C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

Lucas Morel

22 ans
Homme
Stagiaire
Vit à Berlin, Allemagne
Devise : "Que le monde saute ce n'est pas mon affaire" - Etienne Daho
Bio : Enfance normale, si ce n'est que ses parents vivent toujours ensemble, à Rennes. Une sœur, quelque part, il ne sait plus trop où, Lille ou Strasbourg, il est perdu. Échoué en Allemagne, sans vraie raison il était venu, s'était amouraché, ça n'a pas duré et il est resté. Ça fait deux ans.
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Son histoire a lui

Le premier colis
0 votes - le 16 Nov 2014 à 11:14

Noé a interagi avec moi :
« Mon cher @Lucas Morel Le lundi 17 de ce doux mois de novembre, vous allez recevoir un colis.Ce sera le plus précieux des cadeaux que vous ne puissiez jamais recevoir, votre survie.Il contiendra un flacon rempli d’un liquide translucide, et un comprimé bleu.La substance contenue dans le flacon est une arme efficace contre tout individu qui en voudrait à vos biens, ou à votre personne.Ce merveilleux produit s’utilise de différentes manières : Quelques gouttes disséminées autour de votre demeure feront fuir les rôdeurs et autres personnes mal intentionnées ; Pulvérisé sur votre potager ou dans votre verger, il dissuadera les voleurs de denrées de revenir une seconde fois ; Enfin, en cas de danger imminent, une cuillère à café de cette substance versée dans une préparation culinaire, ou dans une quelconque boisson, rendra inoffensif tout invité indésirable.Mais avant même d’avoir posé votre main sur ce flacon, il vous faudra IMPERATIVEMENT absorber le comprimé bleu, c’est l’antidote.Ce jour sera Le jour du recommencement. Le jour du premier pas des Elus vers un monde meilleur.Et rappelez-vous, le chaos approche, il faut s’en prévenir.Votre fidèle et dévoué serviteur, Noé »

