C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

Enzo

10 ans
Homme
Ecolier
Vit à Quimper
Devise : J’vais me balader.
Bio :

Enzo bouillonne. Foot entre les voitures, combine entre potes, petits textes griffonnés sur des bouts de papier, il n'arrête jamais, et son imagination déborde. Dans sa tête, il refait le monde, celui qui peut-être un jour lui appartiendra. En attendant, il traine ses rêves dans son quartier, le Kermoysan. Futé et sensible mais turbulent et hyperactif, son manque de concentration à l'école lui vaut la détestation de son institutrice. Un traumatisme enfoui ? Une chose est sûre, il déborde de colère. Et d'amour. Avec sa mère il entretient une relation fusionnelle. Il est son protecteur, son porteur de courses quand l'ascenseur est en panne. Il est même parfois son soutien financier, car les jours ne sont pas tous faciles quand on n'a pas de carte bancaire.

07 Dec - Déconfiture
Publié le 07 Dec 2014 à 20:43 - Mis à jour à 20:43
 3Igor
3180 points

Le pieu chat pelé, vrai maton, s'emballe, l'air craintif. "Sale môme !" Pense-t-il. "Tu m'as fichu la frousse."

Il faut dire qu'Enzo était entré comme une furie dans la cabine, réveillant en un sursaut le fier et vieux mammifère qui d'habitude monte la garde avec un peu plus d'efficacité.

Il se terre, les mains sur son crâne, la peur au ventre. L'aventure, l'aventure ! Marre de l'aventure ! J'aurais mieux fait de rester à terre avec Gwen. Qu'était-il venu faire dans cette galère ? Même le vieux chat de garde roupillait pendant la tempête, alors que lui abandonnait son poste au premier grain ?

Il avait honte. Il pensait aux marins fiers, le cherchant, se demandant pourquoi il n'affrontait pas, comme eux, les éléments déchaînés.

Soudain, par-dessus le fracas des masses d'eau sur le pont et les craquements odieux du vieux bois menaçant de céder à chaque seconde, il cru distinguer la vigie : "Terre ! Terre !"

Rassemblant son courage, il sorti aussi sec, laissant le vieux chat dans son désarroi, et se rua sur le mât, qu'il escalada promptement. Il se tint là, aux côtés de la vigie, mettant toutes ses forces dans ses yeux, scrutant au loin. "Enzo, ne vois-tu rien venir ?" lui souffla la vigie.

"Si, je vois... je vois une côte ! Mais où sommes-nous ? Quelle est cette terre ?" Le visage de la vigie devint blême. Sa bouche se figea en une expression de peur mêlée d'horreur. Enzo se concentra encore un peu plus, et il put distinguer, au fur et à mesure que l'Hermione avançait, des formes noires et sinistres se découper sur le rivage. Non, devant le rivage... des bateaux ! Un cinquantaine de bateaux, sinon plus. Amis ou ennemis ?

La vigie n'avait toujours pas pipé mot. Il semblait attendre quelque chose, attendre, avant de hurler "vaisseaux amis droit devant !" ou "vaisseaux ennemis droit devant !"

L'Hermione enquillait les vagues, poussée par le vent qui ne faiblissait pas. Au fur et à mesure que le vieux tas de planches s'approchait dangereusement de la côte, la vigie et Enzo, juchés sur leur mât, commençèrent à distinguer les pavillons.

"Pavillon breton ! Flotte amie droit devant !"

L'équipage, exténué par la tempête, exulta. Sauvés !

"Non, non ! Ennemi, ennemi ! Navires anglais à tribord !"
Le visage d'Enzo pris la même teinte de vieux radis que celui de la vigie. Il allait connaître sur le champ sa première bataille navale. Lui qui, il y a à peine dix minutes, se terrait dans la cabine, sous le regard désapprobateur d'un pauvre chat aussi décharné que cette coque de noix et aussi aimable que l'amiral un lendemain de cuite.

Il redescendit s'enquérir dudit amiral, il le trouva debout à la barre, le visage grave, fermé. Il ne répondait pas. Il savait très bien, l'amiral, que tout amiral qu'il était, il n'avait aucune chance face à une flotille de chalutiers anglais.

