, parce qu'elle veut pas gâcher.
"Georgette, qu'elle a lancé d'un ton un peu de pièce de théâtre, il faut qu'on y aille. C'est vital pur le petit... Sinon, j'ai bien peur qu'il fasse une bêtise... 
- Ma doué !" qu'elle a fait. Une heure plus tard, le temps de charger les réserves (on ne sait jamais), l'essence et des vêtements chauds pour tout un régiment. Et on est partis.

On n'était pas très loin de Roscoff, là où est basé mon vieux. Elles étaient pas trop d'accord sur la route à prendre. Georgette voulait faire au plus simple et reprendre la route de Lesneven, mais Marilou préférait passer par les ribines, les routes à trois grammes comme on dit chez nous, celles qu'on prend quand on a trop picolé et qu'on veut pas tomber sur les flics.

En passant à Plounevez- Lochrist, Goorgette s'est souvenue d'une histoire incroyable qu'on lui avait raconté. Un gars du coin qu'avait passé tout un tas de frontières pendant un tour du monde, et qu'avait dû à chaque fois épeler le nom de son bled. Un jour il était arrivé en Chine. Et là, le douanier chinois, quand le gars lui avait donné son lieu de naissance, lui avait demandé: "Plounévez- Moëdec ou Plounévez- Lochrist ?" Moi j'ai rien compris mais les deux filles hurlaient de rire, alors j'ai fait pareil , histoire de me détendre.

On risquait pas de trouver des barrages sur la route, parce que la manif, enfin ça y ressemblait, on l'a trouvée en arrivant à Roscoff. On est d'abord passé par le centre ville, histoire de voir si y'avait pas un Yannick à bricoler sur son bateau... Mais rien du tout et ceux qu'étaient là n'avaient pas l'air de le connaitre. Faut dire qu'ils étaient pas bavards. Ils avaient la tête ailleurs et s'engueulaient parce que certains disaient que c'était super d'être sorti de l'Europe, rapport aux quotas de pêche, au POP et tout un tas de trucs auxquels je comprenais rien et d'autres disaient que ça allait rien changer et qu'il fallait tailler toujours plus loin, et que c'est pas dans ce contexte de crise qu'ils allaient pouvoir racheter le matos qui vieillissait et qu'en plus le poisson allait être hors de prix ces jours-ci. Après deux jeunes de la station biologique sont arrivés et ils ont été à deux doigts de se mettre sur la figure quand ils ont parlé de rejets et de zones de pêche... Les autres ont répondu qu'ils avaient tout pour la fermer avec les trucs pas clairs qui se passaient à la station. J'ai toujours pas compris, mais tu parles d'une foire d'empoigne !


C'était pas tout ça, mais mon pater, on l'avait toujours pas trouvé... J'ai tiré sur la manche de Georgette qui s'est un peu rencardée. Un pêchou lui a dit qu'il avait peut-être été embauché au Bloscon,le port en eau profonde, où y'avait pas mal de nouveaux.
Alors, on a filé là-bas, mais rebelote ! Là,les chalutiers bloquaient le départ du ferry parce que soi-disant ils avaient embarqué dans la soute tout un tas de produits réquisitionnés dans les fermes du Léon pour amener en Angleterre.
On a quand-même réussi à s'approcher de la criée où un type nous a dit que oui, il connaissait un Yannick qui correspondait à notre description. Mais que ce gars là était embarqué sur un caseyeur et qu'il était parti pour huit jours en mer d'Irlande.
Il commençait à se faire tard, on était bloqué là, entourés de gars énervés et mon moral en avait pris un coup quand le l'ai aperçu. Incroyable... Incroyable !


Un goéland, oui, mais un goéland qui mangeait des chips, là, juste à côté de moi. Avec des grands yeux culottés, oui ça existe, et son beau bec jaune avec son point rouge, tout gris parce que c'était un jeune, un gros jeune, mais un jeune quand-même m'a expliqué Marilou, un peu dégoûtée de le voir bafrer comme un goret, surtout en ces temps difficiles.


Moi je trouvais ça super. Lui manquait plus que sa serviette à carreaux autour du cou.
Alors j'ai foncé dans la voiture et j'y ai pris un bout de notre pique-nique... le dernier paquet de chips de Marilou, et pis le dernier bout de jambon aussi. Il a tout mangé, et comment il me regardait! Comme un copain, quoi, je crois bien qu'il m'aimait!
C'est Georgette qu'est venue tout gâcher avec ses hurlements. Je vous raconte pas comme je me suis fait incendier!
Bon, l'avantage avec Georgette c'est que la mayonnaise redescend assez vite.


