C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
0 : 00 : 00 : 00
Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

Ren

28 ans
Femme
Hacktiviste
Vit à Paris
Devise : Suis le lapin blanc
Bio : Un jour j'ai voulu me faire un tatouage. C'était pas longtemps après que j'ai jeté ma carte d'identité dans un caniveau, avec le reste du contenu de mon sac. J'avais vidé le peu que j'avais sur mon compte, et je gardais tout dans une grande enveloppe en kraft, cachée dans le fond de mon sac à dos. Ras le bol de Big Brother, ras le bol de cette vie merdique et étriquée, ras le bol des souvenirs crasseux dans la cour de la maison du père. Je m'étais trop habituée au moche et je me suis dit que ça suffisait.Alors j'ai pensé me tatouer un petit soleil ou un petit Carpe Diem. J'en suis ressortie avec un lotus qui me couvre la moitié du dos. Voilà comment je suis devenue Ren. J'avais 22 ans et pour toutes possessions une paire de Converse, un jean, un t shirt, un pull, un vieux perfecto et une enveloppe avec 300 balles dedans. Je suis de ceux qu'on appelles les marginaux. J'ai vécu dans des squats, j'ai mendié dans le métro, j'ai fait des petits boulots. Et puis je suis allée manifester dans des ZAD, je me suis pris des flashballs, j'ai appris à programmer sur un coin de palette à Notre Dame des Landes et puis voilà que la société s'effondre, qu'on me dit.Moi je m'en balance, j'ai déjà vécu avec carrément moins que 40eu par semaines.
Par
1
150 points 0
6 associés

Son histoire a elle

Mission 070, Jour 19 - Nom de code définitif : Schtroumpf tueur
0 votes - le 25 Nov 2014 à 20:38

Marty Chaud a interagi avec moi :
J'ai passé toute la journée à me (re)préparer au carnage. Je suis sorti alors que la nuit était tombée (donc à 18h, je hais l'hiver). J'ai alors été surpris de voir que nombre de personnes errant dans les rues sans savoir quoi faire. J'emploie le verbe "errer" mais je ne sais pas si cela traduit efficacement leur état. Ces personnes sont comme bloquées, elles ne bougent pas, stagnent. Elles restent comme ça des jours durant, sans bouger, sans dormir, sans ressentir ni chaud ni froid, ni faim ni soif. Il me semble qu'elles ne pensent même plus. Elles semblent figées dans le temps, abandonnées de tous. Franchement, c'est pas une vie. Je me ferai un devoir de les achever. J'en fais le serment, j'en viendrai à bout. Il faut pas laisser souffrir les gens comme ça, c'est pas humain. J'ai aperçu une jeune femme qui n'avait pas l'air bien en point. J'ai regardé sa montre. Les aiguilles ne tournaient plus, et la date ne s'était plus actualisée depuis une dizaine de jours. J'ai fouillé ses poches, surtout les poches arrières, jusqu'à trouver son porte-feuille, dans lequel se trouvait sa carte d'identité. "@Ren ". Bien décidé à en finir, j'ai levé mon bazooka, l'ai posé contre sa tête, et lâché la bête. Et paf, chocapic. Gout cerise, vu la couleur pourpre qu'avait pris le sol aux alentours.#kill

Like a Boss
0 votes - le 14 Nov 2014 à 13:27

J'y suis arrivée. Je pense être en overdose totale de caféine, et avoir été d'une humeur massacrante avec tout le monde ces derniers jours, mais j'ai réussi. J'ai trouvé la personne que BlakCat cherchait. Elle habite à Shanghai, et j'ai un dox complet sur elle.Je pense que je vais dormir pendant les quatre prochains jours au moins.Dee a posé une assiette de poulet frit devant ma porte, c'est une vraie mère pour moi, j'avoue que j'ai complètement oublié de manger et que c'était franchement bienvenu.Tchavo reparle enfin, et hier il a ramené un genre de fauteuil Emmanuelle en rotin qu'il a suspendu dans la cour. Les mômes s'en servent comme balançoire, et j'ai vu un sourire sur son visage pour la première fois depuis Hannah. Bon, je viens de m'endormir sur mon clavier, j'ai la marque des touches gravée sur mon front, je crois qu'il est temps que je me couche.Le monde ne va pas s'écrouler pendant mon sommeil.

Fatigue
0 votes - le 09 Nov 2014 à 00:47

Je suis épuisée. Je suis à deux doigts de jeter mon ordinateur par la fenêtre.

