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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour
218 points1

Gabrilus

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Sud-Est
Classement : 218ème
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Ses personnages (1)

Diane Bonnac
Ce n'est pas parce que tu sais parler, que tu es intelligent.

Ses participations (6 publiées - 0 gagnante)

In vino veritas

le 02 Nov 2014 à 22:28
Malgré son épais châle soigneusement enroulé autour de ses épaules, la jeune femme tremble. Autant de froid que de fatigue. Assise dans sa cuisine délabrée, le poêle à bois tournant à plein régime, Diane boit un thé vert en fumant pensivement une cigarette. Elle hésite. A-t-elle seulement une raison de se lever demain et d’écrire ? Jusqu’à ce matin, les nouvelles du Pays ne semblaient guère affecter les villageois de St-Pierre. Chacun continuait son petit bonhomme de chemin, jusqu’à cette tragique nouvelle. On a bien cru à un moment que l’on en perdrait Pépé Gaspard ! Le pauvre homme a failli ne pas survivre à ce changement de programme : plus de liquide, pas de marché. Pas de marché, pas de poulet dominical. Et Pépé Gaspard y tient. Chaque dimanche, après s’être recueilli sur la tombe de mémé Eglantine, nippé dans son vieux costume d’officier de la Maréchaussée, Pépé Gaspard reçoit à domicile. En grande pompe aux yeux de ce survivant des grandes restrictions, autour d’un simple poulet rôtis-patates obligatoire aux yeux de ses cadets. Jusque-là, la jeune femme s’est admirablement bien accommodée de la situation du Pays. Elle n’a même pas bronché lorsqu’il a été question de faire le repas sans pain frais acheté le jour même. Pourtant, même les plus jeunes ont commencé à y voir un signe d’apocalypse. Dans la journée,  Diane a suivi, comme tout le monde, les informations. Elle n’a pipé mot, mais, depuis, elle reste prostrée dans sa cuisine avec une question simple : est-ce que, demain, ses papiers seront payés ? Elle écrase sa cigarette et s’en roule une autre presque instantanément. Cela doit bien faire deux heures que sa gorge refoule tout autant qu’un cendrier humide, mais elle n’en a cure. Plus de liquide ? Ca n’est pas gênant. Plus de bonbecs ? Elle n’aime pas le sucre. Pas de marché ? De toute façon, il était temps qu’elle arrête de craquer devant le stand de fromages. Non, la réelle menace à ses yeux, bien plus que sa maison en ruine, son chauffage en panne ou sa solitude pesante ; la réelle menace repose sur l’hypothèse que ses clients ne la payent plus. A St-Pierre, cette crise n’a que peu d’impact. Beaucoup cultivent encore des terres familiales. Beaucoup, comme elle, ont hérité d’une maison et n’ont pas à souffrir d’emprunts ou de loyer. Il aura fallu une annulation de marché et un poulet en cavale pour remuer cette paisible fourmilière. Mais ce soir, chacun retournera au lit, en maudissant le Gouvernement, l’Europe, la Bourse ; comme il est de coutume depuis de nombreuses années. Elle, en revanche, elle est incapable de trouver le sommeil. Elle ne travaille pas dans une petite entreprise familiale dont elle ne risque pas d’être licenciée. Elle travaille pour des gens de la Capitale, des gens qui font des business-plan, des gens qui n’ont aucun préavis ni accord à trouver pour cesser la prestation. Ainsi, la rédactrice n’aurait plus rien à rédiger. Si seulement elle avait la vocation, le courage, l’envie de monter à Paris, d’être dans le cœur de l’action, de retranscrire ce qu’elle y verrait ! Diane soupire une nouvelle fois, délaisse son thé et se verse une bonne rasade de rouge qui tâche. Elle le boit d’une traite, il est râpeux sur la langue et il réchauffe le ventre. Elle incline une nouvelle fois la bouteille. Bon. Elle ne sait toujours pas de quoi demain sera fait, mais elle est certaine qu’elle aura mal à la tête. 