En souvenir du Mexique
0 votes - le 14 Nov 2014 à 21:52

Gilles de Salm a interagi avec moi :
  Je viens de prendre une résolution, c'est décidé, je quitte la direction de la feuille libre, l'heure est trop grave.                                                                               A quoi cela sert-il de faire le guignol aux infos, il y a assez de monde pour çà, sinon pour devenir un playmobil. Le directoire s'est réuni: La feuille libre restait, elle serait distribuée sous le manteau par@Eric Sawal , il connaissait la rue et puis malgré sa grande fatigue@Jesus routier pourrait l'aider en assurant une part du transport . Mais qu'est ce qu'ils croyaient ces illuminés; que la survie se conjugue au futur, qu'on pouvait écrire un petit scénario personnalisé, avec épisodes; Saison 1, saison 2 etc...Qu'il suffisait d'écouter les infos@France BN@FranceIndé   en bouffant un plat de pates et puis fumer des beuzs, jamais entendu parler des Clash , ces gens là.                                          je voulais aussi essayer de sensibiliser les@EveillésManifeste , leur faire comprendre que la France c'était pas l'Espagne que la situation avait empiré. Mamzelle book@Matt qui disait: Il faut prendre des risques. Que de plus en plus de gens revendiquaient une plus grande prise de conscience, que seul le vrai art pourrait sauver cette révolution en marche @Deadlock . Tous les jours il y avait de nouveaux jeunes qui s'engageaient comme@Anja  @Sabrina d'autres mettaient en pratique le survivalisme@Georgette   et surtout@Ada Erasom Camarade@JeanClaude Dubonetvoulait solutionner le problème de l'argent , il était pour le troc pur et dur                                                               @Anaëlle je veux te dire combien je suis désolé pour @Marc'harid tu sais@Auguste dit qu'un jour l'amour gagnera et@Azizet @Dr Lavigne Mathieu qui soutient beaucoup@Jesus routier te conseille de rester cool pendant quelques temps , personnes comme@Jean Devers Cray qui croient là une autre Europe celle de nos vraies valeurs à nous les gens.                                                 D'autres comme @Charlotte mangeaient la vie à pleines dents rien ne semblait les toucher vraiment ils flottaient litérallement au dessus du chaos et de la mélée, pourtant tout devenait très dangereux j'avais déjà pourtant prévenu@Alicia que la police devait avoir mis sur écoute.@Liza Papanov me faisait peur car elle prenait de plus en plus de risques. En fait y'avait beaucoup de fachos sur les rangs et de crapules pretes à tout et chacun avait son petit malin.                                                                           je dis pas que tout était pourris, loin de là, je voulais montrer que le pouvoir s'offrait une petite séance de brainstorming, c'était une bonne occasion pour utiliser les nouvelles tecnologies et de mettre en oeuvre du Big Data bien trié.@Lucas Morel parlait d'insectes terrifiants et stupéfiants quelle horreur@Alexandra Lagneaux une infirmière engagée faisait tout ce qu'elle pouvait pour lutter contre çà .  Et puis beaucoup proposaient des vivres du poisson frais toute la famille@DELAQUAIRE Jacques @DELAQUAIRE PaulA tous je disais. Regardez l'aboutissement du clash final au Mexique, 43 pauvres étudiants cramésvite fait bien fait avec la bénédiction du cartel, Las-bas l'état ne controlait plus rien. Pour beaucoup le chaos est au bout de la fourchette (Clash city Rocker). Est ce que les mafias Corses Italiennes Albanaises et serbo croate n'existaient pas ?- Est qu'en Europe il n'y avait jamais eu la guerre en Europe ? est ce que la nouvelle qui se préparait entre les faux frères Russo_Ukrainien allait etre plus belle ?, j'aimerais que@JB Monnayer m'en parle vraiment.PS:@Treizh je ne t'oublie pas dans mes pensées, mon fils est sur la route des PO

Des insectes stupéfiants
0 votes - le 14 Nov 2014 à 10:26

Le vieux belge a réussi à m’appâter avec ses plans. Il échange certains produits destinés à l’aide humanitaire de la fondation contre des bestioles. Bon, c’est son dada, c’est pas très ragoûtant. Mais ça m’a mis la puce à l’oreille, je peux faire la même chose. Pas pour acheter des papillons et des scarabées sous verre, mais des petites larves blanches, bleues, roses répondant aux doux noms d’amphétamines, ecstasy et autres psychotropes. Pas folle la guêpe !Il faut évidemment qu’Anne n’en sache rien : elle prendrait la mouche. Je dois aussi trouver un moyen pour la calmer, je sais qu’elle veut se tirer d’ici, et ça, ça ne fera pas mon affaire.

Le piège de la fondation Léopold 2
0 votes - le 10 Nov 2014 à 19:40

C'est seulement là, arrivés dans cette cour, devant ce chateau, là où on n'avait clairement rien à faire que j'ai commencé à avoir des doutes. Julie ne nous avait rien dit de cette asso, ce qu'ils font exactement, ni pourquoi, ni comment elle en a entendu parler. Et on ne lui avait rien demandé, c'était une telle aubaine.

Mais, complexe de classe ou pas, en arrivant, j'ai pensé : et si c'était un traquenard ? On est vraiment deux pauvres provinciaux débiles si on a réussi à se faire avoir par une bourge reconvertie dans le recel de clopes.

