C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

Enzo

10 ans
Homme
Ecolier
Vit à Quimper
Devise : J’vais me balader.
Bio :

Enzo bouillonne. Foot entre les voitures, combine entre potes, petits textes griffonnés sur des bouts de papier, il n'arrête jamais, et son imagination déborde. Dans sa tête, il refait le monde, celui qui peut-être un jour lui appartiendra. En attendant, il traine ses rêves dans son quartier, le Kermoysan. Futé et sensible mais turbulent et hyperactif, son manque de concentration à l'école lui vaut la détestation de son institutrice. Un traumatisme enfoui ? Une chose est sûre, il déborde de colère. Et d'amour. Avec sa mère il entretient une relation fusionnelle. Il est son protecteur, son porteur de courses quand l'ascenseur est en panne. Il est même parfois son soutien financier, car les jours ne sont pas tous faciles quand on n'a pas de carte bancaire.

15 Nov - Dans le brouillard
Publié le 15 Nov 2014 à 21:27 - Mis à jour à 21:29
 2Stefsg
567 points

Je dessinais de grandes lettres sur la buée de la vitre du bistrot. Le jour tombait, mais de pas bien haut. Dehors, le ciel et la mer s'étaient mis d'accord pour se fondre dans le sombre granit de Roscoff.

A travers le P de papa, je distinguais quelques pêcheurs remonter la digue. L'attaque du bastringue par les zombies.

Marilou se prenait le bec avec le capitaine du port et un gars du sémaphore. Ne comptez pas sur nous pour allumer les balises: le gouvernement y veut qu'on soit dans le shwartz, on y est dans le shwartz. Pas un train ne bouge, pas un avion ne décolle. Alors pas un bateau de ne sort.

Georgette se faisait gentiment draguer par l'ancien maire de la ville, qui semblait reprendre vie dans ce chaos. Et des couleurs. Le rouge. On aurait du renationaliser depuis longtemps la Seita. Au moins on aurait des clopes qu'on ferait venir de la Manu de Morlaix. Georgette acquiesça en minaudant. Il s'en fallait encore de peu pour qu'elle se fasse conduire un peu plus vers l'est.

Moi je me disais que je resterais coûte que coûte avec Marilou, pour faire enfin ce tour en bateau.

Elle me prit la main et le voltigeais de l'autre côté de la buée, le visage fouetté par le vent et la pluie. Un voilier, vous ne pourrez jamais l'empêcher de prendre le large ! Marilou était furax en enjambant les filières. Y a pas de shwartz qui tienne, on naviguera aux instruments.

Une demi-heure plus tard on sortait du port de Roscoff. Pas de rouge à babord, ni de vert à tribord. Guère plus de vent, et à peine dix minutes d'autonomie de moteur.

Je n'ai pas bien compris où nous allions, et de toute façon, je ne crois pas que Marilou ait pu décider quoi que ce soit. C'est le courant qui nous emmenait vers l'île du Taureau et ses récifs. Marilou n'avait pas l'air de s'inquiéter, et son orgueil l'empêchait d'envoyer quoi que ce soit à la VHS. Si tant est qu'il y ait un des ces fainéants de fonctionnaires à poste.

Moi, j'avais le sentiment d'avoir plus de chance de retrouver mon père dans ce noir maelström que nulle part ailleurs...

Enzo et la grève des fonctionnaires
Publié le 14 Nov 2014 à 21:10 - Mis à jour à 21:10

Ecrivez la suite de l'histoire d'Enzo en poursuivant celle d'hier.

Pour avoir une chance de gagner aujourd'hui, respectez la consigne suivante : Enzo doit d'une manière ou une autre être confronté à la grève des fonctionnaires.

