C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

Jacques Messiano

42 ans
Homme
Guide de l'Eglise de la Grande Perche
Vit à Castelginest
Devise : Ouvrons nos âmes à notre Père !
Bio : Jacques, ancien instituteur reconverti en artiste peintre, est assez connu dans son diocèse. Il réalise essentiellement des œuvres religieuses, fortement inspirées des icônes traditionnelles. Sa plus grande fierté est sa représentation de la scène de la crucifixion, 3 mètres sur 1, qu'il appelle sa "période rouge", rapport à la quantité d'hémoglobine qui donne l'impression de suinter de la toile ... Jacques fait partie d'un club de prière, et participe également à la catéchèse. Avec quelques amis de son club, Jacques s'est investit d'une mission : celle de ramener dans le droit chemin les égarés, ceux que les événements ont rendu plus fragiles, ceux qui se sont éloignés du chemin de dieu !
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Son histoire a lui

Winter Sleep
0 votes - le 16 Dec 2014 à 13:05

Igor Striknine a interagi avec moi :
Je crois que je me suis un peu laissé embrumé. Porté par l'effervescence des jeunes années et par les visuels hantés de l'iboga, je n'ai pas su, plus su, voir que cette affaire tournait à la catastrophe. J'admets une fascination aveuglante pour les offices de @Jacques Messiano, mon fidèle messie, fascination qui m'aveugle sur la situation désespérante de notre petite entreprise. J'avais oublié un détail qui avait tout de même une importance cruciale, et ce bon vieux @Costard rose avait des soucis pour me remettre l'évidence en face des trous : "ya pas une thunes !". C'est pas qu'il y a un déficit, c'est qu'elle n'existe pas. Pas de monnaies. Rien. Les gens n'ont plus rien. Tout mon petit modèle s'écroule face à cette vérité crue. Ma petite machination basée sur mes expériences fructueuses dans les ex-républiques plus foireuses les unes que les autres fonctionne à merveille, si tant est qu'il y a quelque chose à amasser. Même si le papier sur lequel est imprimée la monnaie vaut plus cher que le chiffre inscrit dessus, même si des semi-remorques entiers de ces monnaies de singe ne suffisaient pas à rembourser le voyage, au moins, il y avait quelque chose à amasser. Quelque chose qui, plus tard, reprendrai de la valeur. Je me suis laissé embrumer par l'iboga et n'ai pas su voir le panier à dîme aussi vide que la tête du pauvre Henri (qui se remet doucement de sa confrontation avec cette saloperie de clébard). Les gens venaient toujours plus nombreux, pour s'abriter des militaires et de la morosité qu'ils répandent, mais le panier était toujours plus vide. Au bout de six jours, nous ne récoltions que capsules de bière et centimes d'euros relictuels glanés entre les coussins des canapés. Costa finissait par me hurler dessus. "Mais tu vas te bouger, oui ? Tu restes allongé toute la journée dans ta serre à pleurer sur tes cadavres de buissons en implorant je-ne-sais-quelle divinité du trou du cul de ta forêt pour que ça aille mieux ! Ta plante est en train de te ronger le cerveau ! Tu vas finir à cinquante berge aussi muet, mou, improductif et chiant que ta Baboushka dont tu m'as toujours rabaché les histoires !" Cet enfoiré de Costa a dit exactement ce qu'il ne fallait pas dire. Ou ce qu'il fallait dire, c'est selon. Ni "adin", ni "dva", je me hisse sur mes genoux douloureux, chancellant mais tenant bon. Dans mon crâne c'est la tempête de sable des steppes kazakhes. Mais j'ai pas besoin de mon crâne. Je tend le bras, je n'ai pas besoin de regarder où elle se trouve, je le sais très bien, elle est toujours à portée de main, ma fidèle, ma seule alliée, ma seule vraie amie. Ma pelle "Made in France". Je la saisis et je laisse echapper de ma mâchoire serrée et tremblante à cause des assauts psychotropiques, en russe dans le texte, "traître à la patrie, tu ne parles pas de Baboushka."

Une église c'est bien ...
0 votes - le 13 Dec 2014 à 14:46

... Il reste encore tant de monde à sauver ...

Jacques était plongé en pleine réflexion. Depuis cette première "messe" il multipliait les offices ... Les gens venaient le voir, de plus en plus nombreux ... La situation se calmait un peu partout dans le pays mais la possibilité qu'il offrait aux gens de s'ouvrir à la communion avec Dieu continuait à attirer l'attention des gens...

Il alla voir @Igor Striknine , qui avait rendu cela possible ... ce dernier y trouvait-il son compte ? Comment étendre toujours plus leur positive influence sur les gens ?

Déjeuner en paix
0 votes - le 11 Dec 2014 à 10:22

PIPO a interagi avec moi :
Pipo, à patte de course, file au pique-nique des apaisés

Catsou, Bibiche doit retrouver

Une sourde angoisse l'étreint

Il pressent un funeste destin

Le pigeon est farci

N'ont-ils entendu

l'appel transmis

Par Justin Trésor 

Ce vendredi

Le pigeon sur l'animal

N'a pas le même effet

Je le sais, je l'ai testé

Elle est empoisonnée la provende

Et vous aurez beau crier Hollande

Et vous aurez beau criez François

Vous ne vous échappez pas

Le teckel devient vorace

Minet  est une menace

A l'appel de l'Iboga

Pauvres humains

Vous allez réaliser

L'effet qu'ça fait

D'être gibier

Pipo, essouflé, sait déjà qu'il arrivera trop tard.