BlakCat m'a demandé un service et je suis dessus depuis quasiment 15H. Il veut que je lui retrouve quelqu'un ce qui est relativement simple dans l'absolu, sauf que cette personne réside en Chine, et qu'il y a je ne sais pas combien de millions de personnes qui ont accès à Internet là bas, sans compter le nombre de gens qui s'appellent pareil.

Et sans compter que je ne parle absolument pas chinois.

Ce serait pour n'importe qui d'autre je pense que j'aurais dit merde, mais Blak me rend des services, Blak est fiable et Blak a promis de me créer un compte rempli de Bitcoins. Je suis partagée. Mais c'est tellement le bordel en ce moment qu'une solution de repli capitaliste me paraît presque envisageable.

Parce que figure toi qu'on a eu la visite ce matin du propriétaire de l'immeuble. Enfin de son avocat. Et des flics.

Figure toi que l'immeuble appartient à une banque. Y a de quoi se rouler par terre de rire je t'assure. 10 ans qu'il est vide, 5 qu'il est squatté et il se réveille aujourd'hui. Et pourquoi? Parce que sa seigneurie pense pouvoir le revendre à un fond d'investissement. Quand l'avocat m'a dit avec sa petite bouche pincée "mais les temps sont durs pour tout le monde mademoiselle" il a fallu que Slimane me retienne. Je l'aurais défoncé.

Monde de merde.

Je crois que je vais dormir un peu. Si j'arrive à me calmer.

Reinstall
0 votes - le 07 Nov 2014 à 22:36

Mary Xue a interagi avec moi :
-------------07/11/2014---------

Des gouttelettes d’eau grandissaient sous l’évier avant de retomber.

“Plik… … plik…”

Les perles d’eau martelèrent l’empilement d’assiettes et de couverts sales avec rythme. L’évier s’était rempli sans se vider durant toute la semaine.

L’atmosphère régnant dans le studio était stagnant et sans vie. Aucun appareil électronique n’était allumé, pas même une horloge. La lumière du jour perçait avec difficulté à travers les volets fermés du studio.

Mary était recroquevillée sur le canapé. Plongée dans un état de torpeur, elle contemplait le mur vide du studio. Son esprit, sans but, était à l’arrêt. Elle ne divaguait pas, elle ne errait pas. Elle se contentait juste d’attendre. Attendre quoi au juste ?

Une seule chose : Charlie.

Lorsque Charlie avait parlé et avait offert toute son affection à la mère qui l’avait abandonné, Mary n’avait put s’empêcher d’éprouver un vive dégoût. Elle s’était alors enfuit du studio, corrompu par la rage. Cependant, lorsqu’elle s’était retournée très tard au studio, Charlie n’y était plus. Pensant que Charlie était parti à sa recherche, Mary avait attendu toute la semaine, cloîtrée dans leur antre, de peur de le rater.

Au cours de cette semaine, des sentiments étranges et nouveaux s’étaient emparés de Mary : L’inquiétude que quelques chose soit arrivé à Charlie.
Mais des sentiments noirs s’y étaient emmêlés : La colère d’avoir été abandonné par Charlie. L’inquiétude de l’avoir perdu, ainsi que l’accès à sa force phénoménale. Le soulagement d’être débarrassée d’un poids dont elle avait la responsabilité pendant des années. Et enfin, la culpabilité de ressentir ces émotions.

Peu importe à quel point elle aimait Charlie, elle ne pouvait s’empêcher de le considérer, en partie, comme un outil irremplaçable pour la survie…

Pendant cette semaine d’hibernation, Mary avait eu le temps d’accepter cette nature grotesque comme un élément indissociable de son humanité. Tout comme sa nature humaine l’empêchait de déconsidérer les choses utiles à sa survie, cette même nature humaine était celle qui poussait Charlie à chercher l’amour des autres. Et c’est pourquoi, Mary ne s’autoriserait pas à se mettre en colère contre Charlie si jamais il l’avait vraiment abandonné pour Qin.

“Toc toc,”


Lorsque quelqu’un frappa à la porte, le bruit atteignit les tympans de Mary et stimula son cerveau. Une étincelle de vie la réanima.

Elle se précipita vers l’entrée, se cognant contre une étagère. Elle tourna les clefs et ouvra la porte violemment.

“Charlie !... ?!”

