C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
0 : 00 : 00 : 00
Vos textes sur Anarchy : un roman de 200 pages chaque jour

24 Nov – Le scénario

Lire en plein écran

 

Résumé des chapitres précédents : Le médecin Gaston Ratner cherche à localiser Hermine, l'infirmière sans laquelle Albert Monk ne veut pas partir.

Ratner monte les étages comme on se damne. Il aurait voulu redescendre, chercher de l'aide en bas auprès de Monk et des deux autres. Mais c'était inutile. Qu'aurait pu faire le vieillard ? Rien. Il devait dormir en l'attendant. Il était parti depuis près d'une heure déjà. L'immeuble lui faisait penser à une fourmilière. Une activité intense le parcourait du sol au plafond, il y avait des étals dans les couloirs, des femmes aguicheuses qui venaient vers lui « t'as quoi dans ta mallette mon chat, tu veux qu'on s'amuse ».

Gaston gloussait, avalait sa salive, essayait de ne pas tomber dans ces décolletés prodigieux ou sur ces cuisses rutilantes qui l'appelaient avec véhémence. Il montait les étages sans coup férir, comme on exerce son cœur. Il fut frappé par le silence du septième. Plus personne ne devait y loger. Il avait arrêté un scénario.

Sur le côté, à gauche en débouchant, trois gardes devant une porte. Deux grands noirs épais et un dernier maigre et sec. Une grande cicatrice lui barrait la joue et se tordait sous l'effet de ses muscles. Il serrait et desserrait les mâchoires en silence. Ils fumaient devant la porte. Ratner avance, la peur au ventre.
T'es qui toi ? Qu'est-ce tu fais-là ? J'crois tu t'trompes mon pote. Tu traces avec ton paquet ou t'es mort...
Gaston avance vers eux. Lentement, il ouvre son sac. Les deux grands plongent la main dans le dos.
J'amène de nouveaux médicaments.

De quoi tu parles, t'es ouf. T'as rien à faire ici. Casse-toi.

Ils sortent des flingues, brandis tout droit devant eux, sur Gaston Ratner qui tremble et ne cherche pas à cacher sa peur. Il montre la mallette, remplie à ras-bord de médicaments de tous genres et de fioles.
J'amène ce que votre patron cherche. J'ai de tout. J'ai réussi à trouver les stocks d'une maison de retraite. Même votre boss n'est pas capable de se les procurer. Il en a besoin.

Gaston lâche le sac.

Vous pouvez aller le voir... Demandez-lui. Vous pouvez emmener le sac, j'en ai d'autres s'il veut.
Les deux gorilles le retournent, le plaquent contre le mur. Lui prennent le bras en clef, l'obligent à s'agenouiller, le canon de l'arme, froid, est posé sur son crâne. Gaston se voit mourir. Il pense à sa fille - il aurait dû l'appeler avant d'entrer dans l'immeuble - à Rachel – il aurait dû lui dire un mot, un seul, pour lui faire savoir combien elle lui plaisait. La moquette sur les murs lui brûle le nez, le type force pour l'humilier. Gaston Ratner se fait mou, il n'oppose aucune résistance. Il se demande ce qu'il fait là. Les hommes le fouillent.
Gardez-le au chaud, je vais voir...
Le maigre au corps noueux entre à l'intérieur de l'appartement. Il se fait plus petit encore. Il n'aime pas franchir la porte. Il a peur de son patron, l'infirmière lui déplaît. Il ne comprend pas pourquoi le boss l'a choisie. Il sait aussi que Michaël J. est prêt à n'importe quoi pour un médicament.

Et c'est ainsi qu'on frappe à la porte de Michaël J. Omar, en train de se faire piquer, en fin de matinée.

J, il y a quelqu'un qui vous demande. Il insiste.

Michaël J. interrompt Hermine d'un geste sec, la somme de s'éloigner d'un revers de la main. Il voudrait attraper une arme mais ne sait plus où elles sont. Il n'en a pas eu besoin depuis si longtemps. Il n'aime pas ça. Ce n'est pas normal.

Il dit qu'il a des trucs rares, que ça vous intéressera. C'est un médecin. Il est dehors, il n'a pas l'air méchant. C'est un plouc du Perreux. Il s'appelle Ratner. Il a dû entendre parler de vous.

Quelque chose ne va plus. J. se lève. Il est immense, musclé comme un cheval, triceps et deltoïdes gonflés par la testostérone, son crâne rasé au-dessus de ses trapèzes bombés. Il s'avance.

Je laisse le sac. Le type dit qu'il en a d'autres. C'est un toquard J. Mais si ces trucs sont bons...

Il faudra changer de gardes. Ceux-là ont pris de mauvaises habitudes. Ils auraient dû dérouiller le médecin, lui faire boire ses glaires et lui arracher les dents. Personne ne demande à le voir. Il attrape la mallette derrière la porte, l'ouvre et saisit à pleine mains boîtes et fioles. On croirait un enfant devant une boîte de gâteaux.

Hermine, vous allez m'injecter ça ce matin.

Il sort une fiole de Diprivan. Un analgésique puissant qui sert pour les anesthésies générales, celui-là même qui avait tué Michael Jackson.

J'ai toujours voulu goûter. Faites-venir le médecin.

Ratner débarque dans la chambre. Face à lui, une montagne aux dents éblouissantes. Michaël J. Omar est là, colosse d'origine arménienne, son torse est rasé comme celui d'un lutteur. Il est au bord du lit, déjà. Hermine, le visage amaigri, les yeux vitreux prépare un nouveau garrot.

T'en as d'autres ? T'approche pas trop. Alors, t'en as d'autres ?

Hermine prépare la seringue. Elle dose le produit. Ratner ne répond pas. Il tremble toujours, ne trouve pas la force d'ouvrir la bouche.

Pourquoi t'es venu. Alors, t'en as d'autres ?

Gaston Ratner observe l'infirmière, se demande comment il n'avait pas remarqué ce visage doux, ce regard mélancolique, ses yeux bleus tristes. Il est venu la chercher. Il n'a aucune idée de comment il va la sortir de là.

Hermine pique dans le bras gauche de Michaël J.

La suite demain.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
Suivre le Live
Produit par :
En partenariat avec :
France 4Nouvelles EcrituresTelfrance SérieINA
Le MondeLes InrockuptiblesAlternatives EconomiquesFrance Inter
Avec le soutien du :
Développé par :
France 4Europe Créative MEDIAESPCICEEA
SolicisIRI
Votre navigateur n'est pas à jour

Mettez à jour votre navigateur pour voir ce site correctement. Mettre à jour mon navigateur maintenant

Fermer