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" L'euro est une monnaie incomplète "

Publié le 19 Dec 2014 à 16:59 - Mis à jour à 16:59
Tags : le monde

Dans la fiction " Anarchy ", la France traverse une crise monétaire sans précédent, conduisant François Hollande à annoncer la sortie de l'euro. Cette instabilité économique et monétaire est l'occasion de questionner notre rapport à la monnaie. Crise de confiance ou crise de société ? L'économiste André Orléan, spécialiste des questions monétaires et directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), nous livre son analyse. Il est l'auteur de L'Empire de la valeur (Le Seuil, 2011). Selon ce spécialiste des questions monétaires, l'euro ne renvoie à aucun sentiment de solidarité partagé dans l'UE

Comment se déclenche une crise monétaire ?

Une crise monétaire correspond à la remise en cause de la confiance dans la monnaie. C'est le cas dans les périodes de forte inflation ou, à l'opposé, de déflation.

Sur quoi repose justement la confiance dans la monnaie ?

Notre confiance dans la monnaie repose sur sa capacité à assurer une puissance d'acheter, c'est-à-dire le pouvoir d'obtenir des marchandises. Et ce qui fonde ce pouvoir d'achat, c'est la reconnaissance de sa valeur par autrui.
En effet, j'accepte la monnaie dans la stricte mesure où j'anticipe que les autres l'accepteront. Même les monnaies métalliques, comme les pièces d'or ou d'argent, étaient désirées, non pas pour la valeur intrinsèque du métal, mais bien parce qu'elles étaient acceptées par tous comme moyen d'échange. La monnaie est partout et reste une croyance partagée.

Quels sont les fondements de cette croyance ?

Elle repose sur trois formes de confiance, étroitement imbriquées. La première, la confiance méthodique, découle de l'expérience quotidienne. Nous constatons tous les jours que la monnaie nous permet d'acquérir des biens. La deuxième est la confiance hiérarchique, c'est-à-dire dans l'autorité monétaire elle-même, aujourd'hui la Banque centrale. Enfin, parce que la monnaie est avant tout un lien social, son acceptation suppose l'adhésion aux valeurs qu'elle véhicule, ce que nous nommerons confiance éthique. La confiance éthique varie avec les histoires nationales. Par exemple, les Allemands avaient un attachement à la stabilité du deutschemark.

Donc une crise monétaire, c'est la fin d'une croyance ?

La forme ultime des crises monétaires est la fragmentation de l'espace monétaire : il ne correspond plus à un destin collectif.

Au regard des trois composantes de la confiance, l'euro est-il digne de confiance ?

L'euro est une monnaie incomplète car elle n'est pas adossée à une souveraineté politique et ne renvoie à aucun sentiment de solidarité partagé par les populations européennes. Les billets en euro en sont symptomatiques dans la mesure où il a été impossible de trouver d'autres symboles communs que des portes, fenêtres ou ponts qui ne renvoient à aucune réalité sociale vécue.
Autrement dit, il faudrait avoir confiance dans l'euro, non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il nous promet d'être, sans pourtant qu'il soit possible aujourd'hui de fournir une représentation tangible de ce destin.

Une crise monétaire, n'est-elle pas l'occasion pour de nouvelles monnaies d'apparaître ?

Chaque crise monétaire est marquée par l'émergence de nouvelles monnaies, plus ou moins durables. Ces nouvelles monnaies peuvent prendre des formes très variées. Ainsi en Allemagne à la sortie de la guerre, la cigarette est devenue un moyen de paiement en remplacement du reichsmark qui faisait l'objet d'une défiance généralisée.
En Argentine en 2001, face à la pénurie de pesos, sont apparues des monnaies locales, les creditos. Il s'agissait pour les communautés locales d'un moyen de continuerà échanger sans avoir besoin de détenir des pesos d'autant que les retraits avaient été limités à 250 pesos par semaine.

Aujourd'hui, le bitcoin fait beaucoup parler de lui. Assiste-t-on à la naissance de la monnaie du futur ?

Je ne crois pas que le bitcoin soit une monnaie. Certes, il présente certains traits qui l'apparentent à une monnaie, essentiellement par le fait qu'il renvoie à une communauté, la communauté Internet qui lui accorde une confiance éthique forte.
En effet, si le bitcoin se diffuse, c'est au nom des valeurs Internet dont il se prétend le représentant, par exemple, quand il fait valoir qu'il n'est soumis à aucune puissance hiérarchique et surtout pas à l'Etat. Mais ce qui différencie le bitcoin d'une monnaie, c'est son caractère spéculatif. En effet, il est plus recherché en tant qu'actif financier spéculatif que comme un moyen d'échanger des biens et des services.

Donc le bitcoin ne sera pas le successeur du dollar ?

On est là dans la science-fiction. La véritable question est la suivante : quels intérêts sont susceptibles de pousser au développement de ce type de monnaie ? Or, aujourd'hui, il n'y en a guère au-delà des promoteurs du bitcoin.


Propos recueillis par Alexis Frémeaux et Adèle Ponticelli

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