3 contributions
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En compétition pour la suite (3)

Quand on peut faire des heureux...
0 votes - 15 November 2014 - 18h42
 3 11785 points
Le temps n’était pas vraiment super c’matin. Ça avait « bastonné » toute la nuit, comme ils disent ici. Ce n’était donc pas encore aujourd’hui qu’on partirait en mer rejoindre mon pater en mer d’Irlande.
Georgette opta pour l’offre de sa copine, squatter une résidence secondaire inhabitée en attendant une meilleure météo.
On passa donc notre matinée à visiter des « chambres d’hôtes » cinq étoiles, mises gracieusement à notre disposition.
« Putain, comment qu’j’m’exprime ! On croirait la rédac du premier de la classe ! Remarque, c’est p’t’êt’ parce qu’on a déniché cette baraque de guedin ! Quand t’es d’dans, t’as même plus envie d’péter ni d’roter ! Ouah, la classe ! La super classe ! Les Bretons à Hollywood ! Ma piaule, juste ma piaule, elle est grande comme tout l’appart de mon pote Tom. Dans la cuisine, y’a même une porte qui donne dans une autre pièce remplie de bouffe ! Que de bouffe ! Le truc de guedin... Une pièce entière remplie de bouffe... Et dehors, dans l’jardin, enfin, dans le parc pay-y-sa-ger... tu pourrais organiser les jeux olympiques, y’a tout ! Une piscine, des cours de tennis, une piste pour courir, y’a tout ! Putain la baraque de guedin... »
– Bon allez, vu le bizz, y faut que j’recommence à m’exprimer classe... –
« La venue d’une petite accalmie météorologique m’encouragea à poursuivre cette bucolique déambulation... Mais, aussi soudainement qu’elle fut impromptue, et ce malgré les recommandations formelles de Miss Georgette, une envie de déroger à la règle m’envahi. » – En gros, j’avais envie d’faire une connerie. –
« Cet immense portail me fascinait. Serait-il possible que je puisse l’ouvrir seul ? Je ne pouvais avoir la réponse... qu’en essayant !
Je réussis, avec grande peine, à pousser les deux gros loquets qui le maintenaient clos. » – C’est classe ça comme mot, clos... Non ? –
« Cette épique épreuve passée, je tirai, toujours avec grande peine, un des côtés du portail... et là... »
— FONCTIONNAIRES C’EST LA DÉPRIME, NOUS AUSSI ON VEUT DES PRIMES !!! FONCTIONNAIRES C’EST LA DÉPRIME, NOUS AUSSI ON VEUT DES PRIMES !!!
Un gros paquet d’gens était là, devant les grilles, avec des grandes banderoles et des gros panneaux... L’un d’eux s’approcha de moi :
— Ah, ah ! On savait bien que le ministre viendrait se réfugier ici ! Nous voulons voir ton père !
— Heu... il n’est pas vraiment là... mais je peux lui laisser un message... et dès qu’il rentrera, je lui en ferais part... monsieur.
— Ouais...Il est où ton père en ce moment ?
— Heu... ben... – c’est là qu’il faut êt’ bon – Ah oui, si c’est pour vos primes que vous venez, le problème est réglé monsieur.
— Ha ?... Mais comment sais-tu ça toi ?
— Ben... ce matin, papa, avant de partir... il était au téléphone avec le président de la république... et sans le faire exprès, j’ai un peu tout entendu.
— Ha ?... Et alors ?
— Ben... le président lui a dit qu’il avait eu Obama et Vladimir au téléphone... les deux vont filer plein de tunes, heu, pardon, les deux vont donner énormément d’argent à la France... afin de verser une super prime à tous ceux qui la réclame.
— C’est... c’est vrai petit ? Tu ne nous mens pas ?
— Heu, non... non monsieur.
L’homme hésita quelques instants... et se retourna vers ses copains les gueulards :
— ON A GA-GNĖ ! ON A GA-GNĖ !
Ils firent tous demi-tour et ils partirent en criant :
— ON A GA-GNĖ !!! ON A GA-GNĖ !!!
Je refermai l’portail et couru prévenir Georgette qu’il fallait qu’on s’casse au plus vite de c’palace.
« Bon, je sais, mentir c’n’est pas très beau... mais là, ça a fait des heureux ! »
C'est pas l'homme qui prend la mer
0 votes - 15 November 2014 - 17h27
 3 9501 points
Roscoff. Pas Ruskof. J'ai cru qu'on allait partir en mer pendant des jours jusque loin en Russie pour retrouver mon papa. En fait, pas du tout. C'est encore un bled breton avec plein de gens qui parlent avec des expressions bizarres. Mais les bretons comme dit Georgette, ils serrent les coudes. Et les russes, ils lèvent le coude qu'elle a dit Marilou en rigolant. Au moins, grâce aux combines de Georgette, on a un toit sous lequel dormir.

