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12 Dec – Arrêt à Camporeil

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Résumé des chapitres précédents : Dans une France en guerre, Albert et ses amis sont arrêtés par des militaires, puis emportés par un autre groupe dans un camion. La confusion règne.

C'est un Albert mal en point qui fut extrait du camion dans ce qui ressemblait à un village doublé d'un camp retranché. Des sacs de sable entassés construisaient vaguement un mur d'enceinte qui s'était ouvert à leur passage. Un village, des maisons en pierre sèche, la montagne autour, quelques traces des neiges des jours précédents, un lac somptueux et triste. Ils étaient à Camporeil, au cœur de l'Ariège.

Des camions sortaient des corps fatigués mais heureux de la liberté retrouvée. Ils s'étiraient, observaient surpris le labeur et la préparation des villageois. Ici on organisait un siège. Des hommes et des femmes assemblaient des tas de vêtements, collectaient de la nourriture, fabriquaient des armes de fortune, comptaient les armes automatiques, faisaient l'inventaire des munitions. Ils semblaient craindre un assaut des forces armées, une vengeance de Valois. Les prisonniers avaient été rassemblés sur ce qui s'apparentait à une place. Hermine et Rachel soutenaient Albert tandis qu'Alex ouvrait la marche. Ratner les avait rejoints aussitôt. Albert voyait les deux mondes se joindre, l'ancien et le nouveau. Étaient-ce des paysans espagnols qui se massaient pour écouter les consignes de la retraite ou des Français qui fuyaient le pouvoir militaire et ses exactions ? En lui roulaient des questions par milliers. Est-on près de l'Espagne ? Vais-je y arriver ? Puis-je encore marcher assez ? A-t-on une voiture ? Comment va-t-on faire sans argent ? Et mes médicaments ?

Ils avaient tout perdu dans l'embuscade. Rien ne subsistait des préparatifs minutieux de Ratner que leurs corps endoloris et fatigués. Ils devaient reprendre des forces avant de repartir. Mais l'intensité du labeur autour d'eux semblait indiquer une menace imminente. Par où devaient-ils aller ? Ils se regardaient les uns les autres avec cet étonnement propre aux hommes qui voguent sur des eaux trop tumultueuses. Ratner s'autoflagellait. S'il n'avait pas cédé aux caprices d'Albert, s'il n'avait pas joué au fier-à-bras pour sortir Hermine des griffes d'Omar, ils n'en seraient pas là. Il comprenait mieux le silence de l'infirmière, cette hébétude qui, désormais, s'était emparée d'eux. Ils n'avaient pas perçu le tourbillon autour d'eux, la dégringolade du pays, ce révélateur des eaux glacées du calcul égoïste. Personne dans leur équipée ne semblait de taille à faire face.

Albert exhalait à grand peine. Il avait du mal à mettre un pied devant l'autre et les deux femmes le portaient plus qu'elles ne le soutenaient. Il se sentait partir, avait l'impression que le sol se tordait sous ses pieds, qu'il ne pouvait pas trouver d'équilibre, que le ciel, les maisons se plissaient. Il avait froid, il avait chaud, ses jambes se raidissaient d'un spasme avant de lâcher. Sur la place, une femme attendait au centre, elle faisait penser à la directrice d'un centre de vacances. Elle était d'une beauté troublante. Ses cheveux ondulaient sur ses épaules et son regard, doux et tranquille, contrastait avec l'énergie que son corps diffusait. Lorsque tout le monde fut arrivé, elle commença à parler :

Mon nom est Camille Fabert. Je suis agricultrice. Je n'ai rien à voir avec la guerre, rien à voir même avec la vie citadine et ses affres. Je sais cependant que nous ne pouvons pas laisser des hommes imposer par la force ce contre quoi nos parents, nos grands-parents se sont battus. Ici à Camporeil, nous avons posé les bases d'un monde meilleur, avec notre monnaie et des échanges honnêtes avec d'autres régions. Nous ne pouvons pas laisser Valois et des groupes interlopes installer leur pouvoir. Nous ne sommes pas encore en mesure de les attaquer mais nous le ferons s'il le faut. L'Espagne est proche, nous y trouverons de l'aide et des armes en quantité. Vous avez été arrêtés par la garde rapprochée du capitaine. Nous ne savons pas ce que vous avez fait ou pas. Mais notre raisonnement est simple : les ennemis de nos ennemis sont nos amis. C'est la raison pour laquelle nous vous avons libérés. Nous ne pouvions pas laisser des brutes martyriser des hommes. Nous sommes faits de la même chair, du même sang. Vous êtes ici chez vous. Vous pouvez, tous autant que vous êtes, rester avec nous, nous aider à défendre notre village, notre vision. De tout l'Ariège, on nous rejoint. Nous sommes prêts à lutter. Nos hommes surveillent les routes et les points de passage. Au moindre mouvement de troupes, nous serons avertis. Si vous préférez partir, naturellement, vous êtes libres. Nous vous donnerons à manger et à boire, nous vous logerons pour la nuit quel que soit votre choix.

La suite demain.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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