"Ce petit grain fort appréciable nous a poussé jusqu'aux anglo-normandes, mousse. Faut croire que j'ai perdu la main, c'est pas du tout notre route !" Persifle-t-il. "Comme t'as cru comprendre, ça va secouer. On est tombé en pleine bisbille territoriale. Si l'on veut voir le prochain lever de soleil, va falloir charger ces vieux canons et compter sur nos amis bretons pour nous seconder !"

Des ordres furent donnés. On chargea les vieux canons avec tout qu'on avait pu trouver sur ce vieux rafiot, qui certes avait de la gueule, mais n'était plus vraiment adapté à la dure réalité de la guerre navale moderne. Planches pourries, vieux morceaux de métal, tonnelets de chouchen de contrebande (l'amiral était vraiment désespéré pour en arriver à sacrifier son précieux brevage), même les saucissons qu'ils avaient emmenés en réserve y passèrent.

Dans quelques secondes, ils se retrouveraient au milieu de la flotille anglaise, cernée par les chalutiers bretons, mais tout de même en surnombre.
L'amiral hurla de sa vieille voix rauque mais gardant encore la puissance et l'éclat de ses jeunes années : "FEU ! Feu à volonté !"

Il avait toujours rêvé de dire ça. Dans un crépitement digne du nouvel an chinois, dans un feu d'artifice improbable, les surréalistes projectiles s'envolèrent à toute berzingue vers les navires anglais... pour venir s'écraser mollement sur le métal des coques modernes des navires-usines britanniques. Il fallait se rendre à l'évidence, l'Hermione n'était plus faite pour briller dans les batailles, et ses canons faisaient l'effet de pétards mouillés, surtout quand le boulet en métal est remplacé par de la cochonaille du sud de la France.

L'amiral, déconfit, hurla à nouveau. "Mille milliards de mille sabords de tonnerre de Brest de bachibouzouks !" Sous ses yeux ébahis, les navires anglais s'étaient mis en branle. Deux d'entre eux lâchaient leurs filets meurtriers, qui avaient été savamment cousus entre eux, et prenaient en tenaille le plus beau, le plus gros, le plus fier, et probablement le meneur des chalutiers bretons.

Pris dans le filet renforcé, il était traîné contre son grès vers les hauts fonds. L'amiral était stupéfait par la manoeuvre.

Le vieux chalutier breton s'empale sur le récif. "Salauds !" Lance-t-il. "Tout est fichu, le Mousse."

Enzo, approximativement
Publié le 06 Dec 2014 à 18:43 - Mis à jour à 18:43

Racontez la suite de l'histoire d'Enzo, en vous inspirant de celle écrite hier.

Aujourd'hui, une contrainte stylistique de haut vol : le jeu des homophonies approximatives.

La règle est très simple. La première et la dernière phrase de votre texte devront se ressembler dans la sonorité, mais avoir un sens totalement différent. Vous pouvez choisir des mots qui ont des homophones simples, comme vert, vers, verre, ou s'en sent, sans, ou encore t'en, tend, temps... mais n'oubliez pas que cette homophonie ne se doit pas d'être une copie conforme de la première phrase.
Exemple : "Elle a un gros chagrin" peut devenir : "Ella, c'est un gros chat brun". (voilà pourquoi il vaut mieux faire simple)
Amusez-vous !

2 contributions
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En compétition pour la suite (2)

