C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

D. Sandrine

19 ans
Femme
Etudiante en 1ère année de Droit
Vit à St-Bernard (30km de Lyon)
Devise : Droit devant !
Bio : Famille atypique (parents non divorcés) et aimante. Un frère, commercial en banlieue parisienne. Pas de fréquentations connues. Partage son temps entre ses études, l'obtention laborieuse de son permis de conduire, les chats sur Internet. Une rage de réussir socialement, là où son père a échoué (si t'es pas cadre sup à 28 ans, c'est que tu es bien mal parti.....). Plutôt apolitique (sauf si le vent va dans le sens de ses intérêts). Intelligente et ambitieuse. Son histoire s'écrit en même temps que celle de son père, Jacques, qui voit la vie d'une autre façon.... Voir également les récits de Paul, son frère, et Olivier, son neveu.
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Son histoire a elle

Je vous écris de Londres.....
0 votes - le 18 Dec 2014 à 21:56

Rien ne sera plus pareil. la France est fichue. Valois était notre dernier espoir. Je me suis encore engueulée avec mon père. Notre pays est maintenant livré aux babas-cools et aux gauchistes. Jamais notre économie ne s'en relèvera. il n'y a plus d'avenir ici. Florian a disparu, sans laisser d'adresse. Il est recherché par toutes les polices de France. Il traînait beaucoup plus de casseroles qu'il avait bien voulu nous le dire.Moi, je m'en tire bien. J'entre dans le champ d'application de la loi d'amnistie dite 'de concorde nationale'. Je ne serai donc pas inquiétée....J'en ai profité pour prendre le premier train pour Londres, comme beaucoup de Français qui ont fait la même analyse. Là bas, on peut encore entreprendre, lutter pour se faire une place. Ici, en France, c'est fichu. J'ai fait de gros progrès en Anglais, et le parle quasi couramment. Paul me donne des nouvelles de temps à autres. Lui restera en France. Il est assez souple pour se faire à toutes les situations. Peut-être nous verrons parfois, s'il passe la Manche. Moi, je ne remettrai plus les pieds dans ce pays de losers.L'histoire mondiale s'écrira maintenant autrement qu'en français... Dommage. Et tant pis. Ma vie se fera ailleurs. Mais elle se fera... J'y compte bien !

0 votes - le 25 Nov 2014 à 19:15

Je ne m'appartiens plus.... Depuis notre coup au lycée Colbert, le groupe est en réserve, le temps que les choses se calment... Il faut dire qu'on y est allé de bon coeur. Les gauchos ont laissé plusieurs des leurs sur le pavé, et je crois bien qu'il doit en rester encore deux ou trois à l'hosto.... Depuis, des bruits courent comme quoi des groupuscules gauchistes et altermondialistes, toute la racaille lyonnaise, nous cherchent pour nous faire notre fête....Le Pen a pris le pouvoir. D'après Florian, tout se passe comme prévu.... Je suis de plus en plus attirée par Florian. Et je crois que c'est réciproque.... Mais je crois deviner en lui une part sombre qui me fait un peu peur... Je ne sais pas où il s'arrêtera... Ni qui sont ses amis si puissants, et si exigeants.... Notre groupe lui est totalement dévoué. On passe notre temps les uns chez les autres, attendant un nouvel ordre de mission, qui, semble-t-il, ne tardera pas.J'ai pas mal gambergé sur ceux que j'ai étendu devant le lycée... mais, après tout, si ils en avaient eu l'occasion, ils nous auraient fait la même chose. Voir pire.Je téléphone de temps à autre à Paul. Il me donne des nouvelles de St-Bernard. Et des siens..... C'est de plus en plus chaud à Paris.... Il est plus que temps de remettre un peu d'ordre là-dedans. Et on va s'y employer !

Lycée Colbert
0 votes - le 07 Nov 2014 à 20:13

C'était notre cible.... L'établissement était bloqué depuis lundi par des sympathisants de la FIDL, bien connue pour ses positions gauchisantes. "Nous libérer ce lycée, déclama Florian avec emphase, et le rendre à sa destination première, l'étude...."
Cette fois encore, ce seront les gourdins qui seront utilisés.
"Hier, nous avons ménagé le personnel et les clients de l'épicerie. Mais là, nous aurons affaire à des militants aussi déterminés que nous, qui nous casseront la figure avec plaisir, si ils le peuvent. On ne va pas leurs en laisser le loisir, croyez-moi. Nous frapperons. Vite et fort. Allez-y de bon coeur. Sinon, ils ne nous louperons pas !"