0 votes - le 10 Nov 2014 à 17:37

Gérard a interagi avec moi :
Bonjour@Lucas Morel  c est Gérard un bon gars de l est
 comme vous si cela vous tente je fais plusieurs  aller retour Paris Nancy avec mon camion dans la semaine et puis les cigarettes belges ça m interesse je suis un peu dans le commerce, alors si ça vous dit avec GéGé on peut toujours s arranger.
PS; Vous pouvez aussi demander à @Jesus routier  
A+

Ces français qui vivent bien la crise
0 votes - le 10 Nov 2014 à 17:15

On est partis ce matin. Hier, Anne en a profité pour rendre ses bouquins à la BU (on ne sait jamais, ils vivent tellement en dehors de la réalité qu’ils auraient pu essayer de lui faire payer des frais si elle les retournait après la date butoir). Elle a essayé de rassurer son mari, mais traverser la France n’a sans doute jamais été si peu sûr depuis l’affaire Francis Heaulme. On a menti à Ali, il ne sait pas qu’on part en stop, il ne nous aurait jamais laissés partir. On n’a pas non plus appelé Maman, elle aurait inventé des nouvelles histoires pour qu’on reste à l’écart.Je n’avais pas fait de stop depuis mes 18 ans et mes derniers festivals bretons, pareil pour Anne. On a eu une chance de malade : un type nous a pris à la sortie de Strasbourg, il allait jusqu’à Nancy pour des « affaires », on n’a pas osé demander de quoi il s’agissait exactement. Il avait l'air louche. Avec les évènements récents, on peut s’attendre à tout. Le début du trajet a été très tendu. Quand on a vu le coffre plein on a compris. Il fait du trafic de bouffe le gars, il achète des trucs en Allemagne et les ramène à Nancy (parce qu’à Strasbourg tout le monde va faire ses courses à la frontière). Il était hyper sympa, et je crois qu’il n’a jamais aussi bien gagné sa vie que depuis qu’il était dans le marché noir. Il nous a laissé des gâteaux et du coca. Bien mieux que leurs paniers citoyens ! Par contre, à Nancy qu’est-ce qu’on a galéré ! Il faisait méga-froid, et personne ne voulait sortir de la ville apparemment. Il faisait presque nuit quand une jeune femme nous a pris. « Je ne vais pas à Paris mais à Versailles, si ça peut vous dépanner. » On est évidemment montés. « Je ne prends normalement pas les gens en stop vous savez, mais depuis la crise, je me sens aventurière. » Comme le conducteur précédent, elle n’a pas du tout eu peur de nous dire ce qu’elle faisait pour survivre :« J’ai enfin trouvé du travail. Avant la crise je n’arrivais pas à me faire embaucher, j’ai un master d’histoire vous savez, mais que voulez-vous faire avec ça ? Maintenant je revends des cigarettes du Luxembourg ou d’Allemagne en région parisienne. Ça me fait un bon petit pactole pour l’instant, je peux manger à ma faim. Enfin quand les magasins sont ouverts et qu’ils ont des produits ! » On en revenait pas, elle se marrait. Apparemment, ce n’était pas la crise pour tout le monde en France.Il faisait nuit quand on arrivait à proximité de Versailles. « Vous avez où vous loger ? » On n’y croyait pas, allait-elle aussi nous héberger ? « Non, non je ne peux pas, c’est trop petit chez mes parents. Mais j’ai entendu parler d’une asso belge dans le coin qui aide les français démunis. Si ça ne vous gêne pas de quémander nos voisins wallons, ça peut être une bonne idée non ? »On ne pouvait pas se permettre de dire non. On ne s’attendait en tout cas pas à arriver dans la cour d’un château. C’était devenu plus facile de traverser la France en stop depuis qu’elle était en crise !