Devant elle se trouvait un tout autre individu. Un petit vieillard asiatique en vêtements traditionnels chinois se tenait solennellement sur le palier. Malgré son crâne dégarni, sa longue barbe blanche et soyeuse inspirait le respect de l’âge.
Derrière le vieil homme, Mary aperçut brièvement deux hommes.

“Maofu ?” laissa échapper Mary, avec un léger ton de déception.
“??!” Maofu gifla Mary.

Il repoussa Mary à l’intérieur du studio, et s’invita avec les deux autres hommes.

“Tu te rends compte à quel point je m’étais inquiété ? Tu ne réponds plus au téléphone et tu ne viens plus à l’Aesop ! Je pensais que la DGSI t’avaient vraiment attrapé !” Le visage de Maofu était écarlate.
“Je suis venu avec deux de mes amis pour négocier ta libération, en pensant que ta disparition était un appât !” dit-il en pointant du doigt les deux personnes armés jusqu’au dent à côté de lui.
“D...désolé,” lâcha Mary. Il carressa la tête de Mary.
“Dis moi ce qui ne va pas, petite,” dit-il avec autorité à Mary.

Mary lui raconta ses mésaventures : L’appel de Qin et la disparition de Charlie. Il écouta attentivement et hocha la tête régulièrement. Lorsqu’elle conclut son récit, Maofu soupira.

“Eh bien, petite ? Qu’est ce que tu fais maintenant ? Tu me déçois ! N’es-tu pas un hacker ? Tu n’est même pas capable de tracer Qin ?” Maofu sermonna Mary.

“Je ne suis pas un détective privé… Je ne sais pas faire ça,” Mary détourna honteusement le regard.

“Ah, c’est vrai, tu n’as jamais été très fine pour ce genre de job. Tu es plutôt du genre à rentrer dans le lard… Dans ce cas, le mieux, c’est de t’associer avec un autre hacker qui pourra t’aider…”

Mary considéra la suggestion. C’était la première fois qu’elle avait besoin d’aide. En général, la force de Charlie et ses compétences en piratage suffisaient pour régler ses problèmes.

Maofu eut un rire narquois. “Bon, allons à l’Aesop. Je ne peux pas te laisser toute seule sans surveillance, maintenant que Charlie n’est plus là.”

Mary sourit, elle avait autant besoin de Charlie qui lui en avait besoin. Elle le ramènerait à l’Aesop, peu importe le prix.

Ils partirent pour la rue Montgallet. Une fois arrivés, Mary fut surprise par les changements. L’ambiance était devenu tendu et les vendeurs chinois avaient des discussions très animées.

“Hein ? La France retourne au franc ?” Mary demanda avec un ton amusée avec une expression impassible. “C’est une blague ?”
Maofu secoua la tête. “C’est très sérieux, petite. Nous ne sommes pas directement touchés puisque nous avons une grande partie de notre richesse en bitcoin et en dollar sur nos compte à l’étranger. Le problème, c’est que tout le reste de l’économie coule…”

Mary haussa des épaules. Elle n’était pas très intéressée pour le moment. Charlie la préoccupait beaucoup plus.

-------------Dans une salle, un niveau au dessus de l’Aesop Techshop----------

Maofu avait ramené Mary chez lui. Les équipements de pointes de l’Aesop seraient indispensables pour que Mary parvienne rapidement à ses objectifs. Et Maofu, qui pourrait gagner énormément d’argent en revendant ou en louant ces produits, lui a gracieusement permis de les utiliser. C’est pourquoi, Mary ne gaspillerait pas cette gratitude et se mit immédiatement au travail.

Complètement absorbée par les moniteurs du pc, les mains de Mary dansèrent sur le clavier. Dans cette valse numérique, Mary en oubliait son identité et devenait BlakCat. Ce n’était pas tant pour la finesse de son travail, que pour son comportement lunatique envers les autre qu’elle avait choisi BlakCat en tant que nom : BlakCat était indépendant et choisissait ses missions.

Habituellement, Mary et Charlie se contentaient de remplir des jobs basiques et sans risques afin de survivre. Mais de temps à autres, lorsqu’un projet s’avérait intéressant ou quand Mary avait besoin de se dégourdir, elle s’associait volontiers à des groupes afin de remplir des missions de hautes difficultés et d’aiguiser ses compétences en piratage. Néanmoins, Mary n’a jamais voulu s’associer ni former de “groupe” à long termes avec d’autres hackers.