Et puis, y'avait du nouveau. Un des patrons-pêcheurs qui levait l'ancre dans une heure acceptait de nous embarquer et il allait dans la même zone de pêche que mon père. Il lui manquait deux gars grévistes qu'avaient décidé de rester à terre, et Marilou avait mis en avant qu'elle bossait comme deux, que Georgette cuisinait super- bien et que moi-même j'avais pas les deux pieds dans le même sabot.
J'ai senti l'embrouille, mais on n'allait pas abandonner si près du but ! De toute façon, mon copain goéland s'était fait la malle...Ingrat ! J'avais pas mis le premier orteil sur la bateau que je commençais déjà à regretter. Parce qu'un bateau déjà, ça tangue, mais un bateau en novembre, c'est à se pendre !

Enzo, sur l'océan.
Publié le 12 Nov 2014 à 20:42 - Mis à jour à 20:42

Continuez à écrire le récit d'Enzo à partir de l'histoire imaginée par le gagnant de la veille.
Pour avoir une chance de faire gagner votre texte, respectez la contrainte suivante : introduisez un animal (où des animaux) dans votre récit.

Il pourra en être le protagoniste principal ou un élément secondaire de l'histoire.

3 contributions
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En compétition pour la suite (3)

C'est pas une vie
0 votes - 13 November 2014 - 17h32
 3 32840 points
j'allais monter sur un bateau... j'avais déjà fait du scoot', de la moto, j'étais monté dans une ambulance une fois, mais bon tout ça: ça roulait. La mer, c'était comment dessus? Le soir, dans la baignoire, j'avais essayé de faire des remous type vagues et je me suis imaginé dessus, genre balançoire. Mais ça devait être plus fort, comme sur le bateau pirate dans les fêtes foraines, celui qui va d'avant en arrière. C'est clair que si tu en fais plus de dix minutes de suite tu finis par lâcher tout ton repas par dessus bord. "par dessus bord", c'est Georgette qui m'a appris cette phrase, mais je l'avais déjà entendue dans les films, chui pas débile non plus. Et les poissons, comment ça dort un poisson? Je me suis endormi sur cette question. Le matin, on s'est retrouvé devant les bateaux, Georgette cherchait quelqu'un pour nous emmener. Il était super tôt, il faisait encore nuit et les bateaux revenaient de leur pêche. il y avait des tas d'oiseaux prêts des marins. Moi je crois qu'ils attendaient le poisson. Comme quand le chien de la voisine attend les restes du repas, c'est pas bête un chien. Les oiseaux non plus, c'est pas stupides. Ils savaient bien où se trouvait leur nourriture. Georgette est revenue en courant vers moi, elle a failli marché sur un chat, qui matait les oiseaux qui eux attendaient leur poisson. "Par là! on va nous prendre sur ce bateau!", s'est-elle excitée. et puis soudain elle est devenue blanche. elle a vu une immense vague. "J'vais être malade, a-t-elle dit avant de virer au vert. C'est pas une vie..."
Au pied de la Ville close
1 votes - 13 November 2014 - 15h23
 3 14780 points
La tempête a fait rage toute la nuit. Georgette s’est levée à 4h pour fixer un volet qui battait. J’étais réveillé moi aussi, à cause des sifflements et des hululements. On aurait dit qu’un bagad au complet soufflait dans tous les interstices des portes et des fenêtres comme dans un biniou. Georgette était inquiète pour le toit de sa vieille grange, là où elle abrite ses deux vaches. Au petit déjeuner Marilou a téléphoné pour nous annoncer qu’à cause mauvais temps elle ne pourrait pas nous rejoindre avant dimanche avec « La blanche hermine ».
Avant le bateau de Marilou ne s’appelait pas comme ça, mais elle vient de le rebaptiser en « soutien aux idées progressistes de Charles Vennec ». Encore un mot que je n’ai pas compris, mais après la conversation d’hier avec tonton Hervé j’ai un peu laissé tomber : les grands, je les laisse causer tout seuls.

Je suis allé me promener jusqu’à la ville Close au milieu de Concarneau. Elle est trop classe ! Les remparts font une île au milieu du port qu’on peut rejoindre par un pont de pierre. Des chevaliers entraient et sortaient, l’épée au côté, s’en allant guerroyer contre l’ennemi anglais. Bon, en vrai, ça, c’est ce que j’ai appris à l’école, mais je les imaginais très bien moi, les soldats du Roi, à moins que ce ne soit la Duchesse Anne, le roi de Concarneau?