Direction, le sud de Lyon, avec les vans. Les mêmes équipes qu'hier. Je me passais et repassais d'une main à l'autre le manche de pioche.... Cette fois, je n'allais pas frapper sur des conserves. Mais sur des personnes en chair et en os. Je me demandais comment j'allais réagir... Peur ? Pas vraiment.... Presque étonnée de me trouver là, ballotée au gré des virages du véhicule...... La nuit n'était pas encore complètement tombée....
Le trajet toucha à sa fin. On s'est regardé. Mon voisin de gauche ajusta lentement la cordelière de son gourdin à son poignet, et affermit sa prise. Nous l'imitâmes en silence. J'étais prête. Résolue....
La camionnette qui s'arrête brutalement devant l'établissement. Nous avons jailli par les portières. Un bref regard autour de nous. La van de derrière prit également position.
De grandes grilles métalliques, presque complètement fermées, et ne laissant libre qu'un étroit passage, entre deux murailles de poubelles. Une dizaine de jeunes filles en piquet de grève, avec 2 ou 3 gars, complètement surpris par notre arrivée. On leurs fonce dessus, arme levée. Une jeune fille à lunettes, avec les anglaises. Je frappe à la tête. les lunettes volent, et elle pousse un cri de bête blessée. Je redouble mon coup, et elle tombe à terre, en hurlant. Un troisième coup, et elle se recroqueville sur elle-même, tentant de se protéger le visage. Un camarade sur ma droite, aux prises avec un barbu de haute stature. En face, ils ont aussi sorti les battes de base-ball. Ca cogne grave. Je vais l'assister, et prend le barbu à revers, d'un coup horizontal dans les côtes. Le gars semble se dégonfler, et se plie en deux. Un coup violent, assené de bas en haut par mon camarade, l'étend pour le compte, avec un bruit sinistre d'écrasement. Le type ne bouge plus.... Je le regarde, un peu hébétée. Et reçois sur le dos un violente charge, avec des ongles qui me labourent les joues, cherchant à atteindre les yeux. Je pousse un cri de douleur et de rage, et tente de faire tomber mon adversaire. Cette fois, c'est Laure qui me soulagea, en attrapant mon agresseur par ses longs cheveux, et le tira violemment en arrière. Je pus alors me retourner, et frapper à mon tour, de toutes mes forces. Un bref craquement, et la jeune fille ne bougea plus, étendue sur le sol comme une poupée de chiffons. Laure brandit le poing d'un air triomphant, et marcha vers d'autres adversaires.
n deux minutes, on avait fait place nette. Plusieurs corps étaient étendus sur le sol. Une jeune fille de mon âge était assise sur le sol, sanglotant dans ses mains. laure était comme folle. Faute d'adversaires, elle frappait sur les poubelles amoncelées, qui rendaient un son vide..... Un coup de sifflet. On se précipite vers les camionnettes.... L'un des nôtres a méchamment morflé. Son nez pisse le sang et il marche difficilement. On l'aide comme on peut, et on le jette sur un siège. Puis on quitte les lieux le plus vite possible. J'ai à peine le temps de voir la jeune fille relever la tête et esquisser vers nous un geste de malédiction.
Je considérai mon gourdin, la tête vide. Il y avait des traces de sang, dessus, et quelques cheveux.... Un gars me regarda, et lâcha "On va nettoyer cela. Faut pas que ça s'infecte...." Je pris alors conscience combien mes joues me cuisaient....

