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18 Nov – Michaël J. Omar

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Résumé des chapitres précédents : Avant de partir en Espagne, Albert Monk réclame auprès de lui Hermine, son infirmière mystérieusement disparue. Son petit-fils Alex part à sa recherche.

Vous lui voulez quoi à Hermine ?

Alex ne savait quoi répondre. Il était enclin à mentir sans bien comprendre pourquoi. Il n'était pas capable, non plus, de préciser ce qu'il lui voulait. Son grand-père s'inquiétait d'elle, voilà tout.

Rien... rien de spécial.

À la mine du type en face de lui, il comprit qu'il venait de commettre une erreur.

- En fait, elle travaille dans une maison de retraite au Perreux, et elle n'est pas venue depuis plusieurs jours. Elle s'occupe de mon grand-père et il s'inquiète d'elle. Il est certain qu'elle serait venue le voir si...
Le visage de l'homme était secoué de spasmes, comme si des vers s'activaient sous sa peau. Il était irrité...

J'en sais rien moi, mais mon grand-père est assez vieux, il a 97 ans. Il peut se tromper. Vous savez, à cet âge là, une infirmière c'est important. Et Hermine s'occupait bien de lui. Elle est même venue pour son anniversaire...

Alex meublait pour tenter d'échapper à l'homme qui lui faisait face. Il était coincé contre la porte et attendait que l'autre lui libère le passage. Mais il ne disait rien, ne bougeait pas. Il semblait jauger le jeune homme. Représentait-il un danger ou non ? Alex avait toujours réussi à fuir la confrontation au collège ou au lycée, dans ces années où elle était parfois inévitable. S'il était parvenu à braver sa peur, plus jeune, il aurait peut-être su comment réagir, simuler la colère ou une violence incontrôlable. Faire quelque chose qui aurait pu le libérer. Mais non, il restait pétrifié. Le type était au moins trois fois plus épais que lui. Et ses yeux électriques faisaient peur.

Dites à votre grand-père qu'Hermine est partie, elle est retournée en province, chez ses parents. Je n'ai pas leur adresse mais ils sont d'Angoulême, ou juste à côté.

Le type s'est retourné, s'est enfoncé dans le couloir sombre, deux lourdes épaules encadrant un crâne fin.

Alex était reparti aussitôt, l'esprit léger. Il pourrait donner une explication à son grand-père, lui dire qu'elle était partie avec ses enfants. « Tu sais Opapous, les temps troublés appellent des réflexes de protection. Les gens ne sont plus aussi solidaires de nos jours. Ils pensent à eux en premier lieu. Elle devait prendre soin de sa famille ». En chemin, Alex cherchait les mots capables de réconforter son grand-père. Il éprouvait, lui aussi, une certaine déception. Il se demandait ce qui lie les gens entre eux. Il se disait « quand même, elle est venue chez Ritchi, elle s'est régalée avec nous, elle a mangé, elle a bu. Pour ça elle était là. Quand ça a commencé à changer, elle aurait quand même pu faire un geste, dire au-revoir, s'assurer qu'il allait bien. Depuis combien de temps s'occupait-elle d'Opapous ? Au moins cinq ans. C'est pas rien dans une vie cinq ans. Ça ne coûte pas cher, un geste, cinq minutes de son temps, histoire de saluer, de terminer proprement. Elle aurait pu venir.

Ce qu'ignorait Alex, c'est qu'Hermine n'était pas dans la ville haute d'Angoulême où les maisons bourgeoises cachaient des vies peu tranquilles, elle n'était pas dans cette ville où naissent les illusions les plus folles et le secret espoir de monter à la capitale, de s'y faire une place. Non, Hermine était trois étages plus bas, dans un appartement gardé par trois hommes en armes. Ce que n'avait pas vu Alex, c'est qu'en peu de temps, des forces nouvelles s'étaient faites jour, pour elles la sortie de l'euro constituait une occasion, une opportunité, la fortune qui frappe à votre porte. Ces forces avaient toujours été là. Auparavant elles possédaient argent et pouvoir, leur manquait toujours la légitimité. Depuis peu, elles l'avaient acquise. Lorsque les pouvoirs autorisés s'effondrent, qu'ils ne parviennent plus à se faire respecter, on se tourne toujours vers les puissances obscures.

À Créteil, il s'agissait d'un dealer respectable, un homme de 48 ans qui répondait au doux nom de Michaël J. Omar ; sorte d'hommage appuyé à Michael Jackson et au personnage de la série the Wire. On pourrait trouver curieux qu'un trafiquant notoire maniant facilement l'injure homophobe choisisse deux personnages à l'homosexualité latente ou revendiquée pour construire son patronyme mais ces idées ne l'effleuraient pas et personne n'aurait osé le relever face à lui. Il aimait danser et Omar était l'incarnation du Robin des bois moderne. D'autant que certains pensaient qu'il vénérait le mollah Omar, ce taliban discret et pétaradant qu'on n'avait plus vu depuis la prise de Kaboul.

Erreur car notre dealer n'était pas musulman et vomissait l'islam radical. Mais, comme le mollah, plus personne ne l'avait vu depuis six ans. Il contrôlait son business, reclus dans un appartement et peu de gens était autorisés à y pénétrer, encore moins dans son bureau. Le malheureux souffrait d'une puissante hypocondrie que la récente crise n'avait pas arrangée. Il avait décidé de s'arroger une infirmière personnelle pour l'aider dans cette épreuve. Hermine, les cheveux sales, la peau blanche et tirée qui, pour la première fois, se trouvait en face de lui.

La suite demain.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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