C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour
3180 points 3

Igor

Igor Striknine
Tout est pourri, faut tout changer
Site internet non renseigné
Ville non renseigné

Ses personnages (1)

Igor Striknine
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout s'achète

Ses participations (49 publiées - 4 gagnantes)

Je sors de ma cave...

le 18 Dec 2014 à 22:25
Papamadi a interagi avec moi :
Chère @cleo 

Je suis heureux d'avoir de vos nouvelles. Comme vous le savez, je m'étais un peu retiré des affaires, ma récolte d'iboga auant été dévalisée par des hooligans, et mon fournisseur de coca, @Pablo étant parti ouvrir une officine de mères porteuses cubaines aux états unis. J'espère pouvoir livrer à nouveau @Devi Sweetie  au printemps, ou même avant si @Igor Striknine met à ma disposition un Antonov pour un aller-retour au Gabon.

La France s'appelle et les affaires reprennent, mais comme disait Papa, "Il faut laisser du temps au temps"

Votre dévoué: Papamadi

Bolchoï

le 18 Dec 2014 à 14:10
Bonjour, ici Igor. J'ai entendu dire que la rédaction d'Anarchy allait déménager en Russie. Je vous propose ici ce magnifique théatre que je viens d'acquérir pour une bouchée de pain... ça vous dit ? Des bisous.

Jimmy's Hall - Séléctionné par la rédaction

le 16 Dec 2014 à 19:34
Ils arrivèrent au forum social. Il faisait aussi froid qu'entre les fesses d'un ours polaire, mais on sentait une réelle effervescence. Les gens qui se cachaient sous leurs manteaux, sous leurs chapkas, sous leurs écharpes, étaient réellement heureux. Des rires fusaient. Des yeux pétillaient. Les cerveaux s’échauffaient, réfléchissaient à toute allure, réchauffant les chapeaux. Les paroles sortaient avant même que les pensées soient complètement formées. On bégayait, on s'énervait, parfois on hurlait, mais on riait, aussi, beaucoup.

Jules se sentait bien. Depuis longtemps, il se sentait apaisé. Il oubliait, pendant quelques heures, la noirceur des événements qui l'avaient bouleversé ces derniers temps. Le visage de Lola se floutait petit à petit, même s'il l'assaillait subrepticement de temps à autre, lui infligeant une vive douleur et figeant son visage rond dans une expression de tristesse indicible. Mais Lisha était là. Lisha, à côté de qui il marchait, ses bras qu'il frôlait tous les trois ou quatre pas, manœuvre classique d'une drague déplacée, rarement aussi peu à propos que dans le contexte actuel, mais... naturelle, chez Jules. Il ne le voulait pas spécialement, mais pourtant le faisait quand même, instinctivement.

Il ne s'en rendit compte qu'après de nombreuses minutes, mais une fois l'image de Lola effacée de sa mémoire, il ne put se focaliser sur autre chose que la peau froide du dos de la main de Lisha, qu'il froissait tous les trois pas, de sa main fraîche et naïvement ballante le long de son corps.

Ils avançaient parmi la foule, s'abreuvant des images de bonheur et d'excitation politico-sociale, de discours enflammés et de tâtonnements philosophiques. Il comprirent que c'était ces gens, emmitouflés et ridicules à sautiller sur place tout en parlant pour éviter de congeler, tentant vainement de se réchauffer avec une rasade de vin chaud dans un gobelet en plastique, c'était ces gens qui allaient inventer le futur de ce pays, peut-être finalement pas si replié sur lui-même.

De la musique se fit entendre. Sous un chapiteau, devant, un attroupement se faisait autour d'un réunion improvisée de musiciens. "Ils sont mauvais", pensa Jules. Mais il eut à peine le temps d'esquisser sa mine de dégoût qu'il sentit sa main se faire saisir par les doigts froids et fermes de Lisha.

"Oh, viens, on va danser !"
Il aurait pu, il aurait peut-être dû, dire non. Dire qu'il n'aimait pas la musique. Dire qu'il n'était pas là pour ça. Mais il ne savait pas qu'il en avait réellement besoin, de danser, de se dépenser, d'évacuer le trop plein de tensions accumulées ces derniers temps dans un déhanchement futile et inutile, stérile et ridicule, mais néanmoins salvateur.

Elle s'avança, fière, au milieu des gens, tirant Jules qui rechignait comme un enfant. Il se tinrent là, elle droite, lui courbé, elle plantant ses yeux intenses sur le visage déconfit de Jules, lui se délitant au fur et à mesure que les gens s'écartaient d'eux.

Puis elle esquissa un pas, brusque, ferme, mais assuré. Il sut dès ce premier mouvement qu'elle était une danseuse chevronnée. Elle se saisit de lui. Il n'était pas non plus complètement niais et connaissait deux ou trois choses à l'art du mouvement. Il se concentra, essaya d'oublier les regards avides des badauds, pour se concentrer sur les cuisses de sa compagne de danse. Il essayait tant bien que mal de suivre le rythme, les yeux rivés sur les pieds de Lisha, essayant de prédire ses mouvements à la vue des torsions de ses articulations.

Mais elle le surprit. Soudain, la cuisse de Lisha heurta son bassin. Son emprise se fit plus ferme, il se sentit prisonnier, il perdait toute maîtrise sur les événements. D'un réflexe, il pensa, à nouveau, "Lola, Lola..."

Il paniquait. Il allait flancher. Mais les mains puissantes de Lisha maintenaient sa cohérence, le forçaient à rester debout, l'entraînaient dans sa course. Il se sentit envahi d'une chaleur et d'un calme auquels il ne s'attendait plus. Il cessa d'invoquer Lola, son nom se transforma en "Lisha, Lisha..."