Interlude
0 votes - le 07 Nov 2014 à 11:00

A l'abri 15, lors du débriefing, Florian s'est bien rendu compte que je faisais la tête. Il m'a prise à part, et on a parlé....
Comme lui, j'avais envie de virer ce pouvoir corrompu et incapable... Mais j'avais un peu de mal à chasser de mon esprit certaines images du casse du soir... Florian a été très doux, très patient. Il m'a écouté jusqu'au bout, puis m'a fait part de ses convictions. Oui, parfois c'était moche. Oui, il fallait se salir les mains. Mais, au moins, cela montrait qu'on avait des mains, et qu'on savait s'en servir.... Il m'assura que les quelques blessés de l'attaque de l'épicerie se remettraient vite. Que la mission était un succès. Puis, après une hésitation, il me proposa de partager sa chambre ce soir.... Je n'étais pas si désespérée que cela, et j'ai refusé. Je préférais me retrouver seule. Il n'insista pas. il me dit qu'on remettrait cela, et voulait savoir si il pouvait compter sur moi. Cela piqua mon orgueil, et je lui répondis d'un oui plein de conviction.
Une fois arrivé dans ma piaule, je déprimais encore un peu. A mon réveil, j'appelerais Paul. Je lui devais bien cela. Et j'avais envie d'entendre une voix amie.... Je me couchais et tâchai de sombrer dans le sommeil, en vain. Je me tournai et retournai entre les draps humides. Finalement, à bout de ressources, je me fis dormir d'une main adolescente....


Première mission.
0 votes - le 06 Nov 2014 à 19:27

18h00. La camionnette s'arrêta devant l'épicerie, dans un grand bruit de freins.... Le conducteur se retourna :
"N'oubliez pas, vous avez 5 minutes, pas plus...."
Les portes s'ouvrent, et le coeur battant, nous jaillissons dans la rue. Le groupe de choc est déjà à l'oeuvre, et des clients s'enfuient en hurlant dans la rue. Nous n'y prêtons pas garde et pénétrons dans l'épicerie. Un petite supérette, plutôt. Mon attention est aussitôt attirée par le corps d'un homme assis sur le sol, portant une blouse verte. Il est conscient et, de la main, fait pression sur son front d'où coule un mince filet de sang. Je n'ai pas le temps de m'appesantir sur son sort, car un gars me frappe sur l'épaule et me désigne un rayon. "Vas par là. Et casse tout ce que tu peux !"
Le rayon en question était celui des surgelés. Je m'approchai des armoires frigoriques et, toute peur envolée, prise dans un tourbillon, j'abatti mon gourdin sur une vitre, qui vola en éclat.
Le magasin n'était plus que bruit et fureur. Des cris, des bruits de verre cassé, des hurlements. Une cliente affolée qui passait derrière moi, entraînant à sa suite une petite fille en pleurs, ses longs cheveux blonds en bataille, le visage déformé par la terreur. L'un de mes compagnons, faisant face à la jeune mère, lui assena un violent coup sur l'épaule. Elle tomba, en se tenant le bras, et en gémissant. La gamine hurla, tétanisée.
Déjà, des odeurs de fumée montaient des réserves. le plan se déroulait comme prévu. D'autorité, je pris la main de l'enfant, et la tirai en dehors du magasin, suivie par sa mère qui hoquetait des supplications. Je la regardai dans les yeux et lâchai
"Barrez-vous vite, avec votre fille. Et voyez un médecin...."
Sans plus me préoccuper d'eux, je retournai à l'intérieur, de plus en plus envahi par la fumée, et balançai quelques coups de gourdin sur des rayons déjà bien esquintés... Puis, impératif, retentit la consigne 'On s'arrache... Vite !!!"
Courir au van, qui nous attendait, moteur lancé. Démarrage en trombe....  ma première mission.... Mes compagnons se congratulaient bruyamment. Moi, je restai silencieuse. Tout cela valait-il la terreur d'une enfant ?

