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« En France, face à la crise, on en appelle toujours à l'Etat »

Publié le 19 Dec 2014 à 16:58 - Mis à jour à 17:02
Tags : le monde

 Dans la fiction « Anarchy », la crise politique vire au détricotage du pouvoir national. L'intérim est contesté et les mouvements d'affirmation régionaux se multiplient, avec de nombreuses revendications d'indépendance. Ce scénario est-il envisageable en France ? Béatrice Giblin est géographe, professeure à l'université Paris-VIII et directrice de la revue Hérodote. Elle a développé la notion de géopolitique régionale.


La montée des régionalismes, fortement médiatisée en Ecosse et en Catalogne, est-elle une conséquence de la crise économique ?


Ces mouvements existent depuis longtemps mais ils profitent de la crise économique et des difficultés politiques internes aux Etats. Les deux régions dont vous parlez ne sont pas économiquement en grande difficulté : la Catalogne est une économie industrielle et de services depuis longtemps et l'Ecosse est très aidée par le pétrole et bénéficie des investissements étrangers et anglais. Ces régionalismes ont donc une composante égoïste, mais on aurait tort de croire qu'ils ne sont mus que par un strict intérêt économique. Toutes les régions prospères sont loin de connaître des mouvements régionalistes. Ce n'est par exemple pas le cas de l'Ile-de-France [qui à elle seule représente 31 % du PIB métropolitain]. Cela tient au fait que les revendications d'indépendance s'appuient surtout sur une représentation nationale, un « nationalisme régional ». L'absence de ce sentiment nationaliste régional explique en grande partie l'échec du mouvement régionaliste de la Ligue du Nord, en Italie.


Un tel scénario, évoqué par beaucoup d'internautes dans « Anarchy », peut-il se produire en France ?


Il n'y a pas de mouvements similaires en France, pour le moment en tout cas. Il y a bien eu une tentative en Corse, mais le mouvement, très divisé, n'a jamais dépassé 20 % des voix. En Bretagne ou au Pays basque, les listes régionalistes recueillent des résultats très faibles. Les partis classiques ont parfois pris en charge le discours régionaliste, mais sans aller jusqu'à la revendication d'indépendance. Car en France, au moins depuis François Ier, c'est l'Etat qui a fait la nation.


Il y a donc une unité plus forte en France ?


Ce grand territoire national est marqué par une extrême diversité avant d'être unifié par la volonté politique. Diversité de langues, des cuisines et des aliments, des paysages et des climats avec des habitats très différents. D'autres pays, comme l'Allemagne, sont beaucoup moins divers. La construction de la nation française est une œuvre de quatre siècles.


Pour le géographe Christophe Guilluy, les pouvoirs publics ont abandonné la France périphérique. Partagez-vous cette idée ?


Je ne crois pas que les métropoles aillent si bien et que les périphéries soient tant abandonnées. La Seine-Saint-Denis reste le département le plus pauvre de France, bien qu'il soit au cœur de la métropole. Il y a une pauvreté croissante en ville, où les logements sociaux sont nombreux et hébergent les populations les plus fragiles. A l'inverse, toutes les périphéries ne sont ni abandonnées, ni pauvres. Il reste d'ailleurs très difficile de cartographier ce périurbain à l'échelle nationale. Parler de la crise et de la pauvreté en géographie ne peut pas se faire sans se pencher sur l'entrecroisement de cette maille locale avec d'autres mailles, qu'elles soient régionales, nationales ou internationales.


L'Union européenne tend-elle à devenir une Europe des régions au détriment des Etats-nations ?


Non, en tout cas l'idée est beaucoup moins présente dans le discours qu'il y a vingt ans. L'élargissement de 2004 a rebattu les cartes : comment gouverner depuis Bruxelles une Europe à 28 Etats déjà très diverse et prendre en compte des sous-ensembles régionaux ? Par ailleurs, la crise de 2008 et les contraintes européennes ont été mal vécues par les citoyens, ce qui a renforcé un regard critique sur la construction européenne. Ce désamour-là à l'égard de l'Europe n'existait pas il y a vingt ans.


Cette crise de 2008 a-t-elle transformé le territoire national ?


La crise a augmenté la pauvreté et accru les inégalités, bien que notre taux de pauvreté reste l'un des plus faibles de l'UE. Parce que la France a une population jeune, c'est la jeunesse qui en pâtit fortement. Dans certains quartiers, le taux de chômage atteint 75 %. Sans les filets sociaux et le niveau important de prestations sociales, la situation serait terrible. Les régions les plus touchées sont les régions et les villes industrielles très affectées par la désindustrialisation. Il faut toutefois souligner, contre un discours simpliste, que beaucoup d'élus locaux se battent au quotidien pour améliorer les choses.

Dans la difficulté, vers qui se tournent les Français en priorité ?


Ils en appellent à l'Etat ! En France, face à la crise, on en appelle toujours à l'Etat, bien plus qu'aux départements ou à la région.


Propos recueillis par Stéphane Sitbon-Gomez et Charles-Henry Groult

 

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