Puis il ne pensa plus à rien. Il se laissait bercer, emmener, bringuebaler par le corps frêle mais d'une puissance insoupçonnée. Il ne contrôlait plus rien, et dans ce laisser-aller trouvait le réconfort tant attendu.

Le Salaire de la Peur

le 16 Dec 2014 à 13:57
"Je vais te montrer de quoi ma Baboushka était capable, @Costard rose ... d'abord, sache que je peux plus piffrer ta saloperie de sape rose bonbon, ça m'insupporte. Rose ! ROSE ! Tu veux pas des pois vert pomme tant que t'y es ? Mais d'ailleurs, t'en as combien, Costa, des costards roses, hein ? Ah moins que tu ne le laves plus depuis 1992, pour économiser de la lessive, enfoiré de capitaliste !"  ...j'étais parti. J'allais l'enchaîner avec tout ce qui me traînait sur la patate depuis toutes ces années, avant de l'envoyer nourrir le terreau de ma serre. De ses nutriments allaient se nourrir les lombrics dont la chiasse servirait de terreau à ma nouvelle plantation. J'appellerai cette fournée "La Rose Bonbon", en hommage à ce salopard. Mais ce con me coupe la parole. Il ose me couper la parole ! "Mais OH ! ça va non ? Fou, lui ! Tu vas t'calmer mon gros, et maintenant ! J'te signale que, premièrement, l'histoire de ta Baboushka, je la connais par coeur, je sais très bien d'où viennent tes gènes de gros taré de slave, ok ? Secundo, on a un contrat, et ton code de déhontologie t'interdit de refroidir un de tes partenaires avant réception des livrables et cessation en bonne et due forme de son contrat, je le sais bien, c'est moi qui l'a écrit, ton code de déhontologie. Et troisièmement, niveau capitaliste, je trouve que tu te défends plutôt pas mal, pour un ex-membre du Parti !" Pris au dépourvu, je ne bégaie que mollement. "Tu sais bien que les pires communistes font les meilleurs capitalistes." Ridicule. J'avais déjà perdu la bataille, et ma pelle ne m'était plus d'aucun recours. De plus, ça me faisait réellement chier d'avoir à buter un ami pour une histoire d'honneur. On était plus à l'armée Rouge, quoi. Il avait raison sur toute la ligne (sauf sur "gros", bordel) et j'étais dans le mal depuis une semaine. Les stocks s'effondraient et l'argent ne rentrait pas. J'avais besoin de mon vieux Costa. Encore une fois. Costa, le seul qui pouvait mentionner Baboushka sans se prendre un coup de pelle. "Tu proposes quoi ?" "Le Bitcoin, mon ami. Le Bitcoin." C'était stupide. Ce vieux costard fripé d'un rose délavé était désormais bien abimé et sa fascination nouvelle pour les économies numériques trahissait mal l'intensité de l'abîme qui le séparait, lui, de la réalité de la vie. Mon vieux, tu t'excites sur le virtuel comme un gamin de 12 ans découvre Windows 98. Ouvre les yeux, Costa ! Regarde le troupeau de fidèles qui vient boire les paroles du messie comme une troupe de buffles vient s'abreuver au fleuve, ils sont aussi perdus que toi ou Henri. On a pas affaire à l'avant-garde de la future classe dirigeante de la france, on a devant nous le peuple, le petit, peuple, celui qui est tout en bas, qu'on ne distingue qu'avec une loupe, au milieu des acariens, celui sur lequel on marche sans même y faire attention, celui qui s'éteind par brassées entières sur les bords de routes et dans les banlieues silencieuses et sombres, celui qui se multiplie comme des portées de mulots quand les jours se réchauffent, celui qui fait tampon quand la crise s'abat, celui que l'on maintient dans un état d'asservissement et de stupidité permanente, afin qu'il demande lui-même à ce qu'on le place en première ligne quand les premières salves pleuvent, celui pour qui le sacrifice est quasiment inscrit dans les gènes, à coups de burin capitaliste et du marteau de la démocratie ! BAM, BAM, BAM, BAM ! On grave, BAM ! Le patriotisme, le nationalisme, BAM ! Sacrifice, au nom du pays et de sa grandeur passée ! Les impôts, l'éducation, la santé ! BAM BAM BAM ! Sacrifice ! Parce qu'éduquer et se soigner ça coûte trop cher ! BAM BAM BAM ! L'étranger ! La peur ! La sécurité ! Sacrifice ! Parce qu'il faut bien trouver un coupable aux maux et légitimer la matraque et le fusil ! Tu comprends, Costa ? La masse ! Informe ! Malléable, extensible, réductible, grouillante, désordonnée, sale, stupide, irréfléchie, sur laquelle on chie ! Et toi comme moi nous substituons ici-même à deux institutions prépondérantes dans le maintien de cette masse à sa place, dans l'empêchement de la prise de conscience et de la révolte : la religion et la drogue ! Toi comme moi faisons le jeu des grands de ce pays, vu qu'ils sont trop occupés à se foutre sur la gueule : gérer la masse, la matière première. Et tu veux demander à cette matière première de nous payer en Bitcoins ? Mais Costa, mon ami ! Regarde-les ! S'ils avaient un ordinateur et un accès à internet, ils les vendraient pour pouvoir payer leur Iboga ! "Ils vont payer en CFA." Silence pesant. Henri était sorti du lit dans lequel il macérait depuis une bonne semaine. Ses lambeaux de peaux s'étaient ressoudés. Ses béances canines s'étaient comblées. Et son esprit, sevré d'Iboga pendant une période inédite depuis la vague d'indépendances africaines, était étonnamment clair. La stupidité dans laquelle la plante le maintenait en permanence m'avait fait oublier la réalité de ses capacités cérébrales sous-jacente. Sous, sous, bien là, en dessous, cachées, mais jacentes. Et aujourd'hui, avec cette phrase, il avait fourni son quota d'intelligence pour les dix prochaines années. A nouveau, j'eu une vision, et à me plonger dans les yeux pétillants de Costa, je devinais que nous eumes la même : des brassées de billets roses estampillés 10 000 CFA, par seaux entiers, par baignoires, nous allions glaner tous ces bouts de papiers de piètre qualité, aussi roses et aussi délavés que le costume de Costa, portant l'empreinte de milliers de doigts gabonais ou camerounais, portant les traces de la terre rouge dans les pliures, mille fois froissés, au bord de la déchirure, ces billets qui traînent sous les matelas, dans les coussins, derrière les frigos ou dans les armoires des bouges de banlieue, dans les familles divisées entre le pays de leurs ancêtres gaulois et les cousins restés en brousse. Ce pactole que tous ils amassent, au fil des ans, en cas de coup dur, en attente de retour au pays ou en provenance de celui-ci, nous allions nous en emparer. Car c'était justement un coup dur.