C'est parti......
0 votes - le 06 Nov 2014 à 17:11

Qu'est-ce que je fais dans ce van, qui pue le renfermé et le gas-oil ? Avec 4 types en treillis qui blaguent entre eux pour masquer leur impatience et leur peur......
Tout a commencé en début d'après-midi. Je m'étais fait chauffé un peu d'eau pour mon thé. Claudine m'avait laissé les clés pour une période indéterminée et je me sentais presque comme chez moi... Et le SMS est arrivé... Bref comme un coup de feu : "On va au 15. Je passe te prendre à 16h30, en bas de chez toi." Ma gorge s'est serrée au point que le thé ne passait plus. Bref regard à ma montre : à peine 5 mn de répit. Je mis une tenue ample et solide et enfilai mes baskets.
Florian me toisa d'un regard connaisseur. "Tu es parfaite... On y va... Je t'expliquerai tout là bas. On passe à l'action...." C'est bien ce que je craignais.... Non que l'action m'effraie, mais j'avais encore de sérieux doutes sur sa légitimité.....
On s'est retrouvé une dizaine dans le box. Tel un chef d'état major au milieu de ses généraux, Florian s'installa sur une caisse, sous la lampe nue et commença son discours.
"J'ai reçu des instructions de nos supérieurs. Il va falloir mériter la confiance qu'ils mettent en nous. Nous ne les décevrons pas.... Vous savez que depuis ce matin, les commerçants ont baissé le rideau de leurs magasins. C'est une épreuve de force contre ce gouvernement pourri.... La tension monte dans le pays.... Notre but, et celui d'autres groupes comme le nôtre, est d'augmenter encore la pression, jusqu'à ce que la cocotte-minute explose. (Hochements de têtes approbateurs). Les gens doivent paniquer, s'inquiéter sur leur devenir même... Si ils ont faim, ce sera encore mieux. Cela les poussera dans la rue, et, une fois dans la rue, tout peut arriver....
Seulement, tout le monde ne joue pas le jeu... Il y a encore des magasins ouverts, et cela ralentit le processus. Nous devons faire fermer les magasins récalcitrants... Par la force, si c'est nécessaire...."
Il fit silence, et son regard passa lentement de visage en visage.
J'ai reçu un certain nombre d'objectifs. Nous les traiterons l'un après l'autre dans les jours à venir. Chaque succès nous rapprochera de l'explosion finale qui balaiera le pouvoir socialo-communiste. Et ce sera votre oeuvre !" Nouveaux murmures d'approbation....
"Notre objectif de ce soir est une épicerie qui reste ouverte, à Vaux en Velin, et qui ravitaille tout un quartier. Cela doit cesser. Pas de forces de police à proximité : elles sont occupées à la Pardieu, où ça barde grave.... Seule opposition : le gérant et 2 employés. Peut-être quelques clients. On casse tout, et on y fout le feu... Si il y a une résistance, on frappe.... Pas de violences inutiles. mais si on laisse quelques estropiés derrière nous, ce ne sera pas perdu... Nous devons faire peur.... terroriser les moutons, et leurs faire hésiter à refaire des courses ailleurs. Aussi, les armes à notre disposition ne seront pas létales : on se contente des manches de pioche et de quelques cocktails Molotov...."
Nous sommes partis à trois véhicules, harnachés comme des guerriers partant en croisade. Et c'est l'attente de l'heure H : 18h00, à la tombée de la nuit. Mon gourdin était fin, lisse et brillant. Sa forme avait été étudiée pour un bonne prise de main, avec un lien qui, passé à notre poignet, nous éviterait de le perdre dans l'action. Je faisais partie de groupe le plus soft : celui de la casse. Florian s'occuperait du groupe de neutralisation. Il y avait encore un groupe d'appui, avec les bidons d'essence et un autre de couverture, pour nous exfiltrer en cas de problèmes. Les plaques des véhicules ont été changées et nous avons pris un chemin qui nous faisait éviter les caméras de surveillance.
Je ne sais où Florian, étudiant en Droit falot et peu démonstratif, avait acquis cette science de la guérilla. Et je ne pense pas avoir envie de le savoir....