Les filles aux filets
0 votes - 07 December 2014 - 19h52
 3 21923 points
« Bélo ! Les filles sont venues ? » s’inquiète l’Amiral.
« Ah ben, en voilà une qui remonte, Monsieur ! »
« Venez, les jolis minois, venez, le grand air vous fera le plus grand bien ! »
Ouf, la mer a retrouvé son calme, nos estomacs aussi, et l’air iodé finit de nous requinquer.
L’Hermione est vraiment une Reine sur l’eau, et les matelots s’affairent pour la rendre présentable.
Mais il y a quand même des gros dégâts, les trombes d’eau et le vent déchaîné ont fait pas mal de casse ! Ce n’est plus un baptême pour moi, heureusement, mais c’était quand même une sacrée tempête !
Le cuistot émerge à son tour, la mine pas très fière et fort inquiet de ce qu’il va pouvoir nous mitonner dans sa cambuse. Les matelots pourront-ils encore lui fournir du bon poisson frais ?
« Belle eau ! Les filets ont tenu ? »
Qu'on les pende !
3 votes - 07 December 2014 - 18h01
 3 11785 points
Une fille, ça se prépare...
Ben ça, ça faisait deux jours qu’on le savait, La Belette et moi.
On ne pouvait pas sortir sans se laver, sans se pouponner, sans se maquiller, sans se coiffer, sans se parfumer, ...
« Là, je compris que c’est vraiment chiant d’être une fille »
Et encore, ce matin ça ne remuait plus. Parce qu’hier avec la tempête, La Belette a eu un mal fou à se faire le trait noir sous les yeux... Bref.
Nous en étions à nous regarder dans la glace pour voir si tout était bien mis, quand... on entendit un vacarme d’enfer dans les coursives.
Des hommes descendaient rapidement les échelles en criant :
— Qu’on les pende ! C’est elles qui nous portent malheur ! Des femmes à bord, c’n’est jamais bon ! Qu’on les pende !
« Oh, oh... ça, c’était pas bon... pas bon du tout même. »
La porte de notre cabine vola en éclats ! Une bonne partie de l’équipage, cordes en mains, fit irruption dans la chambrée.
— A mort les donzelles !
Je fonçai vers eux... et je réussis à leur échapper en passant entre leurs jambes.
La poursuite dura... juste quelques minutes... Ils me rattrapèrent dans le réfectoire.
« S’ils avaient été que trois ou quatre, j’aurais pu leur faire une ou deux prises de Judo et m’enfuir... mais là, ils étaient vraiment trop nombreux. »
L’un d’eux me passa une corde autour du coup :
— On n’a qu’à commencer par la gamine ! Si ça s’trouve, c’est juste la p’tiote qui porte malheur !
« Oups ! Il fallait que je réagisse vite, très vite même. »
Là, j’sais pas pourquoi, j’ai repensé à Gwen... on n’allait plus jamais, plus jamais se revoir...
Soudain, une force incroyable m’envahit ! Je les ai tous écartés et j’ai bondis sur la table :
— Je n’suis pas une fillette ! Je suis Enzo ! Enzo le héros !
Et là, d’un geste, j’ôtai tout mon affreux déguisement!
Ils restèrent scotchés quelques instants...
« Comme si j’avais appuyé sur la touche Pause d’une télécommande. »
Un marin en laissa tomber sa corde :
— C’est vrai les gars... c’est bien lui. J’ai vu sa photo dans Ouest-France... Il paraît que ce gamin a sauvé tout un équipage.
« Il pourrait rajouter, sauvé d’une mort atroce, ça fait plus classe quand même. »
Un autre approuva ses dires :
— Oui, moi aussi j’en ai entendu parler... Pour sûr, ce p’tiot est un héros !
Un autre encore s’approcha de moi, l’air méfiant :
— T’es un héros peut-être... mais alors, que viens-tu faire sur notre navire ?
— Ben ?...
L’Amiral me rejoignit... et, en ôtant son chapeau :
— Je ne suis pas le Préfet de Gironde ! Mon nom est Kersauson, Olivier De Kersauson ! Mais sur toutes les mers du globe, on me surnomme, l’Amiral !
Deuxième couche de scotch...
— Et moi, c’est, La Belette ! Le meilleur charpentier qu’aucun navire n’est jamais embarqué !
Troisième et dernière couche...
L’Amiral laissa doucement retomber la surprise... et il prit la parole :
— Matelots ! Vous l’avez vous-même constaté cette nuit, ce vaisseau n’est pas fiable. Nous savions que si personne ne réagissait, cette course vous mènerait à coup sûr, à votre perte ! Nous avons usurpé ces identités certes, mais ce n’était que pour vous sauvé !
« D’une mort atroce, bon sang... ça fait toujours mieux. »
Un des marins s’approcha timidement de lui :
— Mon Amiral... que nous proposez-vous ? Peut-on encore échapper à un tel sort ?
— Je ne sais pas... Le Belette, à ton avis ?
— Et bien... la coque a prit de l’arc, et un mat a vrillé... mais c’est réparable. En réduisant notre allure, on pourrait facilement atteindre Saint-Malo. Là-bas, les gars qui ont construit Le Renard pourront nous aider.
— Et la quille monsieur La Belette ? La quille a perdue la moitié de son leste.
— Une quille, ça se répare !
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