Et une télévision ! J'ai pas regardé la télévision depuis des semaines ! En plus, on est samedi, j'étais même le premier levé car j'avais trop envie de regarder mes dessins animés comme je faisais avant que maman casse son anévrisme.

Mais en fait, c'était trop nul. Il n'y avait plus qu'une chaîne qui marchait : TV Breizh. Nul ! En plus, ça montrait que des gens qui défilaient dans la rue avec des banderoles en chantant. Heureusement, Georgette, elle s'est réveillée et elle a fait le petit déjeuner. Je le voyais gros comme une maison que j'allais encore passer une journée à m'ennuyer ! En plus, y a même plus de vaches à traire ici.

Alors Marilou, elle a eu une idée géniale : aller à la pêche ! En plus, elle a dit que ça ferait du poisson à échanger contre autre chose. Georgette, elle a dit qu'elle remettrait pas les pieds sur ce bondioudbateau que si c'était absolument nécessaire. Du coup, c'était juste Marilou et moi, alors elle m'a montré comment faire pour pécher le maquereau en laissant traîner des lignes derrière le bateau.

On en a pêché 4 ! Des gros ! Deux qu'on garde pour cuisiner, et deux qu'on allait essayer d'échanger au marché du jour. Il fallait qu'on se dépêche de rentrer, des gros nuages noirs montaient à l'horizon et un méchant vent s'est levé tout d'un coup !

J'étais en train de relever une ligne et Marilou faisait des trucs en cabine quand ce vent m'a poussé dans le dos.

J'suis tombé à l'eau...