Tout est prêt....
0 votes - le 05 Nov 2014 à 19:33

Florian m'attendait au pied de la résidence universitaire, en bricolant sa moto. En s'essuyant les mains dans un chiffon, il me fit une bise gentille, que je n'attendais pas."Tu as un peu de temps ? Je t'emmène faire un tour en moto." Proposition inattendue, qui me pris de court. En moins de deux, je me retrouvai casquée, assise à la place arrière, cramponnée à ma barre d'appui. L'engin pétarada , puis sembla décoller... "On va où ?" lui criai-je, le visage près de sa nuque."A Villeurbanne...." sans autre commentaire....Ce n'était pas très loin, et le trajet me sembla court... Bientôt, les maisons bourgeoises de Lyon laissèrent la place aux barres rénovées des cités. Rénovée ou pas, une barre reste une barre, c'est à dire quelque chose de très laid.Visiblement, Florian savait où il allait. Ce n'était pas qu'une petite ballade d'agrément.... On contourna un immeuble par la droite, et on accéléra le long du bâtis des garages, alignés à perte de vue. La route mal goudronnée était défoncée, pleine de nids de poule. Il se dégageait du paysage un sentiment d'abandon et de tristesse.... Nous nous sommes arrêtés devant le garage portant le numéro 15. Une illumination se fit dans mon esprit : il avait été fait allusion hier à l'abri 15.... Je regardai l'endroit d'un autre oeil, comme si une armée de conspirateurs allait sortir de tous les recoins. Mais nous semblions seuls au monde. Florian avait déposé la moto devant le box, et s'appliquait à ouvrir une serrure, qui me sembla bien complexe, pour une simple porte de garage. Il dû sentir mon intérêt, car il commenta "Porte blindée, à 15 points de fermeture. Il faudrait une voiture bélier, au moins, pour en venir à bout......" La porte finit par basculer, sans bruit. A l'intérieur du box, des caisses, des cartons, des piles de livres. Un vieux pneu de voiture. Florian referma la porte derrière nous et alluma la lumière. Une ampoule nue éclaira l'endroit. Mon coeur se serra.... Un piège parfait... Quelle idiote j'étais.  Je serrai les poings, prête à tout pour me défendre. Je m'attendais à ce que le jeune homme se rue sur moi, mais il paraissait bien affairé à fouiller parmi les cartons.... Enfin, il se tourna vers moi, les yeux brillants "Approche, Sandrine...." Je m'exécutai, prête à toutes éventualités. Il avait dégagé une caisse en bois, qu'il ouvrit. A l'intérieur se trouvaient... des manches à outils ! Il en prit un, le soupesa avec satisfaction, et me le tendis. Puis, il passa à la caisse d'à côté... A l'intérieur, il y avait de grands coutelas à l'allure menaçante "Des machettes, annonça-t-il fièrement. Du même modèle que celles qui ont si bien fonctionné au Rwanda...."La caisse suivante contenait un stock de bouteilles de verre remplies d'un liquide ambré, avec un chiffon dépassant du goulot. une forte odeur d'essence montait de l'ensemble.... Cela me donna mal au coeur.... il montra la dernière caisse : "Celle là, je ne la montrerais pas à tous le monde." Il n'eut pas besoin de m'en décrire le contenu. Il prit un linge de couleur, et en écarta les bords. Un révolver luisant de graisse grilla à la lumière. Et puis un autre, et un autre. Et des carabines (de petites 22 bien efficaces à courte portée, se vanta-t-il). Et des boîtes de munitions... Des chargeurs.... J'ouvrais de grands yeux... "Où as-tu eu tout cela ?"  Il eut un sourire énigmatique... "Peu importe... sache que nous avons des amis et des protecteurs riches et puissants, qui se préparent depuis longtemps à l'action....."La tête me tournait un peu.... Lentement je prenait conscience qu'en me montrant tout cet arsenal, Florian me mouillait jusqu'au cou... Et que, bon gré, mal gré, je venais d'atteindre un point de non retour.