Par un heureux hasard, elle avait retrouvé un ancien contact approché sur le réseau Freenet. A l’époque, ce contact se nommait “Lotus” (@Ren  - Mais cette personne avait peut-être changé d’alias entre temps ?-). Remarquant que BlakCat était à nouveau en service, Lotus le sollicita immédiatement pour un “Bank Job”.

Lotus avait découvert une faille dans une banque et souhaitait l’exploiter sans se faire attraper. Il avait donc besoin de semer la traque de la sécurité en place. BlakCat devait l’assister pour esquiver ces traques. BlakCat força plusieurs comptes en Chine, et en donna les droits d’administrateur à Lotus.

En faisant transiter les fonds, les traces se perdaient dans des milliards d’autres transactions d’un pays étranger. L’argent serait recentralisé dans un compte HSBC, sous forme de Yuan. Enfin, les bureaux de change française se feront une joie de pouvoir d’échanger l’euro en chute pour des monnaies plus stables.

BlakCat envoya un message à Lotus. “Que ce soit claire : je n’ai pas besoin d’argent. Je t’aide à échapper la sécurité à l’unique condition que tu m’aide pour retrouver ma famille.”

Pas si loin que ça?
0 votes - le 07 Nov 2014 à 13:45

J'ai décidé de prendre l'argent pour Dee. BlakCat - mon contact sur Freenet - m'a aidé à le faire transiter sur plusieurs comptes en Chine et normalement, je devrais pouvoir recevoir tout ça dans le courant de la semaine prochaine, sur un compte temporaire que Blak a créé pour moi chez HSBC. Je sais que je peux compter sur lui, c'est pas la première fois qu'on fait des trucs ensemble.

Pourtant je ne me sens pas hyper bien. J'ai l'impression d'être mon père. Quoique je ne vais pas chez des vieux leur sur-facturer des travaux de charpente, mais quand même.

Ce qui compense c'est le visage de Dee quand je lui ai dit qu'elle allait pouvoir payer sa sorcière. Awa et Bakari m'ont fait des câlins comme seuls les enfants savent, et maintenant ils m'appellent Tanta Ren, ce qui me fait bien plus sourire que je ne l'aurais pensé.

Diaratou Sy, ma Dee, va bientôt être une femme libre. Je devrais être contente. Mais je ne sais pas pourquoi j'ai un assez mauvais pressentiment.

Dilemme
0 votes - le 06 Nov 2014 à 15:51

Gros dilemme moral aujourd'hui. J'ai repéré une faille de sécurité dans le serveur d'une banque et Dee a besoin de thunes pour payer son passeur. Il y a quelques semaines j'aurais pris ce qu'il me fallait et j'y aurais pas pensé plus que ça, mais avec ce qui se passe en ce moment j'ai peur de coller des gens dans la merde. Mon contact sur Freenet pense que j'ai jusqu'à la fin de l'après midi pour me décider, à mon avis moins. Vu que c'est la panique, c'est probable qu'ils se bouclent tous, et vite. A mon avis j'ai un heure, pas plus.D'un autre côté, cette pauvre Dee est mal embarquée avec sa vieille sorcière. Elle la menace avec les esprits de son village, et si Dee ne paie pas alors elle sera maudite, et ses enfants aussi. Moi je ne crois en rien, ou en tout, c'est selon l'humeur du jour, alors parfois je comprends qu'elle ait peur et parfois j'ai envie de gueuler "religion! oppression!" et sortir mon petit Marx illustré. Sauf que ça ne sortira pas Dee de sa dette.Elle doit 12000 euros-francs-peu importe et c'est une paille dans le budget des banques et elles ont des assurances pour ce genre de truc, non? J'ai jamais eu de compte en banque. A part bien sûr le livret que mon Pépère m'avait ouvert à ma naissance et que j'ai vidé quand j'ai quitté le Vercors. Je me demande bien ce qu'il me dirait d'ailleurs. Probablement que les banquiers sont des peigne-culs. Probablement que le fils Martin va se mettre à faire du marché noir comme son grand père pendant la guerre parce que la pomme tombe rarement loin de l'arbre ma petite fille.Dans une heure je me décide. Est-ce que moi je suis tombée loin de l'arbre?

