C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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10 Dec – Ingrédients d'une émeute

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Résumé des chapitres précédents : Albert Monk, sa famille, son infirmière et son médecin se sont fait arrêter. Ils ne doivent leur salut que grâce aux médicaments qu'ils transportent, une donnée rare dans une France tombée dans le chaos.

Au petit matin, des bérets rouges du 3ème RPIMA étaient venus les quérir. Albert tenait à peine debout. On les avait conduits dans deux pièces mitoyennes pour les interroger. Ratner et l'infirmière d'un côté, la famille Monk de l'autre. D'un côté du mur, les hommes de Michaël J. Omar, de l'autre les soldats de Valois. Tout semblait se liguer contre eux. Non seulement ils accompagnaient les ennemis personnels d'un caïd parisien, mais ils transportaient une somme d'argent en liquide trop importante pour être honnête. Ajoutez à cela deux armes de poings, des médicaments à volonté et vous trouverez tous les ingrédients d'un interrogatoire musclé. Seule la présence d'Albert semblait retenir les hommes. Il n'est pas donné à tout le monde de savoir violenter un vieillard.

Rachel tentait en vain d'expliquer « nous sommes en pèlerinage en quelque sorte. Mon père est un ancien des Brigades Internationales. Il voulait revoir l'Espagne avant de mourir. Il a un cancer, il est très vieux, nous ne faisions rien de mal, nous essayions juste de traverser le pays, c'est tout. Hermine est son infirmière, il était très attaché à elle, vous savez comment c'est non ? Vous ne savez pas ? » Rachel n'arrivait plus à se contrôler, elle pleurait et beuglait « vous ne comprenez pas. L'argent, mon père l'avait mis de côté. Vous savez comment sont les vieilles personnes, ils se méfient des banques. Ils veulent des choses matérielles, des billets ». Elle était sur une chaise, menottée. Alex tremblait sur sa chaise tandis qu'Albert paraissait somnoler.

Vous venez d'où ?

De Paris.

Non mais maintenant.

D'Espagne. J'étais dans les Brigades.

Vous êtes Français ?

Oui.

Prouvez-le

Je ne peux pas.

Comment ça ?

On m'a tout volé pendant la retraite. Je les avais en quittant Barcelone. Mais un matin, pendant la retirada, je n'avais plus rien.

Tu veux qu'on gobe un truc pareil. Allez, crache la valda, de quel pays tu viens. Tu sais, on vous traite pas si mal par ici.

Écoutez, je suis Français, je vis à Paris depuis des années.

Prouve-le

À peine passée la frontière, Albert avait été arrêté et mené dans un de ces camps de rétention dont on parlait tant. Certains étaient sur des plages infestées de moustiques, d'autres sur de grandes plaines. L'hygiène était déplorable. On y triait les hommes, cherchant à déceler les espions de toutes sortes et à empêcher je ne sais quelle invasion. Il avait atterri à Gurs. C'était son dernier interrogatoire. C'était là qu'il avait fait des rencontres, là que s'était noué une partie de son destin. Pendant que les policiers le cuisinaient, qu'il souffrait de la faim, le Komintern poursuivait son travail. Voulait-il servir la cause ? Continuer le combat ? Albert le taiseux avait acquiescé. Comme aujourd'hui, il entendait les questions posées dans la pièce à côté, la même hargne, le même mépris.

T'as voulu tuer Michaël J. ? Hein ? Tu sais ce qui lui est arrivé au dernier qui a fait ça ? Tu sais ?
Non. Je voulais aider mon ami, Albert Monk, à retrouver son infirmière Hermine.

T'es ouf toi. Tu crois qu'on peut approcher de Michaël J. comme ça. T'as as compris la life toi. Tu sais ce qui nous demande Michaël ? Y'a qu'une bonne réponse mon pote.

...

La première bombe a explosé sur le flanc gauche de la cité. La deuxième à l'entrée. La troisième et la quatrième presque aussitôt sur le flanc droit et au fond, puis deux autres explosions encore ont retenti. Une clameur s'est élevée du camp. Des cris, des bruits de lame, le cliquetis des armes automatiques. La domination d'un groupe sur un autre groupe tient à peu de choses, un certain ordonnancement des armements, une position. Introduisez une perturbation violente, la haine accumulée, ajoutez une pincée de frustration et la peur et vous avez les ingrédients d'une émeute.

Valois avait rétabli le calme à Carcassonne mais à quel prix. À l'intérieur les militaires étaient trop peu nombreux et les hommes d'Omar avaient eu peur lorsque le soulèvement des Ariégeois avait été déclenché. Valois avait réquisitionné toutes ses troupes pour remonter la France et prendre Paris. Il ne pensait pas que dans la cité même, des groupes se formaient contre eux. « Une résistance sporadique, normale dans un pays comme le nôtre » dirait-il plus tard. En une heure ou presque, la Cité avait été vidée de ses prisonniers, tous conduits vers le sud, dans l'arrière-pays ariégeois.

Dans le camion, où il avait été porté, Albert semblait à nouveau être parti ailleurs, tandis qu'Hermine tentait de le réveiller. Les derniers événements lui avait coûté.

La suite demain.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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