Winter Sleep

le 16 Dec 2014 à 13:05
Je crois que je me suis un peu laissé embrumé. Porté par l'effervescence des jeunes années et par les visuels hantés de l'iboga, je n'ai pas su, plus su, voir que cette affaire tournait à la catastrophe. J'admets une fascination aveuglante pour les offices de @Jacques Messiano, mon fidèle messie, fascination qui m'aveugle sur la situation désespérante de notre petite entreprise. J'avais oublié un détail qui avait tout de même une importance cruciale, et ce bon vieux @Costard rose avait des soucis pour me remettre l'évidence en face des trous : "ya pas une thunes !". C'est pas qu'il y a un déficit, c'est qu'elle n'existe pas. Pas de monnaies. Rien. Les gens n'ont plus rien. Tout mon petit modèle s'écroule face à cette vérité crue. Ma petite machination basée sur mes expériences fructueuses dans les ex-républiques plus foireuses les unes que les autres fonctionne à merveille, si tant est qu'il y a quelque chose à amasser. Même si le papier sur lequel est imprimée la monnaie vaut plus cher que le chiffre inscrit dessus, même si des semi-remorques entiers de ces monnaies de singe ne suffisaient pas à rembourser le voyage, au moins, il y avait quelque chose à amasser. Quelque chose qui, plus tard, reprendrai de la valeur. Je me suis laissé embrumer par l'iboga et n'ai pas su voir le panier à dîme aussi vide que la tête du pauvre Henri (qui se remet doucement de sa confrontation avec cette saloperie de clébard). Les gens venaient toujours plus nombreux, pour s'abriter des militaires et de la morosité qu'ils répandent, mais le panier était toujours plus vide. Au bout de six jours, nous ne récoltions que capsules de bière et centimes d'euros relictuels glanés entre les coussins des canapés. Costa finissait par me hurler dessus. "Mais tu vas te bouger, oui ? Tu restes allongé toute la journée dans ta serre à pleurer sur tes cadavres de buissons en implorant je-ne-sais-quelle divinité du trou du cul de ta forêt pour que ça aille mieux ! Ta plante est en train de te ronger le cerveau ! Tu vas finir à cinquante berge aussi muet, mou, improductif et chiant que ta Baboushka dont tu m'as toujours rabaché les histoires !" Cet enfoiré de Costa a dit exactement ce qu'il ne fallait pas dire. Ou ce qu'il fallait dire, c'est selon. Ni "adin", ni "dva", je me hisse sur mes genoux douloureux, chancellant mais tenant bon. Dans mon crâne c'est la tempête de sable des steppes kazakhes. Mais j'ai pas besoin de mon crâne. Je tend le bras, je n'ai pas besoin de regarder où elle se trouve, je le sais très bien, elle est toujours à portée de main, ma fidèle, ma seule alliée, ma seule vraie amie. Ma pelle "Made in France". Je la saisis et je laisse echapper de ma mâchoire serrée et tremblante à cause des assauts psychotropiques, en russe dans le texte, "traître à la patrie, tu ne parles pas de Baboushka."

Une église c'est bien ...

le 13 Dec 2014 à 14:46
Jacques Messiano a interagi avec moi :
... Il reste encore tant de monde à sauver ...

Jacques était plongé en pleine réflexion. Depuis cette première "messe" il multipliait les offices ... Les gens venaient le voir, de plus en plus nombreux ... La situation se calmait un peu partout dans le pays mais la possibilité qu'il offrait aux gens de s'ouvrir à la communion avec Dieu continuait à attirer l'attention des gens...

Il alla voir @Igor Striknine , qui avait rendu cela possible ... ce dernier y trouvait-il son compte ? Comment étendre toujours plus leur positive influence sur les gens ?

Déjeuner en paix

le 11 Dec 2014 à 10:22
PIPO a interagi avec moi :
Pipo, à patte de course, file au pique-nique des apaisés

Catsou, Bibiche doit retrouver

Une sourde angoisse l'étreint

Il pressent un funeste destin

Le pigeon est farci

N'ont-ils entendu

l'appel transmis

Par Justin Trésor 

Ce vendredi

Le pigeon sur l'animal

N'a pas le même effet

Je le sais, je l'ai testé

Elle est empoisonnée la provende

Et vous aurez beau crier Hollande

Et vous aurez beau criez François

Vous ne vous échappez pas

Le teckel devient vorace

Minet  est une menace

A l'appel de l'Iboga

Pauvres humains

Vous allez réaliser

L'effet qu'ça fait

D'être gibier

Pipo, essouflé, sait déjà qu'il arrivera trop tard.

