C'EST LE CHAOS. ENTREZ DANS LA FICTION
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04 Nov – Les Couloirs secrets

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Résumé des chapitres précédents :
Albert Monk vient de fêter ses 97 ans. Cet ancien des Brigades Internationales, atteint d'un cancer, n'a plus qu'une idée en tête : mourir sur les bords de l'Èbre. Sa fille Rachel et son petit-fils Alex ont accepté de l'accompagner pour ce dernier voyage. Mais la France a sombré dans l'Anarchy, Albert ne parvient plus à tenir debout et son infirmière préférée ne s'est pas présentée.

Ce son, Albert l'aurait reconnu entre mille. Il est arrivé comme un écho lointain. Un chant qui vous attrape le ventre et le tient entre ses mains, matière vivante, brûlante, un chant qui vous pousse de l'avant. « Ay Carmela ! » hurlaient les anarchistes dans le « Paso del Ebro » et avançaient en colonnes vers la mort. Il ne l'avait plus entendu depuis qu'un groupe toulousain avait décidé de le reprendre. Albert n'y voyait rien, il entendait l'écho de ce chant qui avait accompagné leur combat.

Où se trouvait-il ? Où étaient les autres combattants ? Frankie ? Eolo ? Ses yeux entrevoyaient de petits éclats de lumière mais ils lui permettaient à peine de discerner ce qui l'entourait. Il essayait de se souvenir. Où était-il avant, juste avant ? Mais il n'y avait pas d'avant. Il aurait eu besoin d'une voix douce pour le calmer, tenir son poignet, vérifier son pouls... Était-il en train de mourir ? Non, cela ne pouvait pas être maintenant. Mais ce boyau, ce noir, ces lumières au bout ? Albert cherchait une image pour le calmer, pour empêcher son cœur de battre la chamade, il battait si fort qu'il n'entendait plus rien, ses tempes tonnaient dans ses oreilles, comme le réacteur d'un avion.

La colonne d'anarchistes fantômes avançait toujours, elle s'approchait, elle l'effrayait. Et si c'était un leurre. Et s'ils étaient fascistes. Le chant lui empoisonnait les oreilles, c'était comme s'il voulait le faire imploser. Albert avait peur, une peur panique. Il voulait se retourner, planter son visage contre le sol, l'enfouir dans la terre. Il cherchait Esther, quelqu'un ? Où était-il enfermé ? Soudain, deux mains sur ses yeux, une voix dorée aux parfums d'amande, « Tu me reconnais Albert, c'est moi Pilar ? ». Il ne l'avait jamais entendue auparavant. Depuis deux jours, Albert était perdu dans un dédale.

Alex essayait de joindre son grand-père sans succès. Il avait appelé l'appartement à trois reprises, l'accueil de la résidence, Hermine dont il avait réussi à extirper le 06. Elle ne s'était pas méfiée. Mais personne ne répondait.

De retour chez lui, jeudi soir, il avait tenté de s'informer. Rien n'était clair. Les plus malins semblaient douter de la capacité de Hollande à mettre en place une nouvelle monnaie, les traders prédisaient un effondrement du franc. Alex n'avait pas réussi à s'extraire du flot d'infos qui lui parvenaient. Les alertes tombaient à foison. Et il lui semblait voir le sol s'ouvrir sous ses pieds. Qu'y avait-il en-dessous ? Le jeune homme se demandait ce qu'ils trouveraient au fond d'eux-mêmes, lui et les autres qui peuplaient ce pays. Que voulaient-ils vraiment ? Jusqu'à maintenant, il aurait répondu « développer mon soft et faire bouger le monde ».
Mais il avait l'impression de devoir enterrer ses illusions. De vieillir d'un coup. Et son grand-père qui lui faisait le coup de l'Èbre. Il fallait qu'il appelle Rachel, c'était n'importe quoi cette histoire, ils n'allaient quand même pas voyager avec Albert... Il tenait à peine debout. L'autre soir, ils étaient émus, ils se sont laissés faire. Et puis dehors c'était la zone. La France s'excitait : à Perpignan, ils avaient saccagé une agence et un mystérieux tueur d'adolescents semblait sévir. Le « midnight killer », l'avait surnommé la presse. Les journalistes jouaient à faire peur. Ça sentait mauvais.

Alex avait passé le week-end à chercher de l'argent. Son grand-père lui avait encore dit n'importe quoi : « T'en fais pas pour ça ! » Mon cul oui. La première mesure de ce con de Cabestany, la limitation des retraits d'argent à 40 euros par carte bancaire. Par chance, il en avait trois. Mais Albert, combien de cartes, hein M. Monk ? Rien, comment il allait traverser la France, son grand-père, sans rien ?
Alex avait prêté beaucoup d'argent à ses potes quand son business était en fonds. Il fallait qu'il le récupère. Il avait appelé Jules quatre fois, un mauvais designer qui portait la loose en bandoulière.

Le type lui avait fait croire qu'il était un bon designer d'expérience alors qu'il n'y connaissait rien. Il lui avait tapé 5000 euros d'avance pour ne jamais rien rendre. Alex lui avait déjà laissé quatre ou cinq messages. L'autre n'avait pas même daigné le rappeler. Cet état, ça faisait régresser tout le monde, c'était comme un retour aux sources du monde ; la technologie, ça ne servait plus à rien, le téléphone, les mails. Non maintenant, il fallait se déplacer. Il s'était rendu chez Jules pour le voir se faire embarquer. Le couillon beuglait dans la rue : « Mais j'y suis pour rien moi, j'ai rien fait, je sais pas pourquoi il hurlait mon nom Baptiste, je vous jure que c'est pas de ma faute. » Alex était reparti bredouille. Il avait 120 euros en poche et la France à traverser en compagnie d'un vieillard.

La suite demain.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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