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06 Nov – L'Internationale

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Résumé des chapitres précédents :
Tandis qu'Alex cherche de l'argent dans un Paris désemparé, Albert Monk est plongé dans un sommeil profond d'où il émerge en compagnie de Pilar, un chat soviétique et de Fidel Castro.

Fidel était encore embarqué dans une de ces logorrhées interminables. Depuis des heures qu'ils débattaient ensemble, il parvenait toujours à monopoliser la parole. Il commençait par une phrase anodine, de celles qui vous font penser qu'il s'agit d'une intervention ciblée, puis il enchaînait aussitôt comme si on venait de tirer le fil d'une pelote. Son débit devenait ample, il discourait avec talent, oubliant qu'il se trouvait avec Pilar, le chat soviétique, Albert et quelques autres. Hugo Chavez était venu en son temps mais il était vite reparti, accaparé par la mort. Il y avait semble-t-il quelques exceptions et quelques passe-droits pour entrer dans ce club. La mort elle-même semblait craintive quand il s'agissait de toucher à ces hommes.

Ainsi Robespierre venait-il souvent. « Mes chers compatriotes – évidemment Fidel avait encore oublié qu'il n'y en avait aucun dans l'assemblée – les États-Unis sont un empire barbare et ils ne triompheront jamais. Le dépérissement les guette, un pourrissement intérieur, comme un arbre sèche sur pied, mes amis le capitalisme et sa pulsion sanguinaire sont en train de s'assécher. C'en est fini de sa domination et bientôt des hordes d'humains viendront le prouver. Mes chers compatriotes...

- Oh, ça suffit Fidel, on est entre nous. Les grands discours c'était bon pour les foules, La Havane ou l'édito de Granma. On veut juste savoir ce que tu penses de la crise en France. Crois-tu qu'il y a un potentiel révolutionnaire, crois-tu qu'il se passe quelque chose ou penses-tu plutôt qu'il s'agisse d'une réaffirmation du capitalisme ? » Le chat Pilar semblait très respecté, Fidel n'avait pas osé protester. Le voisin d'Albert – qu'il prenait à tort pour un illustre inconnu – lui avait glissé à son arrivée, avec un air entendu : « Tu la connais ?»

« Pas du tout », avait répondu Albert, « mais c'est lui, enfin elle qui est venue me chercher. J'étais dans un boyau, un peu comme en Espagne. Et elle s'est glissée derrière moi, a posé ses pattes sur mes yeux et m'a demandé : « tu me reconnais ? ». J'ai cru un instant que c'était ma fille, Rachel, mais je ne retrouvais pas sa voix. Mais elle a dit « c'est moi Pilar » et elle a fait comme si nous nous connaissions depuis cent ans. Des Pilar, j'en ai connues mais, elle, je ne m'en souviens pas. » «  Ben tu es verni mon pote, elle ce n'est pas n'importe qui, tu as de la chance qu'elle t'ait guidé ici. C'est pas le cas de tout le monde. Pilar est une chatte puissante dans notre monde. Elle ne vient chercher que ceux qu'elle respecte. »

Albert avait hoché la tête. Puis l'autre avait continué. « Ici, c'est un sanctuaire pour les espions et les révolutionnaires en difficulté, nous sommes une annexe de l'ONU, où quelques-uns comme vous et moi bénéficient d'un droit d'asile quand les temps son durs. Moi j'étais révolutionnaire et espion. Tenez, voici ma carte ». Albert déchiffra la carte et le reconnut aussitôt. L'homme avait dirigé la Brigade Lincoln en Espagne, avant de servir l'ISS comme lui s'était engagé dans la Résistance. Mais il le croyait mort. Albert était un peu intimidé, il n'osait pas passer un mort à la question. Il aurait pu le faire assez naturellement mais en avait perdu l'occasion car Pilar le fixait de ses yeux ardents. « Et vous Albert, qu'en pensez-vous ? Ne soyez pas avares de vos paroles, ici nous vous connaissons, nous savons ce que vous avez accompli. »

Ils étaient dans le grand salon d'un vaste manoir du XIXe, une pièce aux murs de tendus de velours et aux lustres pesants qui éclairaient les canapés où ils étaient confortablement assis. L'atmosphère était intime et chaleureuse, suave. Le long des murs, des couchettes ou des lits superposés semblaient disposés. Dans la pénombre, on distinguait des silhouettes allongées. De qui pouvait-il s'agir ? Pilar était-elle vraiment le chef comme l'avait laissé entendre l'Américain ou agissait-elle pour le compte de quelqu'un d'autre ? Albert était un taiseux, un homme discret, il n'était pas habitué à prendre la parole en public.

« Allez, mon jeune ami, on vous attend. Vous êtes, je crois, le seul Français parmi nous.

Albert chercha son souffle... Fidel en profita.

- Mais « compadres », les Français n'ont jamais été d'authentiques socialistes, ni d'authentiques révolutionnaires. L'histoire l'a montré et Danielle me l'a toujours dit...»

Sa voix à nouveau, allait chercher dans les poumons le souffle nécessaire à une tirade qui pouvait durer cinq heures.

La suite demain.

L'auteur : Baron Millius
L'illustrateur : Pierre-Emmanuel Chatiliez
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