Niluca
0 votes - le 04 Nov 2014 à 23:30

J'ai passé la soirée à essayer d'apprendre les paroles de La Bohème à Niluca et j'ai tellement ri que j'ai des crampes aux mâchoires. Elle veut aller chanter dans le métro avec Tchavo qui n'en décoche pas une depuis hier. C'est la tradition de ne pas prononcer le nom des morts et pour lui ça revient à ne plus parler du tout. Alors chanter...Niluca a fait danser ses longues jupes dans la poussière en écorchant Charles Aznavour et j'ai quand même eu un petit pincement au cœur en pensant à Hannah qui dansait si bien. Au moment du "nous ne mangions qu'un jour sur deux", je me suis dit qu'elle était dans l'air du temps, finalement cette chanson. En ce moment nous sommes tous des bohémiens.

Madeleine
0 votes - le 04 Nov 2014 à 13:42

Je suis allée au marché ce matin, enfin, faire les fins de marché, ce que je fais depuis des années. J'ai jamais vu autant de monde ramasser des légumes talés à même le sol, pliés en deux comme les Glaneuses de Millet. Bon, ça ne fait même pas un an que j'habite Paris, et Slimane m'a dit que ça fait déjà plusieurs années qu'il voit des gens "que t'aurais jamais pensé voir là" attraper d'une main hésitante et honteuse les invendus laissés là par les ventrus. Il y avait une petite mamie, une toute petite dame, qui trottinait entre les cageots. Avec sa mise en plis et son petit sac à main en cuir, c'était évident qu'elle n'était jamais venue. Elle m'a regardée, et elle a dû se dire que la fille là bas, avec son chignon impossible, ses mèches roses, son jean troué et son chat sur l'épaule, elle devait savoir comme ça se passe. Moi j'aime bien les vieux, pas les semi-vieux, les baby boomers à qui on a tout donné et qui nous ont légué une planète déglinguée mais les vrais, les très vieux, comme mon pépère s'il était toujours là. La mamie, elle avait une tête de petite poupée qui porterait depuis soixante ans le Rouge Baiser de ses vingt ans. Elle est venue me dire bonjour et surtout caresser Malo. "Comment vous avez fait pour dresser ce chat à rester sur votre épaule, c'est fabuleux!" qu'elle m'a dit. Et puis elle a ri quand je lui ai expliqué l'origine de son nom. Oui, ça n'a rien à voir avec le Saint, mais plutôt avec le Chat. Chat-Malo, chamallow, les vieux aiment les jeux de mots. Elle elle s'appelle Madeleine et elle aura 85 ans le mois prochain. Je lui ai rempli son caddie et je l'ai raccompagnée en bas de chez elle. Il se trouve qu'on est quasiment voisines et qu'elle n'a pas signé la pétition pour qu'on nous expulse. Je l'aime bien. Je crois qu'on va devenir copines.

Petite Maman
0 votes - le 04 Nov 2014 à 00:45

J'ai eu la maman d'Hannah au téléphone. J'ai essayé d'appeler plusieurs fois et ça sonnait dans le vide. J'imaginais l'écho de la sonnerie dans une maison triste, une maison qui saurait qu'Hannah ne reviendrait plus.Petite Maman a pleuré, beaucoup.Hannah était une vraie princesse. Ou presque. Elle avait un "de" à son nom de famille et une chambre dans la vieille tour d'angle d'un manoir de Sologne. Elle avait un autre prénom, doux et désuet qu'elle a jeté aux orties quand elle est partie dans la nuit de ses seize ans, pieds nus dans l'herbe mouillée d'avril. Petite Maman croit que je m'appelle Reine. Je n'y avais jamais pensé. J'ai marché jusqu'à l'église du quartier, le prêtre la tient ouverte la nuit, en ces temps troublés, comme on dit. J'ai allumé un cierge pour Hannah, que je n'ai pas payé, mais si je me rappelle bien, Jésus était ami des pauvre alors il ne va pas me maudire pour deux malheureux francs, euros, je ne sais plus.Quand je suis rentrée, quelques hommes Rroms jouaient de la guitare et du violon dans la cour de l'immeuble. Tchavo était là. Il m'a regardé avec les yeux brillants et je n'ai pu qu’acquiescer. Les beaux jours il chantait pour Hannah.Tout à l'heure il m'a fendu le cœur avec quelques accords de guitare et des mots que je ne comprends même pas.