FranceIndé, FranceBN, @Costard rose  @Jacques Messiano @Igor Striknine @Papamadi 

Le début de la faim ...
0 votes - le 11 Dec 2014 à 08:12

De toute évidence l'homme qui était face à lui, le prénommé @Quentin , ne serait pas la brebis la plus facile à ramener dans le troupeau de Dieu ... Il semblait avoir une sacré personnalité !
Jacques se dit intérieurement que s'il était entré en cette "cathédrale" ce n'était pas le fruit du hasard, et qu'avec le temps il en comprendrait probablement la divine raison ...
Les voies du Seigneur avaient beau être impénétrables, Jacques parvenait toujours avec un peu de réflexion à trouver un sens aux événements.

De toute façon, peu importait la raison de la venue de cet homme. Ce qui comptait c'était de l'accueillir comme tout homme devrait accueillir son frère ! @Quentin paraissait plus intéressé par sa situation matérielle que spirituelle ... Ma foi, on allait l'assister aussi sur ce plan là. 
Ne dit-on pas "Ventre vide n'a pas d'oreilles" ?

"Entre, mon frère, laissons nos frères et soeurs se remettre de leur communion ... Viens te reposer un instant et partager notre table !"

Les deux hommes rejoignirent @Costard rose et @Igor Striknine dans la petite pièce ... "Qui de par le fait finira tôt ou tard par être baptisée "sacristie"" se dit Jacques, et s'attablèrent tous quatre. d'une cagette en bois Jacques sorti un demi pain de campagne, un pâté, et un cubitainer de piquette ...
"Mes frères, après cette messe je ne me sens pas la force de dire les grâces, je vous prie de me pardonner. Entamons ce repas, pardon encore pour le côté frugal mais ce sont de bons produits et mieux vaut manger peu et sainement que le contraire !"

Ils attaquèrent aussitôt, Jacques servant à chacun un godet de vin. Il se tourna ensuite vers son invité 
"Alors ... voudriez vous me raconter un peu votre parcours ?"

En lasser
0 votes - le 10 Dec 2014 à 19:24

Quentin a interagi avec moi :
Quentin était revenu en arrière. Il avait longtemps longé la Seine. Mais apparemment il n’avait pas été le seul à avoir cette idée. Pas la moindre barque de disponible, celles qui restaient était hors d’atteinte. On les couvait comme on surveille de l’huile sur le feu. Il a continué à marcher espérant encore. Mais après quelques jours, il lui a fallu se rendre à l’évidence. La Bretagne était hors d’atteinte. De toute façon même en barque, il se serait retrouver en Normandie et il n’imaginait pas le parcours qu’il lui aurait fallut effectuer après.  » T’as perdu le sens de la réalité, mon gars » A cela s’ajoutait le fait  qu’il se sentait de plus en plus repéré. Quelque soit l’endroit qu’il traversait maintenant, les gens étaient devenus méfiants, voire agressif. Plus que jamais, il était l’étranger. Ses réserves s’épuisaient. Il  se disait que finalement mieux valait se fondre dans la foule. Et à Paris, il existait encore certaines formes de solidarité. Il en était là de ses réflexions quand il a aperçu les képis, enfin plutôt les bérets. La radio  parlait de mouvements de troupes, mais il avait compris que ça se passait plus au sud. Visiblement cela dégénérait. Le grand Merdier. Il l’avait pressenti. Le mec dès qu’il a un flingue, il peut pas s’en empêcher. Il faut qu’il aille faire chier le voisin. « Demi-tour mon gros et fissa. Faut retourner à Paname et se dégotter un coin à l’abri » Coup de bol, il a dégotté un vélo, ce qui lui a raccourci le retour. Même si il a crevé le deuxième jour. Et vas’ y pour trouver une rustine aujourd’hui. Il l’a abandonné quand la roue était tellement voilée qu’il allait plus vite à pied. Et là il se retrouve dans un endroit qui doit être  la banlieue de la banlieue. Un secteur pourri. Y’ a quasiment plus un truc debout. « Sûr, y’ a personne qui va le réclamer ce coin là. Je n’imagine même pas que ce soit stratégique. Ça pourrait être peinard, mais je ne vois pas ou je trouverai  à bouffer ici. » Lorsqu’ au détour d’une rue, c’est la berlue. En plein milieu d’un terrain vague, un grand hangar, avec de la lumière et pas mal de ramdam à l’intérieur. « Y’ a encore des vivants par ici ? » Il est hésitant. Mais la curiosité l’emporte. « Je peux toujours jeter un œil et me carapater si ça pue. » Mais quand il est rentré il est resté bloqué. L’assistance avait  l’air d’avoir pris un trip  qu’hésiterait entre c’est la récré,  Jésus est parmi nous et ou t’as mis ton bavoir. Le décor  n’est pas mieux, l’armée du salut c’est un quatre étoile à côté. Il est là, comme un gland, à essayer de comprendre ce qu’il voit quand  un bonhomme se dirige vers lui. « Il m’a l’air plus conscient que les autres, laisse parler. Ok, c’est un truc religieux. Mais ça m’a pas l’air catholique. Jacques,@Jacques Messiano. Visiblement c’est leur curé, enfin, je ne sais pas si c’est le bon terme. En tout cas il croit à sa salade. Exalté le gars, et je ne sais pas encore si je me trompe, mais il  n’a pas l’air d’avoir mauvais fond. Par contre je me méfie quand même un peu, si c’est lui qui met ses ouailles dans cet état, faudrait pt’ être que je le colle pas trop. Ils m’font vraiment penser à Nounours. Je l’aime bien Nounours, mais dans sa tête, à part la sainte ampoule   tout le reste est cramé. » Je continue à mater en écoutant le boniment et j’avise deux mecs qui dénotent dans l’assemblée ; ils sont un peu à l’écart. Y’en a un difficile de le rater. Il a un  @Costard rose . Et l’autre, c’est plus son attitude. C’est une espèce de nain de jardin, non j’exagère, il tient plutôt du troll, et il scrute l’assistance avec un sourire au formol. Jacques voit que je les fixe. Me désignant le plus petit : @Igor Striknine  , notre bienfaiteur et un de ses amis. « Tu parles d’une trinité. Va vraiment falloir y’aller mollo. » -         Et, à part un câlin. Votre père y file aussi à bouffer ?  