Anne, ma sœur Anne
0 votes - le 05 Nov 2014 à 20:18

Ça faisait deux ans que je n'avais pas vu ma sœur. Depuis que j'étais parti en Allemagne et qu'elle s'était convertie à l'islam. Il n'y avait évidemment aucun lien entre ces deux évènements, si ce n'est une commune soif intarissable de changer de vie. Complètement. On s'était perdus de vue, du jour au lendemain.J'ai peut-être trop forcé sur le sourire quand je l'ai vue portant un voile puisqu'elle a dit :"Et tu as de la chance, on aurait pu se retrouver en plein ramadan. Au moins on va pouvoir manger ensemble.- Non non, je...- Je blague Lucas, t'es con."Elle m'a pris dans ses bras comme avant. C'est fou comme ça faisait du bien."Ali bosse ce soir, on mange en ville ?"On a choisi une pizzeria tout près de la gare, soit dit en passant encore plus moche que celle de Berlin. Anne a pris une napolitaine, j'ai demandé une quatre fromages."Tu sais Lucas, tu peux manger du porc devant moi, je m'en fous.- Je suis végétarien."La pizza était bonne, à aucun moment l'atmosphère n'a été tendue, contrairement à ce qu'on s'imaginait tous les deux."Les meufs à Berlin, elles portent le voile différemment.- Je vais pas le porter à la turque ! T'es fou toi, la honte, ça craint !"On s'est beaucoup marré, on a parlé de tout et surtout de rien, d'avant, un peu de la "crise", de Berlin et d'Ali. Je lui ai fait part de mes craintes concernant Papa, des mensonges de Maman. Dans le tram c'était décidé, elle plaquait la fac ("C'est quoi l'intérêt de continuer à y aller en ce moment de toute façon ?") et on allait trouver un moyen pour traverser la France et gagner la Bretagne.

marche blanche pour Nadia
0 votes - le 05 Nov 2014 à 09:57

FranceIndé a interagi avec moi :
mercredi 5/11/2014 à midi à Paris et Limoges, grande marche blanche pour  Nadia. "Cette mort pour un bout de pain n'est que le début, s'insurge Guy, étudiant à sciences-Po depuis le camp des Eveillés à Paris. Nous organisons demain une marche blanche simultanée à Paris et Limoges. Que tous ceux qui veulent y participer nous rejoignent!" Guy a déjà envoyé un message sur les réseaux sociaux, il espère un élan de solidarité nationale pour prouver aux dirigeants que tout cela va trop loin.Chers followers si vous souvez la marche blanche renseignez aussi FranceIndé: message à:@George Decointe @Alex V. @Stalker @Alexandre Potache @Phan Thi Cuy @Marie Dujardin @Capucine Cher @Article 50 du TUE @Maria Renard @Lucas Morel @Xavier 

Sur la route
0 votes - le 04 Nov 2014 à 19:09

Conséquence de la crise en France, ce matin j'ai perdu mon travail en Allemagne. Affolée par la chute du Franc et l'instabilité politique, et surtout loin d'être rassurée pour la suite des évènements, l'entreprise qui m'embauchait a décidé de couper tout contact avec les entreprises françaises jusqu'à nouvel ordre.Je me suis finalement rendu au meeting de l'Institut français, pour profiter des offres de covoiturage. C'est maintenant le seul moyen de rentrer en France. J'en ai trouvé un assez facilement : tout le monde veut rejoindre sa famille. J'ai expliqué au conducteur ma situation, bien sympa, il m'emmène à Strasbourg pour 10 €.Il travaillait à l'ambassade, sa mère est malade, avec les évènements, il préfère être à ses côtés. Avec nous voyagent un couple de parisiens et une étudiante Erasmus. Rester en Allemagne les faisait culpabiliser. On est partis vers dix heures, j'avais le plus gros bagage : mon sac à dos pour aller travailler, avec mon sandwich pour la pause-repas.On a discuté pendant plus de huit heures, on était tous très tendus, anxieux. J'ai pris la mesure de ce qu'il se passait en France et que je ne voulais pas entendre : il y a même des rumeurs concernant un assassinat dans une boulangerie, aujourd'hui à Limoges. Pour une baguette, une bagatelle ! Comment peut-on en arriver là ? J'ai voulu faire demi-tour, j'étais finalement bien tranquille à Berlin. J'aurais dû écouter Maman. Mais je veux savoir ce qu'il est arrivé à Papa.Je viens d'arriver à Strasbourg, il faut que je trouve Anne.

