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26 Nov – Le beau rôle

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Résumé des chapitres précédents : Gaston Ratner a réussi à sortir Hermine des griffes d'un dealer hypocondriaque. L'équipe est en route pour l'Espagne.

Ils étaient un peu à l'étroit dans la voiture. Ils n'avaient pas prévu de place pour Hermine. L'infirmière n'avait pas prononcé un mot, elle s'était endormie dès qu'ils avaient quitté Créteil. Les autres n'avaient plus osé parler. Frankie s'était installé sur les genoux d'Hermine, et il la cajolait tant qu'il pouvait, le fantôme. Et qui l'en empêcherait ? Certainement pas Albert qui semblait atteint de catatonie.

Le vieil homme était heureux d'avoir retrouvé Hermine. Il observait avec effroi son vieil ami que la mort avait rendu concupiscent. Frankie passait sa langue bleue dans le cou d'Hermine, laissant des traces collantes à qui pouvait les voir. Ses mains circulaient sur la peau de la jeune femme en un effleurement permanent et frénétique. Quant à son bassin, il remuait d'arrière en avant au rythme d'une musique sauvage et endiablée. Frankie semblait enjoué comme un chien fou, prêt à être libéré. Pourquoi Albert avait-il attendu autant ? Que craignait-il de découvrir ?

Ratner était toujours au volant et ne semblait pas disposer à le lâcher. Il conduisait très lentement. Il était enchanté par cette voiture qui développait dans son esprit de nouveaux atouts, à basse vitesse. Silencieuse, elle se transformait en engin furtif, presque une arme dans un pays au bord de l'explosion. Il avait choisi d'emprunter la N20. Il craignait les autoroutes. Et puis, ils avaient du temps. Rien ne les retenait vraiment en arrière. Albert semblait tenir le choc.

La seule contrainte, c'était le cancer de ce vieil homme. S'il se mettait à trop souffrir, personne ne le supporterait. Mais ils étaient deux désormais pour prendre soin de lui : un médecin et une infirmière, cela devait être suffisant. Ils venaient de passer Étréchy. Ratner y connaissait un infirmier, un homme bon, Maurice Malaussena. Il avait été renvoyé de l'hôpital pour une erreur de dosage d'un médicament, erreur dont il ne semblait pas être responsable. La patiente n'était pas morte mais il fallait un symbole. Ratner avait hésité un instant, il aurait pu faire un léger détour pour prendre des nouvelles de son ami. L'air était lourd dans la voiture, quelque chose ne passait pas. Depuis qu'ils étaient allés à Créteil, quelque chose s'était grippé.

Rachel bouillait. Elle aurait dû rejoindre ses enfants. Que faisait-elle ici avec son neveu, son père et cette infirmière qui les avait laissés tomber. Albert avait failli mourir à cause d'elle et voilà qu'on venait la chercher, qu'on mettait leur équipée en danger pour la tirer d'un mauvais pas. Mais lequel d'ailleurs. Ratner n'avait toujours rien dit. Il conduisait si lentement que cela en était éprouvant. Il ne pouvait pas appuyer un peu sur le champignon ? Vu le peu de voitures engagées sur la route, ils ne risquaient pas l'accident. Mais qu'est-ce qu'elle foutait là ?

Rachel était jalouse et incapable de le reconnaître. L'idée qu'une autre femme qu'elle pût accompagner son père dans son dernier voyage lui était insupportable. Alex, comme les autres, se réjouissait de cette compagnie nouvelle. Il se sentait proche de la jeune femme depuis qu'il l'avait rencontrée. Aussi la couvait-il du regard en attendant qu'elle se réveille. Rachel avait craqué la première :

Ratner, il s'est passé quoi là-haut.

Elle était retenue prisonnière par le caïd de Créteil, un certain Michaël J. Omar

Et... ???

Je l'ai libérée.

Peu d'hommes résistent au plaisir de savourer leur puissance, leur réussite, le récit de leur succès. Ratner était comme les autres. Il se répétait « je l'ai libérée, libérée, libérée ». Il attendait la question suivante avec impatience, il préparait ses tournures de phrase pour se donner le beau rôle sans insister, sa stratégie, comment il avait dupé le dealer. Mais rien, pas un mot de Rachel pendant cinq minutes.

Non mais vous vous foutez de ma gueule, avait éructé Rachel.

...

Vous voulez me faire croire que vous avez sorti Hermine des griffes d'un grand méchant.

Mais oui, je vous assure, je lui ai donné un produit qu'il cherchait depuis longtemps c'est tout. C'était un hypocondriaque. Je n'ai rien fait de dangereux. Les gardes étaient obsédés par les obsèques nationales.

Pffff n'importe quoi...

Hermine s'était éveillée au milieu de cet échange doux amer. Elle ne savait pas très bien où elle se trouvait. Elle observait chacun des passagers avec un étonnement mêlé de joie. Michaël J. Omar était loin, croyait-elle.

Vous pouvez allumer la radio ?

Ratner s'exécuta.

« Après les violents attentats du week-end et l'offensive des Éveillés au Sénat, on s'interroge sur la possibilité pour un gouvernement de rassembler le pays. Des forces nouvelles semblent se consolider dans toute la France. À Paris, une fusillade a éclaté entre les Oubliés et la police blessant des policiers. Des balles perdues ont provoqué la mort d'au moins deux leaders des Éveillés. Le pays semble pris dans l'engrenage de la violence ».

Ratner appuya sur le frein de toutes ses forces. À cinquante mètres, il y a avait un barrage et des hommes en armes. Ils approchaient d'Orléans.

La suite demain.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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