Hannah
0 votes - le 03 Nov 2014 à 22:21

Heureusement qu'il pleuvait parce que j'aurais maudit le soleil. Slimane a retrouvé Hannah morte ce matin, sur son matelas, avec Hayley dans ses bras. On aurait dit qu'elle avait des sanglots et Slimane a dit qu'il ne savait pas que les chiens pouvaient pleurer. Moi je le savais. J'ai passé mon enfance à confier mes problèmes à Duke, et je sais qu'il comprenait tout.Elle a pris toute sa came d'un coup. Elle disait déjà depuis un certain temps qu'elle ne pouvait pas être en manque, que tout le monde était paniqué à l'idée de ne rien trouver, que les prix avaient monté. Qu'elle ne voulait plus jamais, jamais faire le trottoir. "Ren, chérie t'imagines pas ce que c'est, fait jamais ça, moi je préfère crever que d'y retourner".Eh ben c'est fait.Elle était tellement belle Hannah. On aurait dit une princesse de la rue. Ou une princesse tout court. Blonde, yeux bleus, mince... Les hommes dans la rue lui disaient tout le temps "Mais qu'est-ce que tu fais avec ces traînards ma jolie? Tu pourrais être sur des podiums!". Et Hannah leur faisait des gros doigts d'honneur en leur disant qu'elle préférait mille fois être avec nous qu'être au service de ce système qui tue les gens les plus beaux, les âmes les plus intéressantes. Elle adorait les enfants, elle aurait voulu ne jamais grandir. Et elle parlait souvent de sa "petite maman" comme elle l'appelait, de ses tartes, de ses sourires et puis un jour du beau-père qu'aurait jamais dû croiser sa route.Tout à l'heure j'ai fouillé les affaires d'Hannah parce que j'ai jamais su son nom de famille, parce que j'étais même pas sûre que ce soit son vrai nom. Parce qu'Hannah, Slimane, Ren, Dee et les autres ne sont jamais que des fantômes, des invisibles. Mais moi je veux pouvoir appeler sa petite maman et lui dire qu'Hannah l'aimait, qu'Hannah était aimée. Que oui elle était étrange, vivait avec des gens étranges, dans un squat avec des artistes, des fous, des musiciens et des paumés, mais qu'elle était solaire notre Hannah, qu'elle avait des fulgurances dignes d'un poète d'un autre temps. Autrefois c'était l'absinthe qui brûlait la gorge, aujourd'hui c'est le piquant de l'aiguille au creux du bras, mais l'impuissance est la même. Rien à faire, rien à dire, rien à sauver. Juste conserver le souvenir bien au chaud contre son cœur et ne pas la laisser être enterrée sans nom comme une môme de la cloche.J'ai trouvé le numéro et j'ai les mains qui tremblent.

Lotus
0 votes - le 03 Nov 2014 à 21:14

Un jour j'ai voulu me faire un tatouage. C'était pas longtemps après que j'ai jeté ma carte d'identité dans un caniveau, avec le reste du contenu de mon sac. J'avais vidé le peu que j'avais sur mon compte, et je gardais tout dans une grande enveloppe en kraft, cachée dans le fond de mon sac à dos. Ras le bol de Big Brother, ras le bol de cette vie merdique et étriquée, ras le bol des souvenirs crasseux dans la cour de la maison du père. Je m'étais trop habituée au moche et je me suis dit que ça suffisait.Alors j'ai pensé me tatouer un petit soleil ou un petit Carpe Diem. J'en suis ressortie avec un lotus qui me couvre la moitié du dos. Voilà comment je suis devenue Ren. J'avais 22 ans et pour toutes possessions une paire de Converse, un jean, un t shirt, un pull, un vieux perfecto et une enveloppe avec 300 balles dedans. Je suis de ceux qu'on appelles les marginaux. J'ai vécu dans des squats, j'ai mendié dans le métro, j'ai fait des petits boulots. Et puis je suis allée manifester dans des ZAD, je me suis pris des flashballs, j'ai appris à programmer sur un coin de palette à Notre Dame des Landes et puis voilà que la société s'effondre, qu'on me dit.Moi je m'en balance, j'ai déjà vécu avec carrément moins que 40eu par semaines.

Suivre le Live

Témoignez dans anarchy

Produit par :
En partenariat avec :
France 4Nouvelles EcrituresTelfrance SérieINA
Le MondeLes InrockuptiblesAlternatives EconomiquesFrance Inter
Avec le soutien du :
Développé par :
France 4Europe Créative MEDIAESPCICEEA
SolicisIRI
Votre navigateur n'est pas à jour

Mettez à jour votre navigateur pour voir ce site correctement. Mettre à jour mon navigateur maintenant

Fermer