Allons soutenir les Apaisés!
0 votes - le 09 Dec 2014 à 20:01

Jean-Marc Ayrault a interagi avec moi :
Chère @Lilou  comment allez vous depuis hier soir? J'espère que vos nouvelles responsabilités ne vous épuisent pas trop. Pour ma part, je suis meurtri par la campagne de calomnie lancée contre moi par une officine (Anarchy) dont j'imagine qu'elle est téléguidée par les ennemis de la république.    Pour nous changer les idées, je vous propose d'aller ce soir boulevard Montmartre, visiter l'exposition "François Hollande sa vie son oeuvre en 10 tableaux" qui se tient au Musée Grévin. J'ai pu me procurer un coupe file car il y a des heures de queue, parait-il, et même des personnes qui campent sur place, chantent des chants à la gloire du défunt président, et prient pour sa béatification... J'apporte quelques bouteilles de chouchen arrangé pour réconforter ces pauvres gens.   @Liza Brody @Marilou @Georgette @Guy @Xavier @cleo @Capucine Cher @Jacques Messiano @Mia @Jean-Michel si vous voulez vous joindre à nous vour êtes les bienvenus.Votre Jean-Marc

Boulevard Montmartre, la calme espérance des Apaisés
0 votes - le 09 Dec 2014 à 18:56

ADMFH a interagi avec moi :
Les plus déterminés campent sur place depuis quatre jours : ils dorment dans les cabanes du marché de noël installées sur le boulevard montmartre, et revisitent sans se lasser l’exposition « François Hollande, sa vie son œuvre en 10 tableaux » du musée Grévin. Ils se nomment eux-mêmes Les Apaisés, et leur nombre ne cesse de croître. « Nous sommes apaisés, car comme le disait François Hollande, si on ne fait rien, les choses finiront par s’arranger » déclare Marie-Reine, de Perpignan, avec un accent chantant. Clotilde, venue de Villerupt, renchérit : « Quand les soldats de Valois nous verront apaisés, ils partiront sur la pointe des pieds ». « Nous sommes des dizaines de milliers, ils ne pourront pas tous nous écraser avec les chenilles de leurs chars, ça ferait trop de bouillie » se rassure Quentin, 4 ans, venu de Vitry le François avec ses parents. Que veulent-ils ? Témoigner, en premier lieu « Les français lui sont reconnaissants. De là-haut, nous voulons qu’il le sache » nous confie Emilie, 46 ans, qui faute de RER a fait le trajet à pied depuis  Roissy. Réfléchir ensemble, ensuite, trouver un nouveau souffle « On se raconte ses meilleures blagounettes, cela donne des idées pour rebondir, ne pas se laisser envahir par la morosité ambiante » nous dit Gildas, venu en voisin de la rue Lepic. Imposer la paix, enfin « Nous resterons ici tant que Ségolène, Valérie et Julie ne seront pas réconciliées. Leur nouvelle amitié, unie par le souvenir de François, fera tache d’huile, et les militaires rentreront dans leurs casernes » espère André-Benoît, retraité habitant le  6ème arrondissement de Paris. Malgré la menace militaire, ou peut-être à cause d’elle, c’est une nouvelle France, une France Apaisée, qui est peut-être en train de naître ici. Le « Merci François » qui monte régulièrement, repris avec ferveur par les dizaines de milliers d’Apaisés massés sur ce boulevard parisien est le chant puissant d’une nouvelle espérance.  CC @Tintin @Liza Brody @Pierre Rabhi @FranceIndé @France BN @Devi Sweetie   @Jacques Messiano @Le Veilleur @justin tresor @Sarah @Stéphane Bordet @François Bismuth 

L'un d'entre eux.
0 votes - le 09 Dec 2014 à 13:09

Après son office, Jacques passa dans la petite pièce qui jouxtait sa "cathédrale" dans laquelle la brume commençait à se dissiper, et enleva le masque qui l'avait aidé à ne pas sombrer dans la transe ...
Il aurait tout le temps d'entrer en communication avec son Créateur lorsqu'il serait seul, pour l'instant il avait besoin de débriefer avec @Igor Striknine ...
Il jeta un oeil par la vitre, et aperçu quelqu'un qui entrait par la grande porte ...
Il apprendrait plus tard que l'homme en question s'appelait @Quentin .
Ce dernier semblait un peu intimidé par la vision des fidèles qui pour certains commençaient à reprendre un peu leurs esprits, tandis que d'autres étaient encore totalement en transe.