FranceIndé, FranceBN, @Costard rose  @Jacques Messiano @Igor Striknine @Papamadi 

Le début de la faim ...

le 11 Dec 2014 à 08:12
Jacques Messiano a interagi avec moi :
De toute évidence l'homme qui était face à lui, le prénommé @Quentin , ne serait pas la brebis la plus facile à ramener dans le troupeau de Dieu ... Il semblait avoir une sacré personnalité !
Jacques se dit intérieurement que s'il était entré en cette "cathédrale" ce n'était pas le fruit du hasard, et qu'avec le temps il en comprendrait probablement la divine raison ...
Les voies du Seigneur avaient beau être impénétrables, Jacques parvenait toujours avec un peu de réflexion à trouver un sens aux événements.

De toute façon, peu importait la raison de la venue de cet homme. Ce qui comptait c'était de l'accueillir comme tout homme devrait accueillir son frère ! @Quentin paraissait plus intéressé par sa situation matérielle que spirituelle ... Ma foi, on allait l'assister aussi sur ce plan là. 
Ne dit-on pas "Ventre vide n'a pas d'oreilles" ?

"Entre, mon frère, laissons nos frères et soeurs se remettre de leur communion ... Viens te reposer un instant et partager notre table !"

Les deux hommes rejoignirent @Costard rose et @Igor Striknine dans la petite pièce ... "Qui de par le fait finira tôt ou tard par être baptisée "sacristie"" se dit Jacques, et s'attablèrent tous quatre. d'une cagette en bois Jacques sorti un demi pain de campagne, un pâté, et un cubitainer de piquette ...
"Mes frères, après cette messe je ne me sens pas la force de dire les grâces, je vous prie de me pardonner. Entamons ce repas, pardon encore pour le côté frugal mais ce sont de bons produits et mieux vaut manger peu et sainement que le contraire !"

Ils attaquèrent aussitôt, Jacques servant à chacun un godet de vin. Il se tourna ensuite vers son invité 
"Alors ... voudriez vous me raconter un peu votre parcours ?"

En lasser

le 10 Dec 2014 à 19:24
Quentin a interagi avec moi :
Quentin était revenu en arrière. Il avait longtemps longé la Seine. Mais apparemment il n’avait pas été le seul à avoir cette idée. Pas la moindre barque de disponible, celles qui restaient était hors d’atteinte. On les couvait comme on surveille de l’huile sur le feu. Il a continué à marcher espérant encore. Mais après quelques jours, il lui a fallu se rendre à l’évidence. La Bretagne était hors d’atteinte. De toute façon même en barque, il se serait retrouver en Normandie et il n’imaginait pas le parcours qu’il lui aurait fallut effectuer après.  » T’as perdu le sens de la réalité, mon gars » A cela s’ajoutait le fait  qu’il se sentait de plus en plus repéré. Quelque soit l’endroit qu’il traversait maintenant, les gens étaient devenus méfiants, voire agressif. Plus que jamais, il était l’étranger. Ses réserves s’épuisaient. Il  se disait que finalement mieux valait se fondre dans la foule. Et à Paris, il existait encore certaines formes de solidarité. Il en était là de ses réflexions quand il a aperçu les képis, enfin plutôt les bérets. La radio  parlait de mouvements de troupes, mais il avait compris que ça se passait plus au sud. Visiblement cela dégénérait. Le grand Merdier. Il l’avait pressenti. Le mec dès qu’il a un flingue, il peut pas s’en empêcher. Il faut qu’il aille faire chier le voisin. « Demi-tour mon gros et fissa. Faut retourner à Paname et se dégotter un coin à l’abri » Coup de bol, il a dégotté un vélo, ce qui lui a raccourci le retour. Même si il a crevé le deuxième jour. Et vas’ y pour trouver une rustine aujourd’hui. Il l’a abandonné quand la roue était tellement voilée qu’il allait plus vite à pied. Et là il se retrouve dans un endroit qui doit être  la banlieue de la banlieue. Un secteur pourri. Y’ a quasiment plus un truc debout. « Sûr, y’ a personne qui va le réclamer ce coin là. Je n’imagine même pas que ce soit stratégique. Ça pourrait être peinard, mais je ne vois pas ou je trouverai  à bouffer ici. » Lorsqu’ au détour d’une rue, c’est la berlue. En plein milieu d’un terrain vague, un grand hangar, avec de la lumière et pas mal de ramdam à l’intérieur. « Y’ a encore des vivants par ici ? » Il est hésitant. Mais la curiosité l’emporte. « Je peux toujours jeter un œil et me carapater si ça pue. » Mais quand il est rentré il est resté bloqué. L’assistance avait  l’air d’avoir pris un trip  qu’hésiterait entre c’est la récré,  Jésus est parmi nous et ou t’as mis ton bavoir. Le décor  n’est pas mieux, l’armée du salut c’est un quatre étoile à côté. Il est là, comme un gland, à essayer de comprendre ce qu’il voit quand  un bonhomme se dirige vers lui. « Il m’a l’air plus conscient que les autres, laisse parler. Ok, c’est un truc religieux. Mais ça m’a pas l’air catholique. Jacques,@Jacques Messiano. Visiblement c’est leur curé, enfin, je ne sais pas si c’est le bon terme. En tout cas il croit à sa salade. Exalté le gars, et je ne sais pas encore si je me trompe, mais il  n’a pas l’air d’avoir mauvais fond. Par contre je me méfie quand même un peu, si c’est lui qui met ses ouailles dans cet état, faudrait pt’ être que je le colle pas trop. Ils m’font vraiment penser à Nounours. Je l’aime bien Nounours, mais dans sa tête, à part la sainte ampoule   tout le reste est cramé. » Je continue à mater en écoutant le boniment et j’avise deux mecs qui dénotent dans l’assemblée ; ils sont un peu à l’écart. Y’en a un difficile de le rater. Il a un  @Costard rose . Et l’autre, c’est plus son attitude. C’est une espèce de nain de jardin, non j’exagère, il tient plutôt du troll, et il scrute l’assistance avec un sourire au formol. Jacques voit que je les fixe. Me désignant le plus petit : @Igor Striknine  , notre bienfaiteur et un de ses amis. « Tu parles d’une trinité. Va vraiment falloir y’aller mollo. » -         Et, à part un câlin. Votre père y file aussi à bouffer ?  