0 votes - le 05 Nov 2014 à 11:06

Ce fut l'odeur du café qui me réveilla... Et la présence de Claudine autour de moi, se mouvant silencieusement. Je pris le temps d'émerger, puis, premier geste un peu mécanique, je me saisi de mon portable, pour avoir les messages de la nuit. Deux messages de mes parents, que j'effaçai sans les lire, un de Paul, sans doute en service commandé parental, et un de Florian. Ce fut ce dernier que j'ouvris en premier, poussée par la curiosité. Il me donnait rendez-vous au même endroit qu'hier, d'un ton mystérieux. Il avait quelque chose à me montrer. Comme ma journée s'annonçait un peu vide, j'irais sans doute.Puis, je pris connaissance du message de Paul. Evidemment, mes parents l'avait averti de ma disparition, et il tenait à maintenir le contact. Il me donnait des nouvelles de Véronique, qui allait partir en manif avec sa troupe à Paris. Et d'Olivier, qui n'avait plus classe..... J'aimais bien mon neveu... Il était intelligent, optimiste, fonceur... C'est pour lui que je voudrais que mon pays évolue.... Pour qu'il ne vive plus au XXème siècle, et se trouve à l'aise dans une France redevenue un phare de la pensée et de l'innovation, débarrassée des pesanteurs qui la cloue au sol.Le visage de Claudine apparu dans mon champ de vision."Allez, debout, fainéante. J'ai du boulot, aujourd'hui...."Claudine était une condisciple de la fac. Nous avions nos TD ensemble, et nous avions sympathisé dès la rentrée universitaire. Elle avait accepté de m'héberger temporairement, et je lui en étais reconnaissante. Je me levai, me demandant de quel boulot elle voulait bien parler, vu que les cours étaient suspendus, depuis l'annexion des amphis par les mouvements étudiants. je ne lui connaissais pas d'engagement politique précis.... En buvant notre café, Claudine me fit part du fait qu'elle allait partir quelques jours chez ses parents, à Valence. Et qu'elle me laisserait la piaule en garde. "Tu comprends, je suis leur seul enfant, et m'avoir près d'eux les rassurerait, pendant cette crise. Et comme ici, il n'y a pas grand chose à faire...." D'un mouvement spontané de gratitude, je l'embrassai sur la joue, ce qui la fit rosir.... Puis, elle me donna les nouvelles du matin... le discours attendu du 1er ministre... les incidents qui se multipliaient partout en France, et les mouvements de grèves, sauvages ou pas, qui s'étendaient. Elle termina sur un "Je ne sais pas comment ça va finir...." résigné. Je me gardai bien de lui faire part de mon analyse de la situation....

0 votes - le 04 Nov 2014 à 14:28

Il pleuvait sans discontinuer depuis hier soir.... Vigilance orange, avait dit la météo. Tu parles ! Je réajustai mon mince blouson et, courbant l'échine sous l'averse, je sortis de mon abri et couru jusqu'à l'entrée de la résidence universitaire, distante d'une centaine de mètres.Le hall d'entrée n'avait rien d'avenant : le sol était jonché de mégots et de canettes de bière écrabouillées. Une odeur infecte montait d'une flaque de vomi. Je ne m'attardai pas dans cet endroit malsain, et montai quatre à quatre au deuxième étage. Florian lui avait indiqué le numéro 212. Je le trouva sans peine, à l'odeur de tabac qui montait de dessous la porte mal jointive.Un homme grand et barbu entrouvrit la porte, et leva un sourcil interrogatif. La voix de Florian s'éleva d'un coin de la chambre d'étudiant."Laisse entrer, Richard, c'est Sandrine. Nous l'attendions. On va pouvoir commencer...."Se frayant un chemin à travers la fumée de cigarettes, je gagnai le siège que lui indiquait un jeune homme au visage étroit, en lame de couteau. Ce dernier fit brièvement les présentations, désignant rapidement Richard, un malabar à tête de gorille, Pierre, un jeune homme fin, presque efféminé, Laure, une jeune de son âge, vêtue d'un treillis et de rangers, et Kévin, un petit blond qui louchait derrière ses grosses lunettes. "Elle, c'est Sandrine. Elle est des nôtres, j'en réponds." Chacun me salua d'un grognement inarticulé. Florian reprit la parole "Je ne vais pas vous faire un topo de la situation du pays, ni même du campus.... A l'heure qu'il est, les bolchos sont réunis dans l'amphi 2 et trament je ne sais quoi. " Il ajouta, avec un sourire "On sera vite au courant, j'ai un informateur sur place.... Nous sommes réunis maintenant, car nous allons bientôt passer à l'action" Nouveau grognement approbateur de l'assistance. Je me sentais un peu mal à l'aise, au milieu de ces conspirateurs à la petite semaine. "Au moindre signal, nous nous retrouvons à l'abri 15. J'attends des consignes de plus haut. Nous allons remettre ce pays sur le bon chemin." Bon chemin ? Quel chemin ? je voulais m'assurer que Florian et moi étions bien sur la même longueur d'onde. Avec un sourire, il prit une feuille de papier, et dessina rapidement une masse. "Cela, c'est les bolchos... Des activistes, des anarchistes, des syndicalistes et toute une racaille qui domine le pays depuis trop longtemps. " Il dessina une autre masse, plus petite. "Là, ce sont les amis de Marine et de ses satellites. Beaucoup de gens biens, même si on ne se comprend pas toujours comme il le faudrait.. " Je l'interrompis "Tu sais que je ne veux pas frayer avec ces gens là. Leur projet économique est délirant." Florian balaya l'argument d'un geste bref "Nous le savons tous... Mais nous, nous sommes là...." Il ébaucha une troisième masse, plus petite encore. "Nous savons comment marche le monde... Que ce sont les forces économiques qui génèrent la croissance, et non des politiques du siècle dernier. La Mondialisation est en marche, et nous devons remettre le pays dans la course. Mais nous sommes encore minoritaires, nous les libéraux. Chaque fois qu'il a fallu réformer ce pays pour le remettre à l'endroit, la masse inculte s'y est opposée, favorisée par un système électif faisant la part belle aux médiocres. Alors, nous devons en finir avec ce système...." D'un trait rageur, il raya la grosse masse, et souligna celle de Le Pen. "D'abord, en finir avec les socialo-communistes. Pour cela, on s'appuie sur les nationalistes. Temporairement. Puis, une fois le premier objectif atteint, on les bouffe...." Il dévoila un sourire carnassier. Je gâchai son plaisir. "On les bouffe comment ? Ils sont plus gros que nous !" Florian prit un air ennuyé, et le ton d'un instituteur qui explique un problème simple à un élève peu doué :"Justement, parce que leur programme économique est stupide ! Il ne marchera pas ! Nous, on s'appuiera sur les forces du marché. Et nous rallierons tous ceux qu'ils décevront. Et ils seront nombreux. Les autres pays nous soutiendront aussi, car le modèle que nous incarnerons, mélange de libéralisme sans contrainte et d'efficacité, est seul porteur de progrès..." Les autres opinèrent de la tête. J'étais peu enthousiaste... Cela me semblait même un peu fumeux. Néanmoins, Florian avait raison sur un point : il fallait nous débarrasser de la dictature de la Gauche, premier obstacle à abattre. Peut-être qu'il ne faudra pas se montrer difficile sur nos alliés du moment.... Et avais-je le choix ? En rupture de banc familial, dans un monde qui partait à la dérive, il fallait bien que je m'accroche quelque part, au moins pour ne pas couler. Ensuite, il serait toujours temps de reprendre mes billes... Je leurs fit à tous un grand sourire. "Ca me va.... "