"Un retardataire !" pensa-t-il ...
Peut être l'homme avait-il entendu parler un peu tard de l'assemblée qui se tenait là ? Peut être venait-il de loin ?
Ou bien peut être avait-il attendu la fin et venait-il pour une raison toute différente ?
Quoi qu'il en soit, Jacques vint à sa rencontre pour l'accueillir avec un chaleureux sourire :

"Entre mon frère ! Contemple le spectacle de nos frères et soeurs d'humanité en communion avec Notre Père à tous ! Vois les sourires sur leurs visages et admire la beauté de ce spectacle d'un Père qui n'avait pas étreint ses enfants depuis tant d'années !"

Jacques et @Quentin tournèrent sur eux mêmes ... Bien imprégnés de la scène.

"Maintenant, mon frère, raconte moi ce qui t'amène à moi ?"

Ils n'attendent qu'une seule chose ...
0 votes - le 09 Dec 2014 à 08:41

Tous réunis ici. Chacun d'entre eux. 
Ils ne sont là que pour oublier le monde, pour que je leur donne quelques gouttes d'espoir, que je leur donne l'impression qu'ils font le bon choix.

En vérité ce qu'ils cherchent ici, pêcheurs ou hommes saints, ce n'est pas tant le chemin de Dieu qu'une approbation toute humaine.

Ce qu'ils veulent c'est le sentiment d'appartenir à un groupe, un ensemble. Ils se cherchent une identité de masse. Quelque chose de différent, qui les change. Qui les sorte. Qui leur permette d'échapper à l'enfer.
Et l'enfer ici, c'est les autres.

Seigneur. Je sais que tu m'entends. JE SAIS QUE TU M'ENTENDS ! Tu m'as placé ici. Tu m'as mis face à ces gens. Tu m'as rendu responsable d'eux. Je ne leur donnerai pas ce qu'ils veulent Seigneur. Mon approbation, mon soutien ne valent pas plus que ceux d'autrui.
Je vais faire mieux Seigneur, je vais brancher en direct ton micro sur leurs entrées auxiliaires. Tu vas pouvoir parler à chacun d'entre eux, je vais ouvrir leurs sens à ta présence et à ta volonté !

Jacques n'avait encore rien dit. Dans son cerveau les pensées tourbillonnaient à une vitesse folle. Tout était prêt pour la messe. Enfin ... "messe" ne convenait plus tellement. 
Communion. Oui c'était bien ça "Communion" ! ... La communication divine par le partage en quelque sorte.

Le silence était total dans la salle. Lui, debout devant tous, vêtu simplement d'une aube blanche, ni couvre-chef, bâton, cordelière. Ni crosse, ni croix, ni étole. Légèrement surélevé par rapport au reste de l'assistance, afin que chacun le voie bien. Devant lui un pupitre, déniché dans une université. Un chemin de table blanc passait dessus, couvrant l'avant et l'arrière du meuble. Un micro posé sur ce dernier assurerait que chacun entende le discours. Derrière lui un autel composé d'une planche et de deux tréteaux, le tout recouvert sur toute la hauteur d'un drap blanc immaculé qui détonnait par rapport aux murs gris, ternes et rouillés.
Jacques fit un signe, et deux jeunes acolytes vinrent à ses côtés, dans le même uniforme que lui, chacun d'eux portant un encensoir rempli d'iboga.
Jacques alluma les deux petits foyers, que ses acolytes commencèrent à balancer légèrement pour en diffuser les émanations.
D'une marche lente ils commencèrent à parcourir l'assemblée, s'assurant d'une répartition homogène du léger nuage.
Dans une pièce attenante, discrètement dissimulée par une vitre sale, @Costard rose et @Igor Striknine observaient la scène. 

Jacques ouvrit la cérémonie.
"Frères et Soeurs !"
L'intonation était profonde, le ton ferme mais serein. Protecteur. Rassurant. Paternaliste presque. Ses ouailles étaient déjà pendues à ses lèvres.
Un religieux silence assourdissait la salle. Il continua.

"Je devrais plutôt dire ... MES Frères, MES Soeurs ! ... Merci !
...
Vous êtes venu(e)s, vous avez répondu à notre appel, et vous voilà, ici, forts de votre nombre ...

Je me présente devant vous.
Je me présente devant vous avec comme seul vêtement cette aube blanche.
Je me présente devant vous avec comme seule rôle celui de servir.
Je ne suis pas figure d'autorité, je ne suis pas une "éminence".
Je suis et ne resterai qu'un guide. Et ma mission est de vous emmener à LUI !"

L'index levé, montrant le ciel, Jacques se sentait dans un état quasiment second. Il faisait attention, il fallait qu'il reste sur ses gardes, il tenait à terminer de façon grandiose ce service.
Du côté de l'auditoire en revanche, la situation était toute autre. Baignés depuis quelques minutes maintenant dans le nuage d'évasion, précautionneusement entretenu par les acolytes qui avaient sorti et s'étaient couvert le nez et la bouche avec des masques filtrants, ils semblaient subjugués par le spectacle de cette apparition blanche dans ce décor inattendu.
Ils écoutaient, bouche bée, le discours de Jacques, n'en perdaient pas une miette, les yeux complètement hagards.

