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15 Nov – Hermine disparue

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Résumé des chapitres précédents : Le médecin Gaston Ratner a décidé de se joindre au voyage d'Albert Monk et de sa famille jusqu'en Espagne.

L'affaire avait été rapidement entendue. Ils partiraient ensemble dans deux jours. Albert Monk avait repris ses esprits. Il avait reconnu le médecin, ses grands yeux ronds noirs de colère et de honte mêlés, son air d'enfant presque quinquagénaire que la vie a privé de son sac de billes. Au retour d'Alex, il avait pu manger. Le petit avait trouvé de la soupe qu'il avait dû troquer contre son casque. Alex n'en revenait pas, la vendeuse avait refusé l'argent qu'il lui proposait. Il était pourtant monté jusqu'à 25 euros pour une bouteille de soupe. « Un velouté aux chanterelles », avait-elle précisé. Avant d'ajouter : « Si c'est pas ça que vous voulez, z'avez qu'à prendre le panier citoyen. C'est très bien pour une soupe. Mais chez moi, vous ne trouverez que des produits hauts de gamme. Faut bien se faire plaisir de temps en temps non ? Mais je ne prends plus les billets. Le cours change trop vite et d'un quartier à l'autre. Les objets c'est plus sûr. C'est du solide. Faites-voir votre casque ? Il est pas mal non ? » Alex avait reculé. Son casque ? Pas question. Un putain de Beats qu'il avait payé une fortune. No way. « Faut savoir ce que vous voulez mon garçon. Les temps ont changé. Faut s'habituer. Faut être malin de nos jours, être malin, y'a que ça de vrai. »

Alex avait ruminé cette phrase tout le trajet de retour. Le problème c'est que les malins d'hier ne sont pas ceux d'aujourd'hui. Il en avait fait partie, avant, des malins. Au milieu du marasme économique, il avait réussi à tirer son épingle du jeu, à poursuivre un rêve, une idée. Mais maintenant, est-ce qu'il saurait ? Il se sentait faible, tout à coup, comme s'il avait été mal préparé. Il avait toujours été un enfant douillet.

Dans la chambre et non l'appartement d'Albert régnait une ambiance de conseil de guerre. Ratner était surexcité, il tournait autour du lit en échafaudant des plans, un trajet, leurs besoins. Il les laisserait à Barcelone. Mais en Espagne, ce serait simple. Alors qu'ici... La SNCF était en grève, quant aux aéroports, c'était l'émeute. La voiture, il fallait certainement emprunter une grande voiture. Rachel s'en voulait déjà d'avoir accepté la compagnie de ce type. Mais bon, il était médecin et son père semblait le connaître et l'apprécier. Albert avait reconnu la métamorphose qui s'opère quand un homme reste un tant soit peu à côté de sa fille. Il s'en amusait et ça le rassurait de penser qu'il avait désormais un médecin personnel.

Frankie le mort l'avait flairé à sa manière, brutale, légèrement obscène avant d'acquiescer. Il pouvait les accompagner. Albert se sentait plutôt bien. Il n'avait pas la claire conscience de ce qui se produisait autour de lui, ni du fait que dans la résidence, il n'y avait plus personne ; il n'imaginait rien de ce qui s'était produit dans les jours précédents. Il se souvenait des discussions agitées avec Pilar et Fidel, de sa peur panique, mais il était incapable d'évaluer le temps. Quelque chose le dérangeait, comme un drap mal replié dans son cerveau. Les strates de réalité affluaient le unes après les autres.

De l'argent ! Pas mal d'argent, c'est ça qu'il nous faut. Et des objets à troquer, des objets de toutes sortes et de petite taille.

Gaston Ratner venait de se taper dans la main comme s'il avait trouvé l'idée du siècle. Les trois autres étaient tournés vers lui, légèrement interloqués. Il s'était remis à tourner autour du lit – et de Rachel – en ressassant l'éternelle question « mais comment faire ?». Il avait bien l'argent de ses consultations mais ce n'était pas grand-chose. Rachel était en train d'appeler son mari. Elle resterait dormir ici, cette nuit.

Où est Hermine ?

La question avait mis du temps à affleurer à l'esprit d'Albert. Et puis, quand l'autre avait frappé dans sa main, il s'était souvenu ; ses derniers mots « vous ne voulez pas dormir avec moi ?». Le sourire complice de la jeune infirmière. Et puis le noir.

Où est Hermine ?

Albert paraissait affolé, il tournait la tête à droite à gauche comme pour débusquer l'infirmière, traquer la mauvaise blague. Était-elle derrière les rideaux ? Sous le lit ? Pourquoi n'était-elle pas avec eux. Il ressemblait à un enfant perdu, effrayé, submergé par la peur du vide.

Où est Hermine ?

On sait pas Opapous. Elle n'est pas joignable et elle n'est pas venue depuis longtemps. Tu sais, la résidence est fermée. Ils t'ont oublié. Je ne sais pas ce qui s'est passé. C'est incroyable. Ils t'ont oublié Opapous. Et Hermine aussi.

Albert tentait de fouiller dans sa mémoire. Il cherchait des images ; celles qui affluaient n'avaient rien à voir avec le sujet. Il devait continuer ses exercices. Reprendre un à un les ministres, le Premier ministre, le président. Hermine ne pouvait pas l'avoir abandonné. Il rejouait la composition du gouvernement comme si cela pouvait ramener Hermine.

C'est bien Cazeneuve le ministre de l'Intérieur ?

Non papa, c'est Ségolène Royal...

Interloqué, Albert semblait perdre pied.

Il faut retrouver Hermine, elle n'a pas pu me laisser.

La suite lundi.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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