Résolution.
0 votes - le 03 Nov 2014 à 16:55

Je tweetai, butinai, que sais-je encore une bonne partie de la nuit, mue par une rage sourde. Il y a bien longtemps que ma joue ne me cuisait plus, mais je ressentais encore la claque de papa comme une blessure au fer rouge. Si il pensait que financer mes études lui donnait en plus le droit de diriger ma vie, j'allais le détromper très vite.....Sur les réseaux, il n'y avait pas grand monde... Je réussis enfin à joindre Florian au téléphone. Florian est fils de médecin. Il est en première année de droit, comme moi. Je sais que nous partageons la même vision du monde, et qu'il lui tarde également de se lancer dans le grand bain...... Je lui expliquai rapidement ma situation, et ce qui motivait mon appel. Il se décida très vite, d'autant que je le soupçonnais d'avoir un petit faible pour moi. Ce n'était pas vraiment réciproque, mais l'époque n'était pas vraiment au romantisme. J'éteignis l'ordinateur, et commençai à regrouper quelques vêtements et quelques affaires dans deux sacs de voyage. Je fus interrompue par un choc léger à ma porte... "Sandrine, comment vas-tu, ma chérie ? - Comme une fille qui vient d'être frappée par son père ! " répondis-je avec aigreur. Après un silence, elle tenta d'intercéder en sa faveur... Ne pas lui en vouloir.... Il est à cran, en ce moment, avec les évènements... etc.... Je ne l'écoutais plus.... Cela ne m'intéressait pas..... Cela ne m'intéressait plus..... Je cherchais mentalement quelque chose à dire, pour me débarrasser d'elle... Marie me facilita la tâche, en capitulant "Nous en reparlerons demain matin, ma chérie... Tâche de dormir un peu....."   Oui, c'est cela, demain matin..... Je connaissais son baratin.... Ses pas s'éloignèrent derrière la porte. D'un geste rageur, je fermai le zip du sac de voyage.