"Mes Frères et Mes Soeurs. Les temps sont troubles, vous le savez autant que moi !
Mais rassurez-vous, car Il ne nous a pas oubliés ! 
...
J'ai été envoyé par Lui. 
Envoyé pour vous donner le moyen de l'entendre ! Pour vous permettre de savoir vous aussi, quel est son plan pour vous !
...
Chacun, chacune parmi vous fait partie de ses enfants. Et pour chacun, chacune d'entre vous il a tout autant d'amour que pour son fils Jésus.
Pas de pape ici, pas d'autorité décidant ce que vous devez croire, de quelle façon vous le devez, ni comment vous devez agir ou réagir à ses manifestations à votre égard !
Je ne prétends pas avoir le monopole du dogme, car en vérité il n'appartient qu'à Lui de dire ce qui est ou ce qui n'est pas, et cela peut être différent pour chacun d'entre vous.
...
Ma foi est personnelle, je la vis à ma façon, celle que le très haut m'a montré. Votre foi est personnelle également ! Vous la vivrez tous différemment.
...
J'en vois déjà parmi vous qui, baignés dans cette brume, voient leur sens s'ouvrir. Je constate avec bonheur, que déjà certains de vous sont à son écoute !
Bravo Frères et Soeurs ! Bravo ! Car aujourd'hui vous trouvez votre chemin personnel, vous découvrez de quelle façon ouvrir votre âme, vos oreilles, votre Coeur à Notre Père à tous !
...
Mais que les autres se rassurent également !
N'ai-je pas dit que nous étions tous ses enfants ? 
... Car Oui nous le sommes !
Et rien n'est plus vrai que l'amour que nous porte Notre Père ! 
Respirez mes Frères et Soeurs ! Respirez ! ...
...
Sentez-vous cette vie qui vous anime ? Sentez-vous votre coeur battre ? Ressentez-vous chaque chose que vous entendez ? Que vous voyez ? Que vous touchez ? Le goût de chaque chose ... Tout cela est un don. Son Don !
...
Respirez encore ! Inspirez profondément ! Sentez-le vous baigner de douceur, vous envelopper, vous détacher un peu de cette réalité pour vous montrer la vôtre ...
...
Respirez encore ! ... Soyez bénis, vous ses enfants ! Soyez bénis et heureux dans son amour !"

... Jacques s'écroula, éreinté par l'effort qu'il fournissait pour résister à la fumée ... à quatre pattes il rejoignit l'autel, sous lequel un masque filtrant l'attendait.
Il l'enfila, s'assit sur ses talon sur l'estrade et contempla quelques instants encore le spectacle qui s'offrait à lui.

Chaque membre de l'assistance vivait une transe. Cela avait un aspect à la foi irréel et inquiétant.
Jacques n'avait aucune crainte, il savait que tous étaient entre de bonnes mains.
Certains étaient totalement avachis dans leur siège, la tête renversée en arrière, observant fixement quelque chose bien au-delà du plafond. D'autres étaient en mouvement. Levés de leur place, ils tentaient maladroitement de se déplacer comme des zombies qui chercheraient à attraper des papillons .... D'autres encore marmonnaient, chantonnaient ... ce qui leur donnait un air d'enfants sages, émerveillés, découvrant quelque chose de fabuleux.

Jacques sentait l'émotion monter en lui ... Ils l'entendent ! 
Ma mission ne fait que commencer et j'ai déjà ouvert tant d'esprits ! Une larme coula sur sa joue puis sur le masque qu'il portait.
Seigneur, je t'amène tes enfants. Ils t'aiment !