Je savais pas nager...
Pour être chaud, c'était chaud
0 votes - 15 November 2014 - 09h39
 3 30062 points
On aurait pu plus mal tomber...
La baraque en question était plutôt bien située, carrément sur le port.
Moi, je me suis tout de suite installé dans la petite piaule là-haut, celle qui ressemble à un donjon.
J'ai trouvé une paire de jumelles et je pouvais zieuter aussi bien le Ferry bloqué que l'arrivée des chalutiers.
Je me disais que mon père allait peut-être revenir plus tôt que prévu, même s'il avait pas une femme à la maison pour venir le traiter de jaune et l'obliger à filer droit...
Après j'ai entendu Marilou claquer la porte derrière elle, et pis jurer...Je suis descendu aux nouvelles. "Il manquait plus que ça! elle a fait...Vous parlez d'une journée! La voiture qui démarre plus, maintenant!
Georgette a bien essayé de la rassurer en lui disant qu'il y avait sans doute un garagiste à Roscoff, et que de toute façon, on n'était pas à la rue...mais Marilou, elle s'est énervée et elle a dit qu'elle avait pas toute la vie devant elle, et que si mon pater, il ne revenait que dans deux semaines, parce qu'avec tout ce bordel, on savait jamais...elle, elle pouvait pas se permettre des vacances forcées...
Et juste derrière, ça a été le tour de la voiture, qu'était pourrie, et d'ailleurs elle mettrait pas un centime dans une réparation...Autant acheter des rustines.
Bref, elle était de sale poil.
Du coup Georgette a proposé d'aller boire un coup au Goéland, sur le port, là où le patron pêcheur faisait ses blagues sur les Bigoudens tout à l'heure.
C'était l'heure de l'apéro et y'avait un peu de monde...
Des gens qui s'engueulaient sur les grèves.
D'après ce que j'ai compris, la jeune instit' du bled se faisait engueuler par un père d'élève parce que son gamin prenait du retard.
Le patron, histoire de calmer le jeu, lui a répondu que vu le profil de son gamin, c'est pas 8 jours de grève qu'allaient changer grand-chose, même un an, qu'il a rajouté...
Et pour enfoncer le clou, il a ajouté que même en allant à l'école vacances et jours de fête, il serait encore drolic.
ça devait pas être un compliment,parce que sa femme qu'était à côté a commencé à brailler, et comme elle osait pas s'en prendre à Armel, le patron, qu'a l'air d'avoir une grande trappe, elle s'est tournée vers le copain de l'instit'.
J'ai fini par comprendre qu'il travaillait à la poste, parce qu'elle parlait de courrier urgent qu'elle recevait plus et que c'était scandaleux,et que vu ce qu'il gagnait à rien faire ou pas grand-chose, elle voyait pas bien ce qu'il revendiquait...
Le patron, qui doit être une vraie tique dans son genre, est venu au secours du postier en disant à la mère que c'était peut-être aussi bien que certains courriers, genre bulletins de notes, arrivent pas dans certaines boites...
Ils ont voulu payer et partir, mais le patron a préféré qu'ils partent sans payer.
Georgette pendant ce temps-là parlait des réquisitions dans les fermes avec un agriculteur du coin et Marilou se rencardait sur les horaires de train depuis Roscoff avec un cheminot.
" N'y pensez, même pas! lui a dit le gars.Il faut aller au moins jusque Morlaix.
Ici tout le monde est en grève...Mais si vous voulez, je vous y emmène demain matin...Trainez pas trop, ça va se durcir."
Elle a accepté, comme ça, sans nous consulter, de manière unilatérale...J'vous jure, la démocratie, avant que ça arrive jusqu'à nous!
Les filles ont encore bu deux ou trois coups et on est rentré.
Moi je faisais la tête.
Parce que je voulais rester.
D'abord parce que mon père finirait bien par rentrer et que c'est pas en sautant comme des puces qu'on le retrouverait, et aussi parce que le patron m'avait dit que si je voulais l'aider à la plonge, j'aurais trois francs dix sous...
Evidemment, les filles avaient poussé les hauts cris sur l'exploitation des enfants et tout le bataclan...
On voyait bien que c'était pas elles qui pouvaient retourner leurs poches!...
Georgette a bien compris pour mon père.
Du coup, je les ai entendues discuter longtemps et après, Marilou a dit qu'elle repartait seule, que je devais pas être fâché, qu'on se retrouverait mais qu'il fallait vraiment qu'elle y aille...
J'ai répondu que je comprenais.
Moi, tout ce que je voulais, c'était remettre la main sur mon pater.
Le lendemain, on a quand-même décidé de l'accompagner jusqu'à la gare de Morlaix, vu que le cheminot revenait après à Roscoff.
Et là, ça a été chaud.
Sur le quai, c'était bataille rangée entre les grévistes de la SNCF et les passagers.
Ils étaient nombreux, parce que le bruit avait couru que dans la région, toutes les autres étaient fermées et ils avaient déboulé de tout le département.
Ils ont fini par se taper dessus avec ce qu'ils avaient sous la main...Les valises volaient bas.
Après, on a vu débarquer les postiers et les enseignants qui avaient été prévenus et venaient donner un coup de main à leurs copains fonctionnaires.
" Planqués, fainéants, ronds de cuir!"...ça fusait!
J'ai reconnu les deux d'hier soir au Goéland et je me suis dit que je le répéterais au patron en rentrant." Vite, saute dans celui-là!" a fait le cheminot à Marinou, c'est le dernier qui va partir...ça commence à déboulonner en amont!"
On a a peine eu le temps de lui dire salut...
Le train est parti juste à temps.
Dix minutes après, c'était un champ de bataille.
Et bien sûr, comme d'hab, c'est au moment le plus chouette que Georgette a déclaré de son ton de général:
" On y va...Trop violent pour le petit!"
J'te jure...Les femmes!
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