Aller voir la mer
0 votes - le 02 Nov 2014 à 20:05

Parce que ma mère n'est pas allée fleurir la tombe de grand-mère, parce qu'elle m'a assuré que mon père allait bien, allait très bien même, il ne se plaint plus de son dos, et qu'il était bien trop occupé ne serait-ce que pour me saluer au téléphone, parce qu'elle m'a confié avoir essayé d'appeler Anne, je sais qu'il est arrivé quelque chose à Papa.Je ne vais pas pouvoir rester indéfiniment à Berlin. Je finirais par me rendre aux réunions bi-quotidiennes à l'Institut français, la plaie, tout ce qui se passe en France m'indiffère. Sauf Papa. Je veux en avoir le coeur net, que Maman arrête de me mentir. J'étais tellement énervé que j'ai décidé d'aller courir à Tempelhof, l'ancien aéroport de la ville.Je crachais mes poumons et il faisait extraordinairement beau. Le soleil, bien que bas, refusait de céder sa place aux nuages. L'immensité du parc, dépourvu du moindre arbre, les cerfs-volants, les cris des enfants, et surtout ce vent puissant et continu, sûr de sa force comme le vent breton : la mer me manquait. Les corbeaux riaient comme des mouettes, les herbes hautes moutonnaient, l'air devenait salé ; la mer montait dans ma tête. Si un bateau pouvait venir me chercher...Quitter Berlin, retrouver Anne après deux ans, aller ensemble voir ce qu'il se passe à la maison, être avec Maman, aller voir la mer. C'était tout ce qui comptait, la France pouvait tomber, je n'allais pas tomber pour elle.

Comme un goût de rideau de fer dans la bouche
0 votes - le 01 Nov 2014 à 10:55

Impression désagréable d'avoir eu raison, ça n'a pas loupé, mon téléphone a sonné plusieurs fois. Ma mère d'abord. J'avais eu le temps de voir les infos en français sur Arte avant. Il y avait un effet comique à voir le visage de la journaliste allemande qui était doublée avec une voix féminine complètement paniquée. Je devais être insensible ou insensé. C'est ce que ma mère semblait penser aussi. Elle m'interrompait à tout bout de champ, ne répondait à aucune de mes questions sur Papa. On tournait en rond, à court d'arguments, elle se répétait."Profite que tu le puisses encore pour vider ton compte en banque.- Maman, c'est déjà fait, j'ai pas un rond."Ici, tout était relativement tranquille. Bien sûr les médias avaient critiqué la situation française, les politiques avaient glosé, mais "Mutti Merkel" était restée silencieuse. Il faut bien le concéder, les berlinois étaient imperturbables. La communauté française de la ville s'est émue, un rassemblement a eu lieu à l'Institut français je crois bien. J'ai dépêché un collègue pour me donner bonne conscience. Je suis resté au chaud dans ma chambre. Forcé d'écouter les suppliques de ma mère, je regrettais mon choix. Mais je savais pertinemment que je n'irais pas à la nouvelle réunion le lendemain. Aucune envie d'entendre le babil des expatriés, de supporter le brouhaha des émigrés. Devoir avoir un avis, la prochaine étape, participer aux décisions, pire en proposer, agir."Ne fais pas n'importe quoi Lucas !"Au supplice, j'ai fini par promettre que je resterai ici, privilégié. En sûreté, ne pas bouger, ça m'allait.J'ai soupé sans la télé. Aux toilettes, je n'ai pu répondre quand ma soeur m'a appelé. Je me souviens avoir pensé ensuite qu'elle savait que je ne décrocherais pas. C'eût été désagréable pour chacun, malaise aux deux bouts du fil.J'ai couru ce matin à la gare centrale. Tous les trains pour Strasbourg avaient été annulés, on ignorait mes questions. J'étais bloqué à Berlin ouest pour une durée indéterminée. Le soleil brillait et le vent glaçant me vivifiait.