Une journée particulière
0 votes - le 08 Dec 2014 à 16:37

Igor Striknine a interagi avec moi :
Alors on s'était mis au boulot. Force est d'avouer que la rencontre avec @Papamadi m'avait un peu retournée, mais je m'étais maintenant concentré sur ce que je savais faire le mieux : organiser les magouilles. J'étais grisé par l'idée des masses en détresse venant franchir le seuil de mon église-hangar, assoiffées de perches et de prêches. La première chose à faire était de me rendre au chevet du vieil Henri. Pas pour s'enquérir de sa santé, plutôt pour le presser de lancer de courtoises invitations à toute la diaspora gabonaise qu'il pouvait réunir. De sa capacité à rassembler les foules dépendait le succès de notre premier sermon. Evidemment, hors de question de mentionner le mot "iboga" dans un message qui allait faire le tour de la diaspora gabonaise. Le pays avait beau avoir autre chose à foutre en ce moment, c'était pas une raison pour titiller la DCRI avec un mot clé, c'était plus une anguille sous roche, mais une baleine sous un gravier. L'invitation pris la forme suivante, rédigée à huit mains par Henri, Jacques, Costa et moi-même : "L'Eglise de la Sainte Perche réunit ce soir le catholicisme romain et les traditions bwiti au XXX de la Rue XXXX, Saint-Denis. Amenez vos cousines." L'information se répandit comme un nuage de fumée illégale. Entre les doigts experts d'Henri, le vieux Nokia envoyait aux quatre vents la bonne parole, et celle-ci sautillait de cousins en grands-oncles, passait par Lambaréné avant de revenir vers Bobigny, retournait à Port-Gentil pour finir à Créteil. L'information prenait forme vivante et son autonomie, évoluant au gré des liens de parenté, vivant sa propre vie sur les réseaux téléphoniques, pendant que @Costard rose et moi nous evertuions à glaner ça et là une cinquantaine de chaises en plastique. Nous avions laissé le pieu @Jacques Messiano à l'élaboration de son autel et au repassage de sa tenue. Il se concentrait. Il devenait moins disert, se renfermant volontiers derrière le mur de sa foi, convoquant je ne sais quelle entité divine, cherchant la force de s'exprimer devant son futur public.Costa et moi, nous retrouvions l'effervescence de nos jeunes années. Je replongeais avec délice dans le glanage, dans l'excitation presque adolescente de l'organisation de ce qui allait finalement être une sorte de petite soirée entre potes un peu bizarre. Nous avions changé les fusibles, branché avec succès trois vieux radiateurs à l'huile, disposé les chaises en rangs d'onions, briqué avec soin la vieille commode derrière laquelle Costa se tiendrait, pendant la soirée, récupérant l'aumône de nos fidèles. Et on avait pris soin de ne pas oublier les packs d'eau (du robinet) pour alléger les turpitudes des estomacs bienôt meurtris de notre confrérie. Henri s'était levé difficilement, mais avait tenu à m'accompagner jusqu'aux stocks, récupérer l'iboga que je gardais précieusement pour les jours de disette. Tout était prêt. Le soir même, une foule bigarrée se pressa aux portes de notre temple de la rédemption, dépassant toutes mes attentes. Nous avions peut-être sous-estimé la détresse des français. En ces temps troublés, la piétaille cherchait le réconfort, et la religion, depuis quelques milliers d'années, avait toujours su rassembler les nécessiteux en mal de repères sous son aile paternaliste et rassurante. Moyennant quelques écus. Associer la bondieuserie à la science des psychotropes n'était pas une idée originale, mais il se trouvait que j'avais les deux sous la main. Derrière mon pilier, j'observais la foule s'organiser dans une joyeuse anarchie qui rappellait les fêtes de familles ou les barbecues d'été. Des mamas en boubou bariolé, des vieux papa squelettiques aux yeux perçants, de jeunes curieux, costards apprêtés ou jeans peinturlurés, peintres en bâtiment ou occuppants de bureaux anonymes et génériques, des gabonais, évidemment, mais aussi d'autres, immigrés de deuxième ou troisième génération, des produits de brassage, des homozygotes ou des récessifs, des intégrés ou des communautaires, toutes les couleurs étaient sur les vêtements et sur les visages, mais la même expression envahissait leurs yeux : la curiosité. L'effervescence regnait et l'atmosphère de la cathédrale de béton effrité et d'acier rouillé se réchauffait des souffles de nos ouailles, titillées par ce mot que tout le monde avait sur les lèvres : iboga. @Jacques Messiano fit son apparition, et les paroles s'évaporèrent. Il avançait lentement, il monta sur l'estrade bricolée avec des palettes, se tint droit et ferme derrière le vieux pupitre d'université que Costa avait déniché je ne sais où. Une de ses spécialités. Le Messie resta là, debout, de longues minutes. Il savait apparemment comment capter une attention sans avoir à produire le moindre son. Les gens étaient mommifiés, les yeux avides posés sur le corps frêle de l'orateur, qui dégageait désormais une force qui m'était restée invisible jusqu'ici : la prestance. Il était calme, serein, même, comme s'il avait toujours su qu'il en était capable, sans jamais l'avoir fait. Il ferma ses yeux malins, pris une longue inspiration, il allait parler.

Diner ce soir rue de Vaugirard
0 votes - le 07 Dec 2014 à 07:01

Jean-Marc Ayrault a interagi avec moi :
Chère @Lilou , je serai de retour à Paris dès ce soir, en profitant d'un hélicoptère mis à ma disposition par le contre amiral @Francis Lou-Migal . Je rapporterai dans mes malles quelques caisses de gros plant et de chouchen arrangé, mais aussi de belles soles qu'un de mes amis nantais a pèché cette nuit. Voulez vous les gouter ce soir? Ce sera un diner sans formalisme, j'invite mon ami entrepreneur @Xavier  de passage à Paris, @Jacques Messiano  qui est un homme de foi, @Capucine Cher , @salomé et @Mia  A ce soir j'espère!

Votre Jean-Marc

Seigneur, pardonne moi de m'écarter de ton église ...
0 votes - le 06 Dec 2014 à 20:47