40 euros : les bonbecs en faillite

le 01 Nov 2014 à 11:40
La tête encore bourdonnante, un mal de crâne intense menaçant d’envahir le reste de ses neurones valides, Diane tente de se réveiller avec son café matinal. L’ordinateur à peine allumé, Skype se lance automatiquement et les bips exaspérants s’enchaînent. Diable, un jour férié, fête des morts qui plus est, elle n’a même pas la paix. La brune ignore superbement son pc et se roule machinalement une cigarette lorsqu’une autre symphonie attire son attention. Une cacophonie plus exactement. Derrière ses volets encore fermés, elle entend des petits cris, et des insultes que seuls les enfants utilisent. « T’façon, c’sont des chacaux ! C’pas juste ! ». Elle cligne des yeux, allons bon ! Tout en s’approchant discrètement de la fenêtre, qu’elle ouvre le plus silencieusement possible, Diane tend l’oreille. Elle n’a pas envie d’être vue. Encore moins d’être interpellée par des voix stridentes infantiles avant son café. « C’est dégueu ! Pourquoi qu’ils m’ont dit qu’j’avais plus d’sous ? J’ai rien fait moi, c’pas juste ! ». La jeune femme cligne des yeux un instant, essaye tant bien que mal de connecter deux cellules grises récalcitrantes avant de comprendre, enfin, les propos du garçon. « Et j’fais comment pour acheter des bonbecs, maint’nant ? Hein ? ». La rédactrice touille son café, nonchalamment assise sur le radiateur éteint. Une autre voix, plus aigüe, si cela fut possible, répond à l’enfant : « T’sais, moi c’pareil, mon euro d’la semaine, zou ! Fini qu’ils m’ont dit ! M’ont parlé de crise, de rest-reck-rextricssition, bref, m’ont dit qu’ils n’avaient plus s’sous. » « Tu parles ! C’est que des menteries, comment qu’ils font alors pour payer l’essence, hein ? ». Diane pinça ses lèvres pour tenter de contenir un fou-rire. Elle pourrait en faire un très bel article, elle voit d’ici le titre : « 40 euros par semaine : les bonbecs en faillite ». Elle avale une gorgée et allume sa cigarette. « Tu crois qu’on peut payer les malabars avec une carte ? » L’adulte s’étouffe. « J’sais pas… J’connais pas l’code d’toute façon. » 

Papi n'a pas fait de résistance

le 31 Oct 2014 à 20:00
« Qu’est-ce qui faut pas entendre ! Les gens se ruent sur les distributeurs, et voilà qu’en plus de ça, des connards en profitent ! ». Diane laisse le vieux Pépé tourner en boucle sur les news récentes. Le voilà reparti comme en 40, notre tonton flingueur. La crise, les étrangers, l’Europe, Merkel, François Hollande… Tremblant, la bave écumant pratiquement ses lèvres plissées, Pépé Gaspard explique en long, en large et en travers combien le clampin, le jeune, le parisien, est bien con de ne pas avoir planqué l’oseille sous l’matelas. Elle ne relève même pas le nez de son smartphone tandis que l’ancêtre empoigne sa carabine « spéciale chasseur de grives » en promettant au premier délinquant du plomb « bien d’chez nous ». Elle se contente d’esquisser un rictus. Des délinquants, ici, à St-Pierre… Les seuls qu’elle connaisse sont les petits jeunes qui se bornent à prendre à l’envers l’unique rond-point du village. Côté rébellion, on repassera ! Diane laisse donc son vieux Pépé crachoter des postillons de pinard, tout en suivant avec avidité le fil d’actualités. Elle est exténuée et devrait déjà être en train de tenter de se reposer mais, travail-famille-patrie obligent, la voilà, après avoir (enfin ?) réussi à déconnecter Skype, en train d’écouter les élucubrations d’un veuf réac’ et fasciste. Elle en reviendrait presque à regretter les Bips frénétiques de son ordinateur. « Et en plus, ils nous ont foutu un banquier du FMI ! Moi, j’te dis, Asselineau aurait dû être choisi ! ». Diane se décide à relever la tête, fronce les sourcils et scrute longuement le vieillard. Un silence pesant s’installe, fort heureusement rompu par des heurts à la porte. « Des bonbons ou un sort ?! » Entend-on derrière la porte. « Laisse, j’y vais. » Murmure la jeune femme, décochant ainsi ses premiers mots de la soirée depuis le traditionnel « Bonjour Pépé ! » Soulagée, elle ouvre la porte devant la mine réjouie de gamins qui ne comprennent absolument pas pourquoi, cette année, Halloween fait très peur aux adultes. 

Qui ? Aucune importance, publions !

le 31 Oct 2014 à 17:13
Bip, Bip, Bip, BIIIP ! Skype s’affole dans tous les sens, et Diane a soudainement envie de fondre en larmes. « Oui, JE SAIS, j’ai vu Twitter, moi aussi ! » Elle n’a malheureusement pas le temps de se reprendre qu’il lui faut déjà réagir. Elle recherche dans Google le nom du nouveau Premier Ministre. Un seul article semble avoir été fait sur la question. Vite, elle a peut-être une chance de tirer - elle aussi - son épingle du jeu ! Elle copie, elle colle, elle reformule. Non, elle ne sait pas pour autant qui est cette personne. Oui, elle ne fait que plagier un autre article. Et oui, elle a honte. Voilà, le billet d’une centaine de mots est en enfin en ligne. Elle s’avachit sur son siège de bureau et se roule une cigarette, pensive. Sur Skype, ce sont les hourras qui fusent à grands coups de « Bips » de plus en plus agaçants. Diane coupe le son, le temps de d’allumer la cigarette et d’en tirer quelques bouffées. Voilà, la France s’est dotée d’un nouveau Premier Ministre et elle vient de l’annoncer à ses concitoyens à grands coups de superlatifs pour qualifier l’illustre inconnu. Pour autant, elle ne sait toujours pas qui est ce fichu Michel Cabestany. Un économiste ? Voilà de quoi rassurer l’Europe, mais est-ce une si bonne idée… ? Elle relit son papier, elle n’a pas hésité une seconde à citer l’article plagié : « Michel Cabestany est décrit comme "un petit prodige de l'économie" par ses collègues du FMI […] ». Elle grimace, déjà sur Google Actualités, de nombreux billets similaires fusent et, sans surprise, reprenant cette même citation. A l’heure où tout le monde pleure la France, Diane, elle, se contente de pleurer son métier. 

En attendant le nom...

le 31 Oct 2014 à 16:16
La fumée lui brûle les yeux, Diane a renoncé à l’idée de ne cloper uniquement dans la cuisine. Le bureau empeste le tabac froid, et ça lui est incroyablement égal. Il est près de 16h et elle vient de se servir son neuvième café serré. Une larme coule sur sa joue et sa vue se brouille. C’est malin, elle n’arrive plus à lire l’article de 20 minutes sur l’historique de l’Europe. Elle pose maladroitement sa cigarette dans le cendrier improvisé, et la cendre se répand en grande partie sur le bureau. Cela aussi lui est égal. De son côté, Respawn a renoncé à l’idée de dormir, il se contente de manger avidement des croquettes qui, bientôt, lui manqueront. Sur Skype, le client de la jeune femme éructe de plus en plus de demandes. Un papier sur la crise en Europe, un papier sur la réunion prochaine à Rome, un article de fond sur la Zone Euro. Les exigences n’en finissent pas, et la pauvre rédactrice ne sait plus où donner de la tête. Elle n’a guère le temps de comprendre une information qu’elle doit déjà la retranscrire le plus vite possible. Toujours à l’aide de son fidèle dictionnaire des synonymes… Sur son deuxième écran, les tweets s’enchaînent, moins d’une heure avant l’annonce officielle du nom du prochain Premier Ministre. Diane le sait, elle doit sortir l’information en direct, plus vite que les autres, sans prendre le temps de se demander si l’info est fiable. Mais, là, alors qu’elle avale des dizaines et des dizaines de chiffres, de dates et de noms constituants l’histoire de l’Europe, Diane s’inquiète : une partie croissante de son cerveau commence à se focaliser sur la question du nom. Elle ne s’interroge pas en tant que Rédactrice. Elle ne s’inquiète pas en tant qu’acteur de l’information. Non, sa minuscule fraction citoyenne, cette infime partie de son droit de voter, s’angoissent : Et si le Totalitarisme arrivait au pouvoir ?

Y a-t-il un Premier Ministre à Matignon ?

le 31 Oct 2014 à 15:07
Premier bip. Deuxième bip. Troisième bip. Les quatrième et cinquième sonnent en simultané. Très vite, Skype s’affole, et les enceintes vibrent dangereusement sur le bureau.« Merde, à la fin ! Quoi encore ? »Diane clique rageusement sur l’icône bleue, jette un œil à la conversation virtuelle, et manque de s’étouffer. Les lignes défilent à une vitesse folle, Jean et Roland enchaînent les phrases sur le canal du groupe, tandis qu’Anna tente de les rassurer sur sa rapidité de réaction. Breaking News : Juppé, Fillon, Laurent et Royal sont reçus par le Président.[13:03:40] ~Jean-Bon-Digital45~:  chaud juppe et fillon a l’elysee [13:03:41] ~Jean-Bon-Digital45~:  tu titre opposition pour sauver la France [13:03:41] ~Jean-Bon-Digital45~:  aller go go go ![13:03:43] Diane: Mais je n’ai même pas terminé l’article de fond pour les possibles candidats à Matignon ! [13:03:44] ~Jean-Bon-Digital45~:  pas grave fais déjà le rdv d’hollande.[13:03:47] Diane: Ok…« Putain ! » La jeune femme se relève furieuse et exécute un tour complet sur elle-même avant de se rasseoir. A côté d’elle, le chat miaule de mécontentement car sa maîtresse a eu l’audace de le réveiller avec son insulte. Sans pour autant y prêter la moindre attention, Diane se met en quête d’informations sur le Web. D’une requête simple sur Google, la voilà avec des pages et des pages de papiers virtuels rapidement expédiés par ses confrères. Elle en ouvre cinq ou six dans des onglets annexes, et commence à lire le premier. Nouveau bip rageur, nouveau coup d’œil en direction de Skype :[13:05:11] ~Jean-Bon-Digital45~:  vite le monde et metro ont déjà publié !« Ouais, ouais, je sais, je lis leur simulacre d’article, merci Jean de ta légendaire contribution… » Naturellement, cela, elle se contente de le dire à son chat. Pas question pour elle de perdre ce client. Alors elle arrête sa lecture, sélectionne le premier contenu sur le thème, le copie et, le colle directement sur la page « Ajouter un nouvel article ». Le clavier s’excite à la vitesse des caractères qui s’affichent à l’écran. La Rédactrice reformule le billet d’un autre, vitesse grand V, histoire d’éviter le plagiat délibéré. Vite, en gras, vite, un sous-titre. Mais, là, Diane suspend ses mains : elle n’a aucune information. Elle n’a pas de précision. Elle ne sait même pas ce qui se passe. Rien, nada, que tchi !Elle ferme un instant les yeux, inspire, expire. Non, décidément, non, elle manque cruellement de sommeil, elle n’y arrivera pas. Tant pis pour le petit plus de la rédactrice, elle se contente de dire la même chose que tout le monde et publie illico-presto cette imitation d’information. Re-Bip agaçant :[13:12:52] ~Jean-Bon-Digital45~:  c’est mort, on sort pas sur le google actualites[13:12:53] Diane: Oh, zut, je suis vraiment désolée, je voulais tellement y arriver…La jeune femme se fend d’un ricanement. Evidemment qu’elle ne l’est pas. Elle se moque éperdument de l’actualité brûlante sans consistance. Elle déteste cette vision du métier, elle déteste son client, elle déteste le Web.  Bip :[13:13:07] ~Jean-Bon-Digital45~:  pas grave tu fera mieux la prochaine fois JAlors qu’une insulte cinglante menace de sortir sur le clavier, un autre bip, plus léger, cette fois, attire l’attention de la brune : Un journaliste vient de twitter, en live, en direct de l’action, sur le terrain quoi qu’un ballet de voitures défilaient à l’Elysée.  Diane se pince l’arête du nez entre son pouce et son index en se mordant violemment la joue. « Je te jure que s’ils m’obligent à commenter ça, je démissionne ! » Le chat miaule de mécontentement. Qu’est-ce qu’il en a à carrer, lui, que la France implose ? Sortie de l’Europe ? Crise sociétale et émeutes ? Tout cela, c’est bon pour les bipèdes ! Temps qu’il n’y a pas de pénurie de croquettes, Respawn ne voit absolument pas en quoi il est concerné. 

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