L'un d'entre eux.

le 09 Dec 2014 à 13:09
Jacques Messiano a interagi avec moi :
Après son office, Jacques passa dans la petite pièce qui jouxtait sa "cathédrale" dans laquelle la brume commençait à se dissiper, et enleva le masque qui l'avait aidé à ne pas sombrer dans la transe ...
Il aurait tout le temps d'entrer en communication avec son Créateur lorsqu'il serait seul, pour l'instant il avait besoin de débriefer avec @Igor Striknine ...
Il jeta un oeil par la vitre, et aperçu quelqu'un qui entrait par la grande porte ...
Il apprendrait plus tard que l'homme en question s'appelait @Quentin .
Ce dernier semblait un peu intimidé par la vision des fidèles qui pour certains commençaient à reprendre un peu leurs esprits, tandis que d'autres étaient encore totalement en transe.

"Un retardataire !" pensa-t-il ...
Peut être l'homme avait-il entendu parler un peu tard de l'assemblée qui se tenait là ? Peut être venait-il de loin ?
Ou bien peut être avait-il attendu la fin et venait-il pour une raison toute différente ?
Quoi qu'il en soit, Jacques vint à sa rencontre pour l'accueillir avec un chaleureux sourire :

"Entre mon frère ! Contemple le spectacle de nos frères et soeurs d'humanité en communion avec Notre Père à tous ! Vois les sourires sur leurs visages et admire la beauté de ce spectacle d'un Père qui n'avait pas étreint ses enfants depuis tant d'années !"

Jacques et @Quentin tournèrent sur eux mêmes ... Bien imprégnés de la scène.

"Maintenant, mon frère, raconte moi ce qui t'amène à moi ?"

Merci!

le 09 Dec 2014 à 11:55
Papamadi a interagi avec moi :
Cher@Seraphin Da Costa  , merci pour votre généreuse proposition d'hébergement, à laquelle je ne donne pas suite pour le moment. En effet, mon défunt père avait fait aménager, du temps ou il était président, un abri anti-atomique sous la demeure familiale de la rue de Bièvre ou je réside toujours. Cet abri est relié par un souterrain à l'Elysée d'une part, au Musée d'Orasy ou résidait la seconde épouse de Papa d'autre part.    Par ailleurs, j'ai vu que vous aviez aussi invité le juge @Jean Légal donc je garde un assez mauvais souvenir, puisqu'il m'a fait incarcérer il y a quelques années pour de soi-disant commissions sur un trafic d'armes en Angola qui n'ont jamais existé que dans son imagination! Vous comprendrez que je ne souhaite guère me retrouver en face de lui, il serait bien capable de m'inculper pour un trafic d'iboga tout aussi imaginaire!J'ai pris la liberté de transmettre votre invitation à @Igor Striknine qui est un ami. Merci de lui faire bon accueil.

Ils n'attendent qu'une seule chose ...

le 09 Dec 2014 à 08:41
Jacques Messiano a interagi avec moi :
Tous réunis ici. Chacun d'entre eux. 
Ils ne sont là que pour oublier le monde, pour que je leur donne quelques gouttes d'espoir, que je leur donne l'impression qu'ils font le bon choix.

En vérité ce qu'ils cherchent ici, pêcheurs ou hommes saints, ce n'est pas tant le chemin de Dieu qu'une approbation toute humaine.

Ce qu'ils veulent c'est le sentiment d'appartenir à un groupe, un ensemble. Ils se cherchent une identité de masse. Quelque chose de différent, qui les change. Qui les sorte. Qui leur permette d'échapper à l'enfer.
Et l'enfer ici, c'est les autres.

Seigneur. Je sais que tu m'entends. JE SAIS QUE TU M'ENTENDS ! Tu m'as placé ici. Tu m'as mis face à ces gens. Tu m'as rendu responsable d'eux. Je ne leur donnerai pas ce qu'ils veulent Seigneur. Mon approbation, mon soutien ne valent pas plus que ceux d'autrui.
Je vais faire mieux Seigneur, je vais brancher en direct ton micro sur leurs entrées auxiliaires. Tu vas pouvoir parler à chacun d'entre eux, je vais ouvrir leurs sens à ta présence et à ta volonté !

Jacques n'avait encore rien dit. Dans son cerveau les pensées tourbillonnaient à une vitesse folle. Tout était prêt pour la messe. Enfin ... "messe" ne convenait plus tellement. 
Communion. Oui c'était bien ça "Communion" ! ... La communication divine par le partage en quelque sorte.

Le silence était total dans la salle. Lui, debout devant tous, vêtu simplement d'une aube blanche, ni couvre-chef, bâton, cordelière. Ni crosse, ni croix, ni étole. Légèrement surélevé par rapport au reste de l'assistance, afin que chacun le voie bien. Devant lui un pupitre, déniché dans une université. Un chemin de table blanc passait dessus, couvrant l'avant et l'arrière du meuble. Un micro posé sur ce dernier assurerait que chacun entende le discours. Derrière lui un autel composé d'une planche et de deux tréteaux, le tout recouvert sur toute la hauteur d'un drap blanc immaculé qui détonnait par rapport aux murs gris, ternes et rouillés.
Jacques fit un signe, et deux jeunes acolytes vinrent à ses côtés, dans le même uniforme que lui, chacun d'eux portant un encensoir rempli d'iboga.
Jacques alluma les deux petits foyers, que ses acolytes commencèrent à balancer légèrement pour en diffuser les émanations.
D'une marche lente ils commencèrent à parcourir l'assemblée, s'assurant d'une répartition homogène du léger nuage.
Dans une pièce attenante, discrètement dissimulée par une vitre sale, @Costard rose et @Igor Striknine observaient la scène. 