Pardonne moi Seigneur, car le chemin que je prends m'éloigne chaque jour un peu plus de ton église ... La sainte église Chrétienne Catholique de Rome sur laquelle Saint Pierre veille, celle qui a son siège en la basilique qui porte son nom et qui sera pour les siècles et les siècles l'église au sein de laquelle ma foi est née.
Mais Seigneur, tu sais que si je renie mon obédience, ma foi ne s'éteindra qu'avec moi !
Oh très haut, si je suis ces chemins troubles, c'est pour porter ton message !
C'est mon chemin pour être plus près de tes enfants, Seigneur ! 
Pour te servir, pour les servir, pour les guider et professer ta parole plus loin que les frontières, plus loin que les limites humaines, car oui, Seigneur, je vais m'adresser à ton peuple d'une façon autre.
Tu m'as parlé Seigneur, à travers le breuvage que m'a offert @Igor Striknine tu m'as aidé à comprendre que je dois m'adresser à tes enfants d'une façon nouvelle !
Je leur transmettrai ton message, je l'écrirai au fond de leur être, je parlerai directement aux tréfonds de leur âme.
Ils ne seront plus préoccupés par un tas de tracasseries matérielles comme ils peuvent l'être parfois à l'église. 
Seigneur, je ne serai pas seulement ton porte parole, je serai également celui qui débouchera les oreilles de mes semblables et les ouvrira à Ta Parole !
Merci Seigneur, de m'avoir fait croiser la route d'@Igor Striknine, il m'aidera dans ma tâche, il m'aidera à poser la pierre de ta nouvelle église.
Amen !

Entre @Papamadi, @Igor Striknine, et maintenant @Costard rose, Jacques avait multiplié les rencontres surréelles. Rien de tout ça ne pouvait être du au hasard ! De toute façon, le hasard n'existe pas, tout appartient à Dieu, et tout ce qui se réalise ou non n'est que partie du plan du Très Haut !

Igor avait écouté cette prière, exprimée à voix haute par Jacques ... Sans sourciller comme l'on pouvait s'y attendre. Il commençait sans doute à comprendre lui aussi qu'il avait été choisi par Dieu et, même si ses manières semblaient parfois un peu éloignées de celles que Jacques aurait attendues d'un bon Samaritain, qui était il après tout pour mettre en doute le bon sens de son Seigneur ?

"Cher ami ... " Commença Jacques avec douceur ... 
"Vos activités dans l'immobilier, vos étranges plantations, vos nombreuses relations ... Cela vous dirait-il que l'on transforme tout ça en usine à sauver les pêcheurs ? J'ai la mission de les sauver, et vous vous avez les moyens qui me permettraient de le faire ... Que manquerait'il pour que l'alchimie se fasse ?"

Il se resservit une tasse de thé à l'iboga ...

Les affaires reprennent!
0 votes - le 06 Dec 2014 à 13:57

Papamadi a interagi avec moi :
Le téléphone sonne, interrompant le délicieux massage que m'administrait la jeune infirmière cubaine envoyée par @Pablo  pour veiller sur mon bien-être... et sur le stock de coca qu'il m'a confié. C'est le @Général Boris qui m'appelle, il s'excuse de ne pas m'avoir rapppelé plus tôt. Il a des informations sur @Igor Striknine , qui d'après lui n'est qu'un petit poisson, affairiste immobilier comme il y en a des milliers en Russie. Je lui raconte notre déjeuner d'hier. Le plus étonnant, c'est ce @Jacques Messiano qui l'accompagnait, un genre d'illuminé pas orthodoxe. Boris va se renseigner sur ce guru, il ne faudrait pas qu'il monte en Russie un trafic d'encens concurrent de celui des popes... Je profite des bonnes dispositions de Boris pour lui demander s'il peut convoyer vers le gabon par sa malle diplomatique la purée de pigeon à l'iboga qu'Igor doit me livrer. Il se fait un peu tirer l'oreille, et je dois augmenter sa commission. Ces russes sont de plus en plus durs en affaires! Il faudrait que je trouve un moyen de transport moins onéreux... Penser à en parler à Jean-Marc Ayrault, à qui les armateurs de Nantes ne peuvent rien refuser, la prochaine fois que je le verrai...  Il faut aussi que je rappelle le jeune @M’hamed , il doit avoir des fournisseurs d' l'herbe à chat dans le nord de la France. Ce sera très utile pour diminuer le prix de revient du cocktail Coca/Iboga, et aussi les risques d'overdose qui pourraient nuire à l'image du produit. Penser à appeler aussi @Devi Sweetie   qui connait peut-être le guru d'Igor. Un week-end chargé en perspective, mais pour l'instant, je n'ai pas envie de faire attendre Maria Esperanza, ma délicieuse infirmière cubaine...

Souviens-toi l'été dernier
0 votes - le 06 Dec 2014 à 01:55

Igor Striknine a interagi avec moi :
Le reste du déjeuner s'est déroulé de façon globalement anecdotique. Papa était chaud patate sur la situation en France. Moi, concrètement, je m'en cognais, j'avais la tête déjà penchée sur l'autel de ma future Eglise de la Sainte Perche. Je regardais @Jacques Messiano, mon fidèle Messie, dévorer pigeon après pigeon, et je l'imaginais, les yeux en larmes, la verve haute, haranguer les foules aux pupilles dilatées. J'avais qu'une seule hâte, sortir d'ici et préparer le terrain. J'ai décliné une dernière fois le chouchen maison qui décidément ne m'inspirait pas confiance, et nous avons pris congé de notre hôte. Sur le seuil de la porte, @Papamadi perd une dernière fois le sourire qu'il n'a pas quitté du repas et plonge ses yeux azur et froids dans les miens. "Alors je vous contacterai, mon cher Igor. Pour les modalités. V'voyez." En sortant, je me fais le petit plaisir de faire vibrer le téléphone de @Costard rose. Je parie avec moi-même sur le nombre de secondes qu'il va mettre pour ramener son vieux cul flasque. Allez, 37. 49 secondes plus tard, je le vois débarquer, une serviette tachée autour du coup, la bouche encore pleine. "Tu vieillis, mon gros." "Ouais, j'sais." qu'il me fait en avalant sa dernière bouchée. "C'est la faute au poulet basquaise." J'ai une furtive pensée pour l'été dernier. J'étais tranquillement allongé sur mon transat sur la côte croate. J'essayais de ne pas voir les ventres opulents des hommes d'affaires plus affairés à la débauche qu'à autre chose, pour me concentrer sur les chairs fermes et jeunes des quelques dizaines de créatures sveltes qui nous étaient proposées en amuse-gueule. Je sirotais mes cocktails, les yeux baladeurs. Voilà qu'à peine six mois plus tard je me retrouve dans cette rue minable et figée dans le temps, à marcher contre la bruine qui me fouette la tronche comme un pied de nez breton à la capitale éprouvée. A mes côtés, un ingénu illuminé en recherche d'âmes à sauver, et un vieux costard rose froissé prêt à vendre sa mère pour un peu d'aventure. Tu parles d'une troupe... malgré ça, il flottait dans l'air un parfum de renouveau pour notre petite compagnie en déliquescence. On avait maintenant l'accord et l'oeil bienveillant de Papa, il restait plus qu'à se mettre au boulot.

