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13 Dec – Maintenant ou jamais

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Résumé des chapitres précédents : Albert Monk a miraculeusement échappé aux troupes armées. Mais parviendra-t-il à rejoindre l'Espagne ?

« Il faut partir, se dépêcher, ils sont à nos trousses, ils vont sûrement envoyer les bombardiers ? Elena, viens avec moi ». Mais à qui parlait-il ? De quoi parlait-il ? Rachel avait secoué son père.

Papa, c'est moi Rachel. Il n'y a pas d'avions, pas de bombardements, nous sommes en sécurité tu m'entends. Nous avons le temps papa. Nous sommes le 12 décembre 2014. Pas un autre jour, pas en 1939. Elena n'est pas avec nous. C'est Hermine qui est là. Tu te souviens d'Hermine, ton infirmière, celle qui s'occupe si gentiment de toi. Elle est venue à ton anniversaire.

Albert avait besoin de s'allonger, de reprendre des forces, son cœur battait la chamade et son cerveau convoquait tous ceux, homme et femmes, qui l'avaient aidé, qui l'avaient aimé. Ils formaient une haie d'honneur, un cortège mortuaire avant l'heure. Au premier rang, un peu devant les autres, Pilar et Fidel, bien sûr. Ils arboraient cet air sobre et impénétrable des hommes politiques que la douleur atteint au plus profond. En réalité, ils se demandaient comment tout cela allait se terminer, comment ils parviendraient à sortir le pauvre Frankie de son ornière. Avaient-ils pu se tromper à ce point au sujet d'Albert ? Elena, tendre et douce murmurait « je te fais dou mal » comme on dit je t'aime aux côtés d'Hermine qui le massait, relevait ses jambes pour faire remonter la tension. Elena qu'il n'avait jamais revue après leur étreinte.

Avait-elle survécu, comment avait-elle fait sous Franco. Elle devait être morte, comme les autres. Comme Esther qui était en visite elle aussi et qui se réjouissait de le retrouver.

Ses enfants, Rachel, David et Raphaël, ses petits enfants, ses brus et gendres, ses amis et ses camarades, tous ceux qui avaient peuplé sa vie, qui l'avaient façonnée à ses côtés, tous ceux qu'il avait connus et aimés, à qui il avait menti. Ils étaient tous là les morts et les vivants. C'était l'heure du dernier voyage. Et puis à l'écart, il y avait Frankie, agenouillé, seul. Il ressemblait au gamin esseulé avec qui il s'était lié à l'école. Il était au bout de la colonne, plu bas que les autres, plus bas que terre. Il pleurait à chaude larmes. Avec Frankie, tout était bruyant, les rires et les pleurs. Il avait ce sens de l'existence sans retenue. Il pleurait sa double perte, celle d'un ami, son seul ami et celle de son dernier espoir de quitter les lieux discrètement. Albert râlait. Des brumes de souvenirs l'enveloppaient en noirs et blancs, la folle tonnait autour de lui. La guerre encore la guerre. Frankie qui rampait contre lui, son visage tout contre lui déformé par la peur, les deux qui râlent ensemble : « N'oublie pas ce que je vais te dire ».

L'Argentin avait coutume de choisir ses hommes comme on sélectionne des esclaves. Il passait dans les Brigades comme un maître incontesté. On lui demandait rien, pas de sauf-conduit, de mots de passe. Tout le monde le connaissait et le craignait. Ses sourcils broussailleux couvraient un visage épais aux os forts, une peau épaisse, tannée par le soleil et bouffie par l'alcool et le tabac. Une casquette couvrait le haut de son visage. Il vous regardait par en-dessous comme s'il cherchait quelque chose que vous ignoriez, que seul un regard averti pouvait deviner. Et il s'y connaissait. Plusieurs fois déjà, il était passé devant Frankie, il l'avait reniflé comme un dogue en sent un autre. De quel bois était-il fait celui-là ? Il avait toujours ignoré Albert, n'avait même jamais daigné s'en approcher. Il semblait si puissant que cette indifférence était blessante, cuisante même. Comme si vous n'étiez pas digne. C'était quelques jours avant l'offensive de l'Èbre. Il préparait une nouvelle expédition, une de ces missions dont tout le mode savait qu'elles étaient importantes mais dont on ignorait la nature, s'agissait-il de percer les lignes ennemies, de voir le dispositif de combat, de piéger quelques points de passage ou d'autre chose. Ce soir-là, il s'était arrêté devant Frankie « Tu veux venir ? C'est maintenant ou jamais. Crois-moi, tu t'en souviendras. » Pour la première fois, un autre qu'Albert prêtait attention au jeune homme gauche et patibulaire qu'était Frankie, trop goguenard et bruyant pour s'attirer la sympathie. Il avait guetté un instant la réaction d'Albert qui se reposait à côté, comme s'il cherchait son assentiment. Il avait retourné la tête aussitôt, comme s'il regrettait cette trace de dépendance et avait annoncé dans un franc sourire « une mission ? je veux mon neveu ». Et il s'était mis à rire, débonnaire.

À Camporeil, Alex avait réussi à trouver une chambre grâce à Camille. On y avait porté le corps froid et transpirant d'Albert. Il semblait encore bien vivant. Mais il revivait chaque seconde de la scène. Ratner l'avait examiné, avait demandé des médicaments. Il y en avait très peu, presque rien. Il était parti voir ce qu'il pouvait en faire. Hermine et Rachel veillaient le vieux Monk. L'Espagne semblait si proche.

La suite lundi.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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