Jacques ouvrit la cérémonie.
"Frères et Soeurs !"
L'intonation était profonde, le ton ferme mais serein. Protecteur. Rassurant. Paternaliste presque. Ses ouailles étaient déjà pendues à ses lèvres.
Un religieux silence assourdissait la salle. Il continua.

"Je devrais plutôt dire ... MES Frères, MES Soeurs ! ... Merci !
...
Vous êtes venu(e)s, vous avez répondu à notre appel, et vous voilà, ici, forts de votre nombre ...

Je me présente devant vous.
Je me présente devant vous avec comme seul vêtement cette aube blanche.
Je me présente devant vous avec comme seule rôle celui de servir.
Je ne suis pas figure d'autorité, je ne suis pas une "éminence".
Je suis et ne resterai qu'un guide. Et ma mission est de vous emmener à LUI !"

L'index levé, montrant le ciel, Jacques se sentait dans un état quasiment second. Il faisait attention, il fallait qu'il reste sur ses gardes, il tenait à terminer de façon grandiose ce service.
Du côté de l'auditoire en revanche, la situation était toute autre. Baignés depuis quelques minutes maintenant dans le nuage d'évasion, précautionneusement entretenu par les acolytes qui avaient sorti et s'étaient couvert le nez et la bouche avec des masques filtrants, ils semblaient subjugués par le spectacle de cette apparition blanche dans ce décor inattendu.
Ils écoutaient, bouche bée, le discours de Jacques, n'en perdaient pas une miette, les yeux complètement hagards.

"Mes Frères et Mes Soeurs. Les temps sont troubles, vous le savez autant que moi !
Mais rassurez-vous, car Il ne nous a pas oubliés ! 
...
J'ai été envoyé par Lui. 
Envoyé pour vous donner le moyen de l'entendre ! Pour vous permettre de savoir vous aussi, quel est son plan pour vous !
...
Chacun, chacune parmi vous fait partie de ses enfants. Et pour chacun, chacune d'entre vous il a tout autant d'amour que pour son fils Jésus.
Pas de pape ici, pas d'autorité décidant ce que vous devez croire, de quelle façon vous le devez, ni comment vous devez agir ou réagir à ses manifestations à votre égard !
Je ne prétends pas avoir le monopole du dogme, car en vérité il n'appartient qu'à Lui de dire ce qui est ou ce qui n'est pas, et cela peut être différent pour chacun d'entre vous.
...
Ma foi est personnelle, je la vis à ma façon, celle que le très haut m'a montré. Votre foi est personnelle également ! Vous la vivrez tous différemment.
...
J'en vois déjà parmi vous qui, baignés dans cette brume, voient leur sens s'ouvrir. Je constate avec bonheur, que déjà certains de vous sont à son écoute !
Bravo Frères et Soeurs ! Bravo ! Car aujourd'hui vous trouvez votre chemin personnel, vous découvrez de quelle façon ouvrir votre âme, vos oreilles, votre Coeur à Notre Père à tous !
...
Mais que les autres se rassurent également !
N'ai-je pas dit que nous étions tous ses enfants ? 
... Car Oui nous le sommes !
Et rien n'est plus vrai que l'amour que nous porte Notre Père ! 
Respirez mes Frères et Soeurs ! Respirez ! ...
...
Sentez-vous cette vie qui vous anime ? Sentez-vous votre coeur battre ? Ressentez-vous chaque chose que vous entendez ? Que vous voyez ? Que vous touchez ? Le goût de chaque chose ... Tout cela est un don. Son Don !
...
Respirez encore ! Inspirez profondément ! Sentez-le vous baigner de douceur, vous envelopper, vous détacher un peu de cette réalité pour vous montrer la vôtre ...
...
Respirez encore ! ... Soyez bénis, vous ses enfants ! Soyez bénis et heureux dans son amour !"

... Jacques s'écroula, éreinté par l'effort qu'il fournissait pour résister à la fumée ... à quatre pattes il rejoignit l'autel, sous lequel un masque filtrant l'attendait.
Il l'enfila, s'assit sur ses talon sur l'estrade et contempla quelques instants encore le spectacle qui s'offrait à lui.

Chaque membre de l'assistance vivait une transe. Cela avait un aspect à la foi irréel et inquiétant.
Jacques n'avait aucune crainte, il savait que tous étaient entre de bonnes mains.
Certains étaient totalement avachis dans leur siège, la tête renversée en arrière, observant fixement quelque chose bien au-delà du plafond. D'autres étaient en mouvement. Levés de leur place, ils tentaient maladroitement de se déplacer comme des zombies qui chercheraient à attraper des papillons .... D'autres encore marmonnaient, chantonnaient ... ce qui leur donnait un air d'enfants sages, émerveillés, découvrant quelque chose de fabuleux.

Jacques sentait l'émotion monter en lui ... Ils l'entendent ! 
Ma mission ne fait que commencer et j'ai déjà ouvert tant d'esprits ! Une larme coula sur sa joue puis sur le masque qu'il portait.
Seigneur, je t'amène tes enfants. Ils t'aiment !

Mauvais poil

le 08 Dec 2014 à 20:23
Costard rose a interagi avec moi :
Lui, il avait tout compris. Le problème, c’est qu’il n’avait pas pensé à un truc essentiel le russki. Comment on allait faire payer nos clients ? Sans euros et sans francs ? 
Moi je me paie pas en nature. Fini ce temps-là. Faire le trafic à l’Église, c’était déjà une bonne idée, au moins on ne serait pas emmerdés par les flics, où ce qu’il en restait.  J’appelais l’ersatz d’espion qui venait du froid sur son dernier numéro connu.  