Die Anarchie in Frankreich
0 votes - le 31 Oct 2014 à 15:11

C’est vrai que j’ai mis du temps à réagir. Le ciel était maussade, j’étais pourtant scotché sur mon écran, essayant de travailler. Je venais de voir que j’avais été payé, enfin un virement avait été effectué sur mon compte, j’avais été « rétribué » pour mon stage, et même ici, ça annonçait des jours maigres. Un mois rachitique oui, même en n’achetant que du pain turc et des pâtes pour les jours fastes, il allait falloir faire sacrément gaffe. Tiens, deux dinosaures du genre Denver viennent de passer dans la cour intérieure sur des vélos. Ah oui, c’est cette connerie d’Halloween. Je passe ce soir chez Joe ? Tous ces anglais et américains seront super déguisés, j’aurais l’air d’un clown. Le ciel n’était plus le seul à tirer la gueule, mon avenir très proche s’assombrissait aussi. Ça me fout la rage cette blague : bosser quarante heures par semaine (et oui, on rigole pas dans ce pays) et devoir compter chaque piécette cuivrée. Autant dire que cette nouvelle aurait dû attirer mon attention, j’aurais pu me sentir concerné. Si seulement il était possible que quoique ce soit se passant en France m’intéressât encore. J’ai vu passer un article sur l’écran, oui je me rappelle bien une photo de Valls, je n’ai pas saisi le titre au premier coup d’œil, deux mots dont le verbe que je ne comprenais pas, alors j’ai laissé tomber. J’ai dû penser : encore une petite phrase qui a fait grincer des dents des deux côtés de l’Assemblée. Mais voilà, il commençait à faire nuit – c’est qu’il était déjà 16h – et ma traduction était loin d’être aussi avancée que le jour.Je n’arrivais pas à me concentrer, je me massais les paupières en pensant qu’il serait bien que cette nouvelle carte, ersatz de feue ma carte vitale, arrive. Les heures d’orthoptie que je n’avais pas pris le temps de faire à la fac, elles commençaient à me manquer : il va me falloir des lunettes pour travailler. Ça va encore me coûter un bras, ou pas ceci dit, il faut que je me renseigne sur la prise en charge ici. On avisera ensuite. Entre mes doigts moites, mes yeux sont tombés sur un autre article, avec une photo différente du premier ministre, et cette fois ça m’a interpellé, parce que je n’avais pas reconnu Valls sous cet angle. Intéressant choix de la rédaction du Zeit, les allemands vont-ils le reconnaître si je n’ai pu le faire qu’après une bonne poignée de secondes ? Et cette fois j’ai compris le titre instantanément, c’était si limpide que j’ai eu l’impression qu’il était écrit en français. Die Anarchie in Frankreich : Kapitulation des Premierministers!  J’ai regardé autour de moi, je me souviens bien avoir eu peur qu’on se rende compte que je n’étais pas en train de travailler sur ma traduction.Mais personne ne me prêtait évidemment la moindre attention. Ils n’avaient pas lu, ou ça ne leur semblait pas aussi dramatique que le dépeignait la presse allemande. Je dois dire que j’ai pensé ça parce que ça m’arrangeait bien. Ça me permettait de partager cet avis imaginaire, mais ils auraient tout aussi bien pu être amusés ou inquiets de la nouvelle. Et j’aurais dû choisir aussi, sinon la panique ou la franche rigolade, au moins un état d’esprit entre les deux. Placide, la seule chose qui m’inquiétait alors, parce que la traduction, je l’avais soigneusement oubliée, c’était que ma mère allait immanquablement m’appeler le soir. Elle allait m’enjoindre de rentrer sans plus tarder en France ; ou me l’interdire et se lancer dans des adieux larmoyants.

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