La mer était vraiment démontée, tellement que j’en ai pris des morceaux sur la tête. J’étais tout mouillé et tout couvert de sel et de mousse parce que j’ai escaladé la digue. Si un monsieur n’était pas sorti de la capitainerie pour me gronder je crois que j’y serai encore. Mon père s’il est en mer il doit dérouiller grave ! Il faut être super courageux, et plus costaud que Batman pour affronter des vagues aussi balaises.

Entre le brise lame et les remparts, les voiliers dansaient avec les pontons. Les drisses claquaient très fort le long des mâts. Moi et mes copains, on ne fait pas autant de bruit à la cantine quand on tape sur les verres avec nos couteaux.

A bord d’un de ces bateaux, des gens s’amusaient à un jeu cruel avec les goélands. Jamais je n’avais vu ça. Ils trempaient des morceaux de pain dans un verre d’alcool. Du rhum, ou bien du whisky, je n’étais pas assez près pour bien les voir. Après ils jetaient le pain aux oiseaux qui fonçaient dessus en grappes comme des affamés. Au bout d’un moment les piafs se mettaient à voler en zigzag. Ils ne calculaient pas bien les distances et poussés par le vent ils rataient leurs atterrissages. C’était à la fois drôle et méchant. J’en ai même vu un foncer contre un mât et tomber à l’eau à moitié assommé.

Plus loin, derrière les remparts on aperçoit le port de pêche et les chalutiers amarrés. En les voyant j’ai eu l’idée de demander aux pêcheurs s’ils savaient sur quel bateau mon papa naviguait. Ils doivent bien le connaître : des Yannick Le Bras, il n’y en a pas des milliers !
Larguons les amarres !
0 votes - 13 November 2014 - 11h16
 3 2580 points
J’étais pas trop trop rassuré, Georgette non plus, mais je crois qu’on a tous les deux fait comme si. Elle ne souriait plus, et moi j’avais mal au ventre. C’était la première fois que j’allais sur un voilier. J’avais déjà fait du bateau bien sûr, mais avec un moteur et tout. Mais j’ai confiance en Marilou, elle va nous emmener retrouver Papa. Elle avait appelé tout un tas d’amis à elle et elle avait appris que mon père s’occupait en ce moment des bolincheurs de l’Armement Breton. Vous ne savez pas ce qu’est un bolincheur ? C’est un bateau pour aller pêcher les sardines pardi ! C’est pas à l’école que j’aurais appris ça ! On a mis les voiles, direction la baie de Douarnenez ! À Dieu vat' !

J’avais plus peur du tout, c’était trop bien ! Au début, les mouettes nous suivaient, elles croyaient peut-être qu’on allait leur ramener des poissons ! Après on ne voyait plus que la mer autour de nous, et y’avait moins de nuage en mer, Marilou a dit que c’était une mer d’huile et qu’il fallait en profiter, ça n’allait pas durer. Georgette a dit que ça secouait quand même un peu. Mais c’était chouette que ça secoue, c’était encore mieux que quand j’avais fait du quad un jour avec le Papa de Tom. Et Marilou elle dit qu’heureusement qu’il y a du vent, sinon on n’avancerait pas bien vite. Et puis j’ai crié parce que j’avais vu des dauphins.

« Non Enzo, les ailerons que tu vois là-bas, ils n’appartiennent pas à des dauphins. C’est des cochons de mer comme on dit en breton, des marsouins. On n’en voit pas bien souvent. » Mais ils n’étaient pas très marrants les marsouins, parce qu’ils ne sautaient pas. « Si tu veux voir des dauphins, il faudra ouvrir l’œil plus tard. On va sans doute en rencontrer après la presqu’île de Crozon. Il y a un troupeau vers l’île de Sein, avec de la chance ils seront de sortie. »

Maintenant je m’ennuyais un peu, et il faisait froid, le vent avait forci. Alors Marilou m’a expliqué comment ça marche un voilier. Elle m’a appris plein de mots nouveaux, comment hisser la voile, comment barrer pour se mettre au vent. Je m’amarinais et Georgette restait sur le balcon arrière et ne voulait pas bouger. C’est elle qui m’a dit quand les dauphins sont arrivés et ont paradé à côté du bateau. Ils faisaient des sauts, tout seul ou à deux. C’était cool, mais Marilou a mis un terme au spectacle : « C’est bien ce que je craignais, j’ai besoin de toi. Arise Enzo, on va louvoyer ! »

Pendant que je regardais les dauphins, le ciel était devenu presque noir et y’avait maintenant une sacrée houle. C’était la tempête.
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