« Allô. Paris l’urgence go.  Reçu. » L’anagramme de code fut suivi d’un silence inquiétant.@Igor Striknine  était de mauvais poil. Quelque chose n’allait pas. 
« Il faut qu’on se voit. On doit parler devises. T’as pensé à ça ? 
- On se verra demain. Rendez-vous à l’Église. Terminé. » 

Igor me parlait comme à l’époque où il était mon supérieur hiérarchique dans l’armée. Ce salopard n’avait pas changé de ton. Toujours aussi péremptoire. Et déteminé. 

Une journée particulière

le 08 Dec 2014 à 16:37
Alors on s'était mis au boulot. Force est d'avouer que la rencontre avec @Papamadi m'avait un peu retournée, mais je m'étais maintenant concentré sur ce que je savais faire le mieux : organiser les magouilles. J'étais grisé par l'idée des masses en détresse venant franchir le seuil de mon église-hangar, assoiffées de perches et de prêches. La première chose à faire était de me rendre au chevet du vieil Henri. Pas pour s'enquérir de sa santé, plutôt pour le presser de lancer de courtoises invitations à toute la diaspora gabonaise qu'il pouvait réunir. De sa capacité à rassembler les foules dépendait le succès de notre premier sermon. Evidemment, hors de question de mentionner le mot "iboga" dans un message qui allait faire le tour de la diaspora gabonaise. Le pays avait beau avoir autre chose à foutre en ce moment, c'était pas une raison pour titiller la DCRI avec un mot clé, c'était plus une anguille sous roche, mais une baleine sous un gravier. L'invitation pris la forme suivante, rédigée à huit mains par Henri, Jacques, Costa et moi-même : "L'Eglise de la Sainte Perche réunit ce soir le catholicisme romain et les traditions bwiti au XXX de la Rue XXXX, Saint-Denis. Amenez vos cousines." L'information se répandit comme un nuage de fumée illégale. Entre les doigts experts d'Henri, le vieux Nokia envoyait aux quatre vents la bonne parole, et celle-ci sautillait de cousins en grands-oncles, passait par Lambaréné avant de revenir vers Bobigny, retournait à Port-Gentil pour finir à Créteil. L'information prenait forme vivante et son autonomie, évoluant au gré des liens de parenté, vivant sa propre vie sur les réseaux téléphoniques, pendant que @Costard rose et moi nous evertuions à glaner ça et là une cinquantaine de chaises en plastique. Nous avions laissé le pieu @Jacques Messiano à l'élaboration de son autel et au repassage de sa tenue. Il se concentrait. Il devenait moins disert, se renfermant volontiers derrière le mur de sa foi, convoquant je ne sais quelle entité divine, cherchant la force de s'exprimer devant son futur public.Costa et moi, nous retrouvions l'effervescence de nos jeunes années. Je replongeais avec délice dans le glanage, dans l'excitation presque adolescente de l'organisation de ce qui allait finalement être une sorte de petite soirée entre potes un peu bizarre. Nous avions changé les fusibles, branché avec succès trois vieux radiateurs à l'huile, disposé les chaises en rangs d'onions, briqué avec soin la vieille commode derrière laquelle Costa se tiendrait, pendant la soirée, récupérant l'aumône de nos fidèles. Et on avait pris soin de ne pas oublier les packs d'eau (du robinet) pour alléger les turpitudes des estomacs bienôt meurtris de notre confrérie. Henri s'était levé difficilement, mais avait tenu à m'accompagner jusqu'aux stocks, récupérer l'iboga que je gardais précieusement pour les jours de disette. Tout était prêt. Le soir même, une foule bigarrée se pressa aux portes de notre temple de la rédemption, dépassant toutes mes attentes. Nous avions peut-être sous-estimé la détresse des français. En ces temps troublés, la piétaille cherchait le réconfort, et la religion, depuis quelques milliers d'années, avait toujours su rassembler les nécessiteux en mal de repères sous son aile paternaliste et rassurante. Moyennant quelques écus. Associer la bondieuserie à la science des psychotropes n'était pas une idée originale, mais il se trouvait que j'avais les deux sous la main. Derrière mon pilier, j'observais la foule s'organiser dans une joyeuse anarchie qui rappellait les fêtes de familles ou les barbecues d'été. Des mamas en boubou bariolé, des vieux papa squelettiques aux yeux perçants, de jeunes curieux, costards apprêtés ou jeans peinturlurés, peintres en bâtiment ou occuppants de bureaux anonymes et génériques, des gabonais, évidemment, mais aussi d'autres, immigrés de deuxième ou troisième génération, des produits de brassage, des homozygotes ou des récessifs, des intégrés ou des communautaires, toutes les couleurs étaient sur les vêtements et sur les visages, mais la même expression envahissait leurs yeux : la curiosité. L'effervescence regnait et l'atmosphère de la cathédrale de béton effrité et d'acier rouillé se réchauffait des souffles de nos ouailles, titillées par ce mot que tout le monde avait sur les lèvres : iboga. @Jacques Messiano fit son apparition, et les paroles s'évaporèrent. Il avançait lentement, il monta sur l'estrade bricolée avec des palettes, se tint droit et ferme derrière le vieux pupitre d'université que Costa avait déniché je ne sais où. Une de ses spécialités. Le Messie resta là, debout, de longues minutes. Il savait apparemment comment capter une attention sans avoir à produire le moindre son. Les gens étaient mommifiés, les yeux avides posés sur le corps frêle de l'orateur, qui dégageait désormais une force qui m'était restée invisible jusqu'ici : la prestance. Il était calme, serein, même, comme s'il avait toujours su qu'il en était capable, sans jamais l'avoir fait. Il ferma ses yeux malins, pris une longue inspiration, il allait parler.