La Grande Bouffe
0 votes - le 06 Dec 2014 à 00:40

Igor Striknine a interagi avec moi :
Je décline prudemment, poliment mais fermement le chouchen de @Papamadi. "J'ai arrêté." Il est gentil le Papa, mais c'est pas avec un chouchen que je vais lui faire confiance. C'est marrant, ça. Les russes et les français ont ce point en commun : croire que la confiance vient à une vitesse proportionnelle au degré d'alcool de la liqueur qu'ils vous proposent par rasades entières. Mais sur la question, je préfère rester apatride. Refuser me permet de lui faire comprendre que je suis pas vraiment là pour me la coller, mais plutôt pour qu'on se colle ensemble à un sujet un tantinet plus sérieux que la macération des herbes dans le breuvage breton. Je laisse echapper entre mes dents un faussement innocent "kak ralacho sidièt" au moment de m'assoir sur la vieille chaise en rottin. "N'est-ce pas ?" qu'il me répond, avec une innocence tout aussi fausse. Il m'a compris. Il sait que je le teste, il s'en amuse. Face à quelqu'un dont je crains qu'il me soit supérieur, j'ai toujours adopté la même technique. Mettre les pieds dans le plat. Y aller franco, pour faire croire à une maîtrise totale de mes émotions et, surtout, de la conversation. "Papa, faut qu'on cause sérieusement. L'Eglise de la Sainte Perche, ça te parle ?" "Vous voulez pas un pigeon d'abord ? Je viens de les farçir moi-même." Mais il se fout de ma gueule ce con ! Me proposer, à moi, un pigeon ? Farçi ? Après la nuit que je viens de passer ? Mais moï drouk, mon ami, c'est toi que je vais farçir ! Mes lèvres serrées se figent sur le sourire débonnaire du vieux Papa. Il n'a eu besoin que de me faire rentrer dans son vestibule pour me cerner. Il sait déjà comment m'énerver, autant dire qu'il a gagné, et il en a parfaitement conscience. Je fixe ses mains calleuses sur la table et je suis à deux phallanges de lui briser les siennes. Et c'est ce moment précis que l'ingénu Messie choisit pour éclater en un rire franc qui vient balayer la tension accumulée digne de la faille de San Andreas, nous surprenant tout autant, Papa et moi. Je reprends mes esprits. Faut pas flancher, Igor Borissovitch. Papa n'attend qu'une seule chose, c'est que j'explose en vol comme un vieux Tupolev d'avant-guerre."... de la Sainte Perche, Papa. ça t'intéresse ?" Il me regarde. Il a perdu son sourire débonnaire. Son costume endimanché est aujourd'hui trop grand pour ses épaules affaissées, et trop petit pour son bide rebondi, même s'il est aisé d'imaginer qu'il lui allait à la perfection, il y a vingt ou trente ans, dans les couloirs des glorieuses ambassades de feu la France en Afrique. Son épaule craque et il laisse échapper un long soupir au moment de lever le bras vers les couverts. Il prend un pigeon, le dépose avec finesse et tact dans l'assiette de @Jacques Messiano. Le temps qu'il en prenne un deuxième, les dents trop blanches de ce dernier ont déjà entamé la chair brune du volatile avec vorace, sous mes yeux ébahis. Au moins, on saura tout de suite si ces pigeons font voyager. Le deuxième est pour moi. Sans me regarder, il se saisit d'un troisième, le dépose dans son assiette, le décale délicatement à gauche. Repose les couverts. Prend son couteau en argent, sa fourchette, découpe un petit morceau, et d'une légèreté typique des fils de bourgeois habitués des banquets de la haute, amène le tas de protéines à ses lèvres fines. Il mâche lentement, déglutit bruyamment, se saisit de sa serviette impécablement pliée et s'essuie le pâle pourtour de son orifice, avec des manières exagérées de vieille noble qui se repoudre le pif. Et en amorçant un second mouvement de découpe de l'animal qui gît dans son assiette, il me répond, enfin : "oui." Et il enchaîne : "Cher Igor, que pensez-vous du Général Boris ? C'est un homme fascinant, ne trouvez-vous pas ?"

 
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