Un dimanche soir, en France.....
0 votes - le 02 Nov 2014 à 18:26

Quand je suis descendue dans le salon, toute guillerette, je fus surprise par l'ambiance de plomb qui y régnait..... Mes parents tiraient une gueule épouvantable, les yeux rivés sur l'écran de la télé. Ma mère tenta même de dissimuler une larme qui faisait son chemin sur sa joue....  A ma vue, mon père s'éclairci la voix, puis lâcha "Je pense que tu es informée de ce qui se passe....  - Oui, papa. J'en suis désolée.... Mais cela devait arriver, tu sais...." A ces mots, ma mère fondit en larmes. Mon père la regarda, désolée, puis la prit dans ses bras, où elle s'abandonna.... "Marie n'ira pas travailler, demain.... - Alors, c'est toi qui m'amènera à la fac ? - Non... Demain, on reste à la maison. -Mais je dois aller en cours, papa !!! -En cours ? Ils sont sans doute suspendus. Je ne veux pas que tu prennes de risques.... La situation s'aggrave d'heure en heure."Reste d'une vieille habitude enfantine, lorsque j'étais en colère, je frappai bruyamment le sol du pied. 'Nada ! Et tu ne m'empêcheras pas d'y aller. Je vais téléphoner à des copains pour me faire emmener. Que vous restiez à bouder dans votre coin, peu m'importe. C'est mon avenir qui se joue là. Et je veux y participer !' Le rouge m'était monté aux joues, et j'avais chaud. Sur l'écran, des personnalités de tous bords débattaient, mais plus personne ici n'y prêtait attention. Ma mère s'était calmée et me regardait, navrée. Je me sentais coupable, vis à vis d'eux... Après tout, leur monde s'écroulait... Je pouvais, je devais comprendre cela. Alors, je tentai de me justifier. "Rendez-vous compte de la chance unique qui nous est donnée de revenir dans le jeu mondial ! Nous devons tous nous serrez les coudes !" Cette fois, ce fut ma mère qui répondit "Tu te rends compte que j'étais à un an de la retraite. Et que je viens d'en reprendre 10 de plus... Crois tu que ce soit juste ? Crois tu que c'est à nous de payer ? - Maman, il va y avoir des aménagements, pour ceux qui sont tout près de partir. Il ne peux pas en être autrement... Laisse leurs une chance de changer les choses...."Mon père se leva :"Ca suffit, Sandrine. Demain, tout le monde reste ici. On ne va pas à Lyon. Il faut attendre de voir comment cela se passe." Je le foudroyai des yeux. "Ca, c'est ce que tu dis ! Je suis majeur ! J'ai le droit d'aller où je veux. Et tu ne m'en empêcheras pas !" Je ne vis pas venir la claque sonore qui m'empourpra la joue... Submergée de rage et de honte, je fondis en larmes à mon tour, et me repliai rapidement vers ma chambre, dont je fermai la porte à clé.

Carrefour....
0 votes - le 02 Nov 2014 à 12:09

Cette fois, nous y sommes !  Il va bien falloir que ça passe, ou ça casse !  Dommage qu'il ait fallu en arriver là, Mais le pouvoir nocif des syndicats, la tendance générale au laisser-faire et à la paresse, le refus de l'effort, tout cela nous a mené dans cette impasse.Je suis européenne de coeur, pas française.... L'Europe, c'est la dernière chance de la France de s'adapter au monde moderne. Sans elle, nous allons lentement glisser vers un immense dysneyland où les touristes étrangers viendront admirer les primitifs dans leur réserve, compteur du temps éternellement coincé en 1970, et leurs jeter quelques subsides pour qu'ils ne meurent pas de faim. Et encore, à condition qu'ils portent béret et baguette de pain !  J'en pleurerais....!  Les réformes, il va bien falloir les faire, pour aller de l'avant !  Cela, Jacques, mon père, ne l'a pas compris.... Il vivote avec sa petite retraite de fonctionnaire et ses idées du siècle dernier. Ma mère ne vaut guère mieux, même si elle semble moins coincée que lui. Heureusement, chez les jeunes, ces idées de progrès cheminent... L'avenir c'est eux... Cette crise est salutaire... Allons-y sans faiblir !

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