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" La prospérité est liée aux institutions économiques "

Publié le 19 Dec 2014 à 16:58 - Mis à jour à 17:03
Tags : le monde

Pour l'économiste turco-américain Daron Acemoglu , l'Europe manque de structures supranationales fortes. Dans " Anarchy ", la crise politique prend le pas sur la crise économique. Dans cette fiction, la semaine a été marquée par une montée de la contestation et par une gouvernance de plus en plus chaotique et autoritaire. Faillite du politique ou des institutions ? L'économiste turco-américain Daron Acemoglu, professeur au Massachusetts Institute of Technology, livre son analyse sur les ressorts du succès ou du déclin des sociétés. Il est l'auteur, avec James A. Robinson, professeur à Harvard, d'un ouvrage remarqué : Why Nations Fail (" Pourquoi les nations échouent ", Crown Business, 2012, non traduit).

Partagez-vous l'idée que nous assistons actuellement au déclin économique de l'Europe ?


Il ne faut pas exagérer cette idée du déclin européen. Les difficultés économiques et sociales du moment ne doivent pas faire oublier que l'Europe reste une zone de prospérité. C'est une des régions les plus avancées au monde en termes d'innovation et de technologie. De plus, elle bénéficie de la force de sa société civile et d'une tradition démocratique extrêmement ancrée. Les problèmes de l'Europe sont liés à ceux de l'Union européenne.


Est-ce à dire que les difficultés économiques de l'Europe sont la conséquence d'une construction européenne inachevée ?


D'une manière générale, les activités économiques ont migré du niveau national au niveau international. Pour faire face à cette mutation, l'Europe aurait besoin de se doter d'institutions supranationales fortes, ce qui n'est pas le cas. Or c'est un processus complexe à faire aboutir en l'absence d'un consensus politique entre Européens sur ce que doit être l'Europe.


Qu'est ce qui entraîne le déclin d'une société ?


Avec James A. Robinson, nous considérons que la prospérité est avant toute chose liée aux institutions économiques. Les modèles qui permettent la prospérité sont " inclusifs ", c'est-à-dire que les institutions offrent une relative égalité des chances, garantissent des droits économiques et politiques et permettent l'innovation. A l'inverse, les modèles qui empêchent le développement sont de nature " extractive ", c'est-à-dire que les institutions économiques sont là pour servir l'enrichissement d'une minorité aux dépens du reste de la population. La nature des institutions économiques est directement liée à la nature du régime politique, démocratique ou autoritaire. Le déclin d'une société intervient quand ses institutions économiques évoluent d'un modèle inclusif vers un modèle extractif.


Un déclin rapide est-il possible, comme nous l'imaginons dans la fiction " Anarchy " ?


Ces changements ne se font pas du jour au lendemain. Pour autant, les institutions qui assurent la prospérité peuvent être rapidement détruites. Le déclin de la République de Venise, l'une des cités les plus prospères du Moyen Age, en est un bon exemple. La stagnation de la ville est directement liée au changement majeur des institutions qu'a constitué la mainmise des grandes familles vénitiennes sur le Parlement à la fin du XIIIe siècle et qui s'est traduit par la fin de la liberté de commerce au long cours. Or cette évolution des institutions, qui a mené au déclin, s'est effectuée en une vingtaine d'années.


Il serait donc plus facile de décliner que de prospérer ?


Quand un système extractif est installé depuis des décennies, voire depuis des siècles, il est effectivement très difficile d'en sortir. Le devenir des " printemps arabes " est de ce point de vue éclairant. En Syrie, la remise en cause du régime extractif s'est traduite par un cercle vicieux où la répression du régime a alimenté les groupes les plus radicaux. En Egypte, le retour à la dictature militaire marque le retour à la stabilité, mais aussi le retour à un système économique qui ne profite qu'à une minorité liée à l'appareil militaire. Dans le même temps, l'exemple tunisien montre qu'il est possible d'aller vers un régime plus inclusif. Tout n'est pas parfait en Tunisie mais les choses vont clairement dans le bon sens.


Le décollage de l'Afrique est-il aussi aujourd'hui une raison d'espérer ?


La situation de l'Afrique est bien meilleure qu'elle ne l'était durant les années 1980 et 1990. Les institutions se sont renforcées sur le plan économique et politique. Beaucoup plus d'Etats africains sont aujourd'hui des démocraties. Certes, la corruption reste forte et certaines démocraties ne le sont que de façade. Mais la capacité des Etats africains à mener des politiques publiques a nettement progressé. Qu'un pays comme le Nigeria soit aujourd'hui capable de stopper l'épidémie d'Ebola est, de ce point de vue, significatif.


La Chine semble concilier croissance économique et régime autoritaire, n'est ce pas contradictoire avec votre théorie ?


Nous ne disons pas qu'il est impossible d'avoir de la croissance dans un régime extractif. Mais que cela n'est pas soutenable à long terme. Certes la croissance chinoise a été exceptionnelle ces dernières décennies. Mais la Chine atteint le stade de développement où commencent les difficultés pour un régime extractif : elle va être confrontée à une tension croissante entre la nécessité d'ouvrir la société, pour susciter l'innovation indispensable à sa croissance future, et la volonté du pouvoir communiste de maintenir son monopole politique.

Propos recueillis par Alexis Fremeaux et Romain Jeanticou

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