Déconfiture - Séléctionné par la rédaction

le 07 Dec 2014 à 19:29
Le pieu chat pelé maton s'emballe, l'air craintif. "Sale môme !" Pense-t-il. "Tu m'as fichu la frousse."

Il faut dire qu'Enzo était entré comme une furie dans la cabine, réveillant en un sursaut le fier et vieux mammifère qui d'habitude monte la garde avec un peu plus d'efficacité.

Il se terre, les mains sur son crâne, la peur au ventre. L'aventure, l'aventure ! Marre de l'aventure ! J'aurais mieux fait de rester à terre avec Gwen. Qu'était-il venu faire dans cette galère ? Même le vieux chat de garde roupillait pendant la tempête, alors que lui abandonnait son poste au premier grain ?

Il avait honte. Il pensait aux marins fiers, le cherchant, se demandant pourquoi il n'affrontait pas, comme eux, les éléments déchaînés.

Soudain, par-dessus le fracas des masses d'eau sur le pont et les craquements odieux du vieux bois menaçant de céder à chaque seconde, il cru distinguer la vigie : "Terre ! Terre !"

Rassemblant son courage, il sorti aussi sec, laissant le vieux chat dans son désarroi, et se rua sur le mât, qu'il escalada promptement. Il se tint là, aux côtés de la vigie, mettant toutes ses forces dans ses yeux, scrutant au loin. "Enzo, ne vois-tu rien venir ?" lui souffla la vigie.

"Si, je vois... je vois une côte ! Mais où sommes-nous ? Quelle est cette terre ?" Le visage de la vigie devint blême. Sa bouche se figea en une expression de peur mêlée d'horreur. Enzo se concentra encore un peu plus, et il put distinguer, au fur et à mesure que l'Hermione avançait, des formes noires et sinistres se découper sur le rivage. Non, devant le rivage... des bateaux ! Un cinquantaine de bateaux, sinon plus. Amis ou ennemis ?

La vigie n'avait toujours pas pipé mot. Il semblait attendre quelque chose, attendre, avant de hurler "vaisseaux amis droit devant !" ou "vaisseaux ennemis droit devant !"

L'Hermione enquillait les vagues, poussée par le vent qui ne faiblissait pas. Au fur et à mesure que le vieux tas de planches s'approchait dangereusement de la côte, la vigie et Enzo, juchés sur leur mât, commençèrent à distinguer les pavillons.

"Pavillon breton ! Flotte amie droit devant !"

L'équipage, exténué par la tempête, exulta. Sauvés !

"Non, non ! Ennemi, ennemi ! Navires anglais à tribord !"
Le visage d'Enzo pris la même teinte de vieux radis que celui de la vigie. Il allait connaître sur le champ sa première bataille navale. Lui qui, il y a à peine dix minutes, se terrait dans la cabine, sous le regard désapprobateur d'un pauvre chat aussi décharné que cette coque de noix et aussi aimable que l'amiral un lendemain de cuite.

Il redescendit s'enquérir dudit amiral, il le trouva debout à la barre, le visage grave, fermé. Il ne répondait pas. Il savait très bien, l'amiral, que tout amiral qu'il était, il n'avait aucune chance face à une flotille de chalutiers anglais.

"Ce petit grain fort appréciable nous a poussé jusqu'aux anglo-normandes, mousse. Faut croire que j'ai perdu la main, c'est pas du tout notre route !" Persifle-t-il. "Comme t'as cru comprendre, ça va secouer. On est tombé en pleine bisbille territoriale. Si l'on veut voir le prochain lever de soleil, va falloir charger ces vieux canons et compter sur nos amis bretons pour nous seconder !"

Des ordres furent donnés. On chargea les vieux canons avec tout qu'on avait pu trouver sur ce vieux rafiot, qui certes avait de la gueule, mais n'était plus vraiment adapté à la dure réalité de la guerre navale moderne. Planches pourries, vieux morceaux de métal, tonnelets de chouchen de contrebande (l'amiral était vraiment désespéré pour en arriver à sacrifier son précieux brevage), même les saucissons qu'ils avaient emmenés en réserve y passèrent.

Dans quelques secondes, ils se retrouveraient au milieu de la flotille anglaise, cernée par les chalutiers bretons, mais tout de même en surnombre.
L'amiral hurla de sa vieille voix rauque mais gardant encore la puissance et l'éclat de ses jeunes années : "FEU ! Feu à volonté !"

Il avait toujours rêvé de dire ça. Dans un crépitement digne du nouvel an chinois, dans un feu d'artifice improbable, les surréalistes projectiles s'envolèrent à toute berzingue vers les navires anglais... pour venir s'écraser mollement sur le métal des coques modernes des navires-usines britanniques. Il fallait se rendre à l'évidence, l'Hermione n'était plus faite pour briller dans les batailles, et ses canons faisaient l'effet de pétards mouillés, surtout quand le boulet en métal est remplacé par de la cochonaille du sud de la France.

L'amiral, déconfit, hurla à nouveau. "Mille milliards de mille sabords de tonnerre de Brest de bachibouzouks !" Sous ses yeux ébahis, les navires anglais s'étaient mis en branle. Deux d'entre eux lâchaient leurs filets meurtriers, qui avaient été savamment cousus entre eux, et prenaient en tenaille le plus beau, le plus gros, le plus fier, et probablement le meneur des chalutiers bretons.

Pris dans le filet renforcé, il était traîné contre son grès vers les hauts fonds. L'amiral était stupéfait par la manoeuvre.

Le vieux chalutier breton s'empale sur le récif. "Salauds !" Lance-t-il. "Tout est fichu, le Mousse."
 

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