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On constate « une radicalisation de la jeunesse »

Publié le 19 Dec 2014 à 16:58 - Mis à jour à 16:58
Tags : le monde

Dans la fiction « Anarchy », les élites tant politiques qu'économiques sont remises en cause. Nous voyons émerger d'une part un pouvoir militaire et de l'autre le mouvement pacifiste des Eveillés qui remettent en cause le système. Une telle crise politique peut-elle modifier la hiérarchie sociale ? Camille Peugny, sociologue et maître de conférences à l'université Paris-VIII, examine la place des élites dans la société française.

Quel est le portrait type de l'élite française ?


Chacun sait que les cercles du pouvoir sont plutôt masculins, blancs, quinquagénaires, voire sexagénaires. Au-delà, ce qui caractérise cette élite, ce sont des origines et des trajectoires communes. Les origines familiales sont bourgeoises, ou du moins aisées : les générations précédentes ont déjà accumulé beaucoup de ressources économiques, sociales, culturelles, qui ont été bien transmises.


Un des enjeux pour l'élite est donc sa pérennité ?


Les « élites » françaises sont fabriquées dans l'entre-soi des grandes écoles, qu'il s'agisse de Polytechnique ou de l'ENA, dans lesquelles les enfants des classes populaires restent des exceptions statistiques. Ce n'est pas une spécificité française. Chaque pays a ses institutions prestigieuses dans lesquelles est formée l'élite de demain. Une des spécificités françaises, toutefois, est bien la longévité de cette dernière. Au début des années 1990, Ségolène Royal et Michel Sapin sont respectivement ministres de l'environnement et des finances. Aujourd'hui, les mêmes occupent les mêmes fonctions. L'un des deux principaux partis de gouvernement n'est-il pas capable, à vingt-cinq ans d'intervalle, de fournir deux personnes différentes pour s'occuper de ces questions ?


Pourtant on parle toujours de l'égalité des chances.


On voit bien comment, dans cette position politique de l'égalité des chances, les exceptions statistiques sont utilisées pour montrer que le système fonctionne. On prend toujours parmi l'élite un ou deux exemples de femmes, de personnes issues de l'immigration ou de milieu populaire, pour montrer que l'ascenseur social fonctionne. C'est quelque chose de pernicieux dans le système. C'est-à-dire qu'une élite n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle trouve des exemples qui contredisent la règle commune, qui tendraient à valider le fait que, oui, l'école est méritocratique. C'est très important d'aller chercher des exceptions qui vont légitimer le système.


La notion d'ascenseur social est enterrée ?


Aujourd'hui, quelques années après la fin de leurs études, environ 70 % des enfants d'ouvrier exercent un emploi d'ouvrier ou d'employé. Donc, 30 % accèdent à des emplois de cadre, d'indépendant, ou caractéristiques des professions intermédiaires et s'élèvent ainsi au-dessus de la condition de leurs parents : pour eux, l'école a joué son rôle. Mais force est de constater que l'immobilité sociale demeure extrêmement pesante dans la société française.


Les jeunes se construisent-il en opposition à cette élite ?


La jeunesse est une catégorie très hétérogène. Une part croissante des jeunes diplômés ne se reconnaissent pas dans l'offre politique disponible. Ils sont très au fait des débats politiques et leur abstention n'est pas le produit d'une forme d'exclusion sociale, il revêt au contraire une dimension très politique. A l'autre extrême, parmi les non-diplômés, socialement relégués, dans des territoires en crise, le Front national réalise des scores élevés. Autre exemple de cette radicalisation de la jeunesse, la part croissante de jeunes, dans les enquêtes sur les valeurs, qui se disent favorables à un changement radical de société.


Face à un scénario catastrophe comme « Anarchy », quelle serait la réaction de l'élite ?


Avec un peu de mauvais esprit, on peut imaginer que l'élite (et notamment une partie de l'élite économique) chercherait à expliquer que tout ce qui vient de se produire était prévisible. Certains ardents défenseurs de l'ancien monde essaieraient probablement aussi d'expliquer ce que doit être le prochain. Avec moins de mauvais esprit, il est probable que beaucoup seraient en réalité totalement désorientés par l'effondrement d'un monde qu'ils ont contribué à construire et, surtout, qu'ils n'ont jamais été amenés à penser autrement.


Quelle forme d'élite pourrait émerger de cette crise ?


Un des principaux enjeux si le système s'effondrait serait de repenser l'accès à la parole publique. Il faudrait une révolution dans l'accès à la visibilité. Dans beaucoup d'endroits, il y a une frange de la société – invisible médiatiquement – qui tient à bout de bras des pans entiers de la société française, dans les quartiers délaissés ou dans les zones rurales. Si elle accédait à la visibilité, il n'y a aucune raison pour qu'elle ne puisse pas devenir l'élite de demain. Mais sans cela, il n'y a aucune raison que les choses changent. Néanmoins, poser le problème de cette façon accrédite l'idée qu'il faut absolument qu'une élite en remplace une autre. Pourquoi en faudrait-il forcément une ?


Propos recueillis par Clémence